‹ Le pantin du diableChapitre 13 sur 23 · LES HISTOIRES DE SACHA · texte numérisé non relu

LES HISTOIRES DE SACHA

— Vous le quitterez?... Vous ne l'aimez donc pas? murmura Litta stupéfaite.

— Je n'en sais rien... Ahl mon Dieu I... Moura se mit à arpenter la chambre d'un pas

énervé.

— Comment le saurais-je?... Qu'il me fiche la paix, voilà tout. Mais il est d'une telle incompréhension. Moi, il faut me comprendre... Tenez, avec Youri, par exemple...

— Youri vous comprend?

— Et quand je serais méchante, après tout?... Ce n'est pas moi qui me suis faite. D'ailleurs, on ne me changera pas, maintenant. Ce serait pis.

A ce moment, Glikéria fit son entrée silencieuse, la comtesse ayant jugé que la déplaisante visiteuse restait trop longtemps chez sa petite- fille.

— Je ne prendrai pas congé de la vieille, dit Moura quand la femme de chambre fut sortie. J'ai encore une course à faire. Je vous en prie, Litta, ne parlez pas de notre conversation à Youri. Je m'emporte facilement, je me laisse aller à bavarder, et il...

— Pourquoi donc? interrompit Litta.

— Parce que 1... Depuis quelque temps, avec Youri, c'est toujours ma faute. Mais je n'ai pas peur de lui, pas très peur I

Son visage, cependant, démentait ses paroles. Litta résolut en elle-même de tout raconter à son frère et se leva pour reconduire Moura.

— Oui, la petite Française est ravissante, reprit celle-ci dans le vestibule. Elle me rappelle un peu Mlle Léontine, ma dernière gouvernante. Mais elle est plus jolie. Ah! mon Dieu, voilà Youri Nicolaïévitch !...

Youri, en effet, venait d'entrer dans le vestibule. Litta s'effraya : cette Moura ne s'en irait plus à présent...

Mais Youri comprit la situation.

— Vous partez, Mourotchka? dit-il. Au revoir 1 Je cours chez la comtesse.

Moura se mordit les lèvres. Il ne lui restait plus qu'à s'en aller.

Litta rattrapa son frère dans le corridor. D'une haleine, elle lui raconta ce qu'elle venait d'entendre.

— Mais... cette Française, Youri...

Cette réflexion inattendue irrita Youri.

— Qu'est-ce que cela te regarde? C'est assommant, en vérité. Impossible d'avoir la paix. Impossible de vivre tranquille à Pétersbourg. On vient m'embêter aux Iles... j'arrive ici «: c'est la même chose.

Litta pâlit.

— Tu es injuste, Youri !

Mais il souriait déjà.

— C'est vrai, je suis injuste. Pardonne-moi, petite sœur. Ces histoires de Sacha m'ont porté sur les nerfs. Si c'était sa faute, pourtant...

Il réfléchit un instant et ajouta :

— Aujourd'hui, je dînerai avec vous. Je resterai ensuite, pour me reposer un peu.

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