AMUSEMENTS D'ENFANT
l'ai appelé Didoussia. Ah!... Et pourquoi m'avezvous demandé cela? reprit-elle.
— J'ai fait sa... leur connaissance. Ohl par hasard. Eux, ne me connaissent pas du tout.
— Eux?... Oui, je connais aussi Oreste. Serge Serguiévitch, non. Ils vous ont plu?
— Beaucoup I
— Bien, bien. A vrai dire, Didoussia ne m'a parlé qu'une seule fois. Et si simplement, comme à une grande personne. J'ai pour eux tous beaucoup de respect.
— Il y a quelque chose que je ne comprends pas très bien, dit Mikhaïl d'un ton hésitant. Ce sont des gens religieux, n'est-ce pas? Ils cherchent le même Dieu pour tous?
— Dieu? s'étonna Litta. Pourquoi donc le chercheraient-ils? Dieu n'est-il pas pour eux aussi? Certainement, il est pour tous.
Ils se regardèrent en silence ; ils sentaient que les mots avaient encore pour chacun d'eux un sens différent, et que certains sujets leur étaient interdits encore.
Litta en accusait son ignorance, sa jeunesse ; Mikhaïl songeait, de son côte, combien plates, grossières, impuissantes étaient ses paroles en présence de cette âme et de ses tréfonds ignorés.
Il se hâta.
— Ainsi donc, à mardi 1
— Oui. Oh ! c'est bien que vous connaissiez Didoussia I II a toujours des discussions avec grand'mère,mais elle a pour lui une telle estime... C'en est même étrange. Au revoir. A mardi 1
Elle réfléchit, dit tout à coup et comme pour elle-même :
— Cet Oreste est si malheureux... On a tué son frère.
— Qui l'a tué?... Quand?
— Il y a déjà longtemps. Je ne connais pas les détails, on ne me les a pas racontés, alors.
mais je sais que ce fut quelque chose de très effrayant. Plus tard, je me suis rappelé, j'ai réfléchi... C'est à l'usine qu'on l'a tué. C'est depuis ce temps-là que Serge Serguiévitch vit aussi avec eux. L'usine, énorme, se trouvait à Novo-Kolymsky. Oreste et son frère, un ingénieur, l'avaient héritée d'un oncle. La chose arriva peu après la mort de ce dernier.
— A Novo-Kolymsky, dites-vous?... Racontez-moi...
Mikhaïl se souvenait vaguement d'une histoire singulière, dont il avait entendu parler, sur laquelle il n'avait pas appesanti son attention, et que, finalement, il avait oubliée, ne touchant point de près à son cercle de fréquentations et de pensées.
— Que vous raconter? commença Litta d'un air découragé. Je sais peu de chose. Ils étaient deux frères, Oreste et Victor. Oreste habitait chez Didoussia et Victor chez son autre oncle, le propriétaire de l'usine, un homme très riche. Il était entré chez cet oncle, une fois terminées ses études d'ingénieur, comme directeur en chef de l'usine. L'oncle mourut et la laissa en héritage aux deux frères, ainsi que toute sa fortune. C'est à ce moment que Victor arriva ici, avec Oreste. Ils se concertèrent et partirent ensemble pour Novo-Kolymsky, où Didoussia ne tarda pas à les rejoindre. Là, ils se mirent en devoir de créer de nouvelles méthodes. Le résultat fut que les ouvriers tuèrent Victor et que l'usine ferma ses portes.
— Attendez, Youlitta Nicolaevna... De quelles nouvelles méthodes s'agissait-il?
— Je n'en sais rien. C'étaient des méthodes à eux. On a dit que de toutes façons elles ne pouvaient pas être établies, qu'elles n'auraient pas été autorisées. Ces innovations sont généralement impossibles, si elles ne sont