‹ Le pantin du diableChapitre 14 sur 23 · UN CANDIDAT AU SUICIDE · texte numérisé non relu

UN CANDIDAT AU SUICIDE

IL ne parvint pas à se reposer.

Le dîner terminé, il venait à peine de s'étendre sur le divan turc qui ornait sa chambre, qu'on frappait à la porte.

— C'est un étudiant, murmura Glikéria. Il est déjà venu six fois, sans vous trouver. Dois-je le renvoyer?

— Quel étudiant est-ce encore?

— Un long, pâle. Il insiste beaucoup.

Youri fit un geste d'indifférence.

— Allons, bien 1 Faites-le monter 1

Knorr entra lourdement, plus sombre que jamais et les yeux égarés.

— Je suis venu... pour une affaire... bégaya-t-il.

Il sentait que Youri n'était pas ravi de le voir.

— Pour une affaire?... Encore?

— Oui... si tu veux... Au fond, je ne sais pas trop bien moi-même pourquoi je suis venu. Il y a longtemps que je te cherche... Pourquoi, je n'en sais rien.

Youri lui lança un coup d'oeil aigu.

— C'est bon. Assieds-toi. Je sonne pour le thé.

— Je ne veux pas de thé. Je...

— ■ Peu importe. Et qui as-tu vu ces der-

niers temps? demanda tranquillement Youri, en continuant d'observer son visiteur.

— - Qui j'ai vu? Personne. Je suis seul. Je les ai tous perdus de vue. Ils ont tous disparu ou c'est tout comme, puisqu'ils m'évitent... Iakob lui-même... d'ailleurs, tu le détestes. Je n'ai pas cherché à me rapprocher d'eux. Je suis tellement las, à présent...

Youri, l'air maussade, allait et venait par la chambre.

— Eh bienl que veux-tu que j'y fasse?

demanda-t-il, en s'arrêtant soudain. Tu es dans un tel état que tu as besoin qu'on te parle, qu'on t'administre des phrases de consolation... Tu n'es même venu que pour ça. Mais les mots vides me dégoûtent.

Knorr se tenait immobile, rigide comme un cadavre.

— Ilnet'est rien arrivé de particulier, voyons? Si c'était quelque chose de grave, un malheur quelconque, nous pourrions réfléchir ensemble. Mais rien. Et tu viens tout de même. Tu es désagréable à regarder, voilà tout !

Knorr éclata brutalement de rire. Il était, en effet, désagréable à regarder, avec son visage épuisé et sombre.

— • Tu crois qu'il ne m'est rien arrivé?... Tout m'est arrivé. Écoute-moi...

Mais Youri haussa les épaules, se remit à marcher par la chambre et dit d'un ton sec :

— Alors, je t'en prie, va-t'en I Je n'aime pas regarder les malheureux pour lesquels je ne puis rien. Si ta mère était malade, je t'aiderais à trouver un médecin ; si tu avais faim, je te donnerais à manger. Si tu t'étais embarqué dans quelque histoire, je m'efforcerais de t'en dépêtrer. Mais en ce moment, c'est une absurdité qui t'amène... Tu t'imagines être malheu-

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