LE BOUQUET " CHIC
YOURI sauta de sa selle devant le perron d'une des maisons neuves de la Préobraj enskaïa.
La loge du portier, comme d'habitude, était vide. Youri appuya sa machine contre la rampe de l'escalier, grimpa jusqu'au troisième étage et introduisit doucement sa clef dans la serrure d'une grande porte noire. Il se trouva dans un vestibule et prêta l'oreille. Tout était calme. Il n'y avait d'ailleurs, à sa connaissance, personne dans la maison.
Le vestibule était vaste, avec des prétentions au luxe. On y voyait, accroché, un manteau de femme et les effluves de parfums coûteux s'y mélangeaient," dans l'air alourdi, à des arômes de bons cigares.
Cet appartement était celui de Lizotchka, l'une des petites amies de Youri, et qui l'adorait. Il y avait sa chambre, où il passait parfois la nuit, lorsque l'heure était trop tardive pour qu'il pût rentrer chez lui.
Sans ôter sa casquette, il écarta une étoffe sombre dissimulant une porte basse à droite du vestibule qu'il franchit en la refermant derrière lui.
L'appartement tout entier était pareillement vide et silencieux. Sur une table du salon, décoré avec ce désespérant mauvais goût qui dénote le luxe trop récent, trônait un bouquet de roses fraîches à longues tiges ; aussi cher.