LA PAPAUTÉ SE MEURT.— LA PAPAUTÉ EST MORTE
» Depuis longtemps la puissance morale de la papauté est perdue en Europe. Luther la tua en lui arrachant le Nord. Le jour où la main qui s’adressait Urbi et Orbi se vit enlever un tiers de l’Europe , ce jour-là commença l’agonie de la papauté : la papauté est une religion , et le caractère de l’unité religieuse est son universalité. Chaque pape en montant sur le trône trouva restreinte l’étendue
de sa domination. C’était un terrain dont l’Océan use insensiblement les bords, un fleur que chaque bouffée de vent dépouille. Comme s’ils étaient poussés par une main toute puissante, par la main de la civlisation progressive, des princes, des peuples, des philosophes, des sectaires , à leur insu ou de propos délibéré, conspiraient la ruine du colosse dont la tète était dans les nuages, et dont les pieds étaient d’argile. Secouer le joug de Rome était, vers la moitié du XVIII e siècle, la pensée prédominante des gouvernements italiens et étrangers; ils se croyaient grands et forts chaque fois qu’il6 avaient résisté victorieusement à un prétention romaine.
» Naples refusait le tribut , violait les prescriptions , chargeait ses écrivains de combattre les droits du pape, et si le gouvernement napolitain permettait , après cela , aux moines et aux inquisiteurs, de persécuter ces mêmes hommes en raison de l’œuvre qu’il leur avait imposée , ce n’était là qu’une de ces habitudes de la tyrannie qui se sert des instruments et les brise ensuite ; mais, en attendant, le coup avait porté. Joseph II dans l’Allemagne et Léopold en Italie attaquaient la papauté avec l'énergie de réformateurs. L’évêque Ricci et le synode de Pistoia aidaient à l’émancipation. Les Jansénistes se multipliaient et mettaient tout en œuvre pour rappeler l’antique sévé-
rité religieuse du christianisme primitif. Voltaire prêchait la croisade contre Rome catholique, et s’il ne la soutenait pas avec une grande profondeur de pensée et de philosophie historique , c’était du moins avec une telle activité et une telle variété d’armes , qu’elle restera longtemps , comme un prodige. Puis arrivait le torrent : arrivait la lave révolutionnaire qui précipitait du trône le passé tout entier. Puis Napoléon , enchaînant la papauté, la tralnqnt à Paris, la menaçant et transigeant politiquement avec elle, achevait de la déconsidérer et de l’avilir. Puis , le géant tombé , et l’inertie politique permettant aux études philosophiques et pacifiques de renaître , voilà paraître entiers le spiritualisme, l’éclectisme, écoles qui, tout en ne reniant pas le sentiment religieux, ne comptaient pas la papauté comme un élément nécessaire.
» Dans tout le monde catholique il ne restait au pape que De Maistre : De Maistre qui , dans son système logiquement déduit , faisait du pape une victime accouplée au roi absolu et au bourreau : Catholicisme, Despotisme et Peine de mort, voilà selon de Maistre les trois bases de la société: et elles ont été réellement les trois éléments du vieux monde que le nouveau monde a détruit
» L’Humanité est en avant d’un pas ; elle est en marche à la recherche d’un nouveau symbole. Lés tentatives de
nouvelles religions, bien que ridicules en elles-mêmes, démontrent assez qu’un vide est à remplir. Ceux qui, en petit nombre, ont essayé de défendre le drapeau catholique en l’associant à une liberté de leur façon, trahissent par cela même leur impuissance à le soutenir avec le seul prestige religieux....
» La papauté est morte : c’est une forme usée, exposée pour quelque temps encore à la vénération des amateurs d’antiquités. Le pape, ne pouvant pas convaincre, fait protéger son inviolabilité par des armées étrangères. Il défend le vicariat du Christ avec les baïonnettes suisses et autrichiennes (1)
» La ruine de la papauté était inévitable dans les destinées d,e l’humanité; et cette ruine révèle l’action d’un élément social négligé jusqu’ici et qui menace de se venger, l’élément populaire. La papauté a été puissante autrefois parce qu’elle s’appuyait sur le peuple. Elle seule constituait un centre visible d’association. Elle reconnaissaiten quelque sorte le principe de la capacité, en excluant, dans les premiers temps, l’aristocratio, et en ouvrant à l’homme du peuple, au serf, le chemin pour arriver aux dignités ecclésiastiques. Elle était en guerre avec la féo-
(1) Etats romains en 1892,
dalité, en guerre avec les princes; elle opposait l’autel au trône. Ainsi le peuple, en Italie surtout, était guelfe, pendant que dans le reste de l’Europe il se serrait autour du trône, d’où les rois combattaient la domination de l’élément seigneurial. Plus tard, lorsque après la mort de Jules II, le dernier des grands papes, les pontifes s’aperçurent que le peuple commençait à devenir puissant, ils se liguèrent
avec les rois. Cetté V: âlliance inégale, contractée entre le principe guelfe et le principe gibelin, ennemis jurés depuis des siècles, est la preuve la plus convaincante de la ruine de la papauté. Du reste, le ver rongeur était caché dans l’idole, et la papauté reçut le germe de sa propre destruction, lorsqu’elle s’empara du pouvoir temporel et l’étendit. Les religions ont besoin de planer dans une sphère intellectuelle et morale. Le contact des faits et des phénomènes matériels les tue en brisant tous leurs prestiges et soumettant à l’examen des multitudes leur principe métaphysique dans ses diverses applications.
» Cependant la papauté vit encore ;. . . et elle vivra jusqu’à ce que l’Italie ressuscitée la renverse du siège où elle dort. En Italie est donc le nœud de la question européenne; à l’Italie donc appartient l’œuvre solennelle de l’émancipation. Et l’Italie accomplira l’œuvre que lui confie la civilisation. Alors les peuples accourront pour se serrer autour
d’un aulre principe. Alors le Midi de l’Europe sera rais en équilibre avec le Nord. L’Italie ressuscitée entrera dans la famille européenne. Ohl comme son réveil sera solennel! Elle se sera réveillée trois fois depuis que la Rome du paganisme, en tombant, arrêta la marche de l’ancienne civilisation, et devint le berceau de la civilisation moderne. La première fois, il s’élevait de l’Italie une parole qui substituait l’unité spirituelle européenne au triomphe de la force matérielle ; la seconde, elle répandit dans le monde la civilisation des arts et des lettres; la troisième, elle effacera de son doigt puissant le symbole du moyen âge,
et substituera l’unité sociale à la vieille unité spirituelle.
— C’est de Rome donc que peut venir pour la troisième fois la parole de l’unité moderne, car c’est de Rome seulement que peut partir la destruction absolue de la vieille unité.
» Mais, si l’unité catholique est détruite, si la papauté a accompli son œuvre, parce qu’elle s’est faite prince et esclave des princes, à une époque fatale aux princes, il ne faut pas en conclure que la religion soit morte, et qu’aujourd’hui les seules théories politiques doivent régir l’humanité. Les théories politiques ont, aujourd’hui plus que jamais, besoin d’une sanction religieuse. La volonté universelle est une base convenable aux gouvernements; mais
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si on ne met pas en évidence les principes généraux qui régissent le monde, si on ne les réduit pas en maximes,
•en lois reconnues, on n’aura jamais une volonté universelle. La découverte de ces principes et leur inviolabilité, déduites d’une origine supérieure au pouvoir de l’individu, sont justement l’œuvre de la civilisation actuelle. C’est à ce but que doivent tendre les efforts de tous les esprits qui désirent fonder solidement l’édifice social.... »
Ces pensées, écrites en 1832, ont reçu des années suivantes , et surtout des deux dernières , une complète sanction.
Un pape apparut, qui, par ses tendances, par des instincts progressifs, et par je ne sais quel vague désir de la faveur populaire, fut une exception parmi les papes des derniers siècles. La Providence, comme si elle avait voulu démontrer aux hommes l’impuissance absolue de l’institution, lui fraya le chemin d’une vie nouvelle à travers l’amour et l’illusion des peuples. Si fort est le prestige exercé par les grands souvenirs, si enracinée la puissance des anciennes habitudes, si irrésistible dans les multitudes, qu’on dit pourtant agitées par le souffle de l’anarchie, le
besoin d’une autorité qui dirige et sanctionne le progrès, qu’une seule parole de pardon et de tolérance sortie de la bouche du pape suffît pour qu’amis et ennemis, croyants ou incrédules, illettrés ou penseurs, se serrassent autour de lui, dans l’enthousiasme et l’ivresse de l’amour. Un long cri, un cri de plusieurs millions d’hommes prêts à marcher au martyre ou au triomphe, s’éleva sur un signe de sa main pour le saluer père, bienfaiteur, régénérateur de la foi catholique et de l’humanité. Oublieux de l’histoire de trois siècles et de la logique inexorable des idées, des écrivains puissants par l’intelligence et la doctrine, qui jusqu’alors lui avaientété hostiles, travaillèrent à l’envi pour l’entourer d’institutions destinées à lui applanir les voies d’une grande initiative. Les nombreux fauteurs delà liberté de conscience, attristés néanmoins par le spectacle d’anarchie que présentée lies sectes protestantes, furent saisis par le doute. Le petit nombre des croyants dans la religion de l’avenir se recueillirent dans la méditation . On se disait : L’histoire s’est peut-être trop hâtée de décider ; il entrait peut-être dans les secrets de la Providence qu’une institution qui pendant dix siècles avait imprimé le mouvement et le souffle de vie à l'Europe, recélât dans son sein la force de pouvoir renaître de son tombeau, identifiée à ta nouvelle vie de l’humanité. Dans
le monde civilisé, tous les esprits attendaient, impatients
«t agités, la parole qui allaitdescendredu haut du Vatican...
Où est maintenant Pie IX î
Dans le camp ennemi, ayant rompu irrévocablement avec les destinées progressives de l’humanité : irrévocablement hostile aux désirs, aux aspirations de son peuple et du peuple des croyants. L’épreuve est accomplie. Entre la papauté et le monde, un abîme s’est creusé. Nulle puissance humaine ne peut désormais le combler.
Poussé par son cœur à rechercher les applaudissements et l’affection de la foule, mais entraîné par la toute-puissante logique du principe qu’il représente vers une dictature absolue; séduit par le mouvement universel des esprits, par l’exemple vivant des autres pays, par le souffle de son siècle ; prêtant volontiers l’oreille aux saintes paroles de progrès, de peuple, de libre fraternité, mais en même temps incapable de s’en faire lui-même l’interprète; incertain sur les conséquences, et craignant que le peuple, après avoir reconquis la conscience de ses propres droits, n’appelât à son tribunal l’autorité même du pontife, Pie TX s’arrêta malheureusement entre les deux voies qui s’ouvraient devant lui, murmura des paroles d’émancipation qu’il ne sut et ne voulut pas maintenir, des promesses de
patrie, d’indépendance de l’Italie que son entourage, de concert avec l’Autriche, trahissait le jour suivant ; puis, poussé par une peur subite, il s’enfuit devant le peuple qui lui criait : Courage ! Réfugié sous la protection d’un prince, bourreau de ses sujets et qu’il méprisait, il en adopta les tendances ; pour se venger de la tranquillité qui, malgré les provocations à une guerre civile, présidait au nouveau gouvernement de Rome, il mendia des secours étrangers; et lui, qui peu de temps avant avait, par aversion du sang, tenté de retirer les troupes romaines des camps de la Lombardie, il appela les baïonnettes françaises, autrichiennes, napolitaines, espagnoles pour lui réédifier un trône. Aujourd’hui , balloté entre les tromperies des protocoles secrets, esclave de ses protecteurs, esclave de tout, hors de ses devoirs et du vœu de ceux qui espéraient en lui, il rôde depuis neuf mois autour des frontières de Rome , n’osant pas les franchir, et comme s’il était repoussé par les fantômes de ses victimes. Louis XVI de la papauté, il l’a détruite pour toujours. Le boulet de canon, lancé par ses alliés contre le Vatican, donne le dernier coup à l’institution.
Pendant que ces choses se passaient, un prince, dans le nord de la péninsule, poursuivait une voie presque pareille, marquée par les mêmes espérances, par les mêmes illusions, par les mêmes déceptions des peuples. Nos terres le saluaient du nom d 'Epée d’Italie. Les meilleurs de nos patriotes lui montrant l’Autriche et les Alpes , suspendaient, pour courir la dernière épreuve de la monarchie, toutes les prédications de leurs plus chères croyances. Il était précédé par les encouragements de tous les peuples de l’Europe, et suivi par une nombreuse armée de braves. Où est-il mort, Charles Albert ?
C’est ainsi que la Providence nous apprenait, à nous tous qui voulons le bien, mais qui sommes trop tièdes
dans la foi, et trop faciles à nous laisser aller aux illusions du vieux monde, l’impuissance de la monarchie à faire le salut de 1’Italie, et l’incompatibilité de la papauté avec le libre progrès de l’humanité. Le dualisme du moyen âge est désormais une forme sans âme et sans vie; les drapeaux guelfe et gibelin sont des enseignes posées sur une tombe. Ni pape ni roi : Dieu seul et le peuple nous ouvriront la route de l’avenir.
L’esprit de Dieu descend aujourd’hui sur les multitudes; des hommes privilégiés par l’intelligence et par le cœur se saisissent souvent, par intuition, d’une puissante initiative, mais ils ne la créent pas ni ne peuvent l’étouffer. Au . dogme de l’autorité absolue, immuable, concentrée en un seul individu ou dans un pouvoir déterminé, se substitue le dogme de l’autorité progressive du peuple, interprète collectif, perpétuel de la loi de Dieu.
Et ce principe que le peuple a salué comme le régulateur suprême dans la sphère de la vie politique, sous le nom de Constituante , recevra, tôt ou tard, une inévitable application dans la sphère de la vie religieuse ; et cette application aura le nom de Concile.
La vie est une : vous ne pouvez pas en régler les diverses manifestations de manière à ce qu’elles soient indépendantes les unes des autres, ou quelles se contredisent dans
leurs expressions sans créer l’anarchie. Vous ne pouvez pas dire au peuple : tu es à moitié libre et à moitié esclave; la vie sociale est à toi, la vie religieuse est à autrui ; vous ne pouvez partager son âme. La liberté est un présent do Dieu qui domine, bénit et féconde toutes les facultés de la créature humaine.
Le pape sait cela : il sait qu’il ne peut régner à Rome qu’en despote. Les concessions politiques qu’il pourrait faire ne seront que des concessions de fait, non de droit, et son entourage les reprendra le jour d’après. Penser différemment, c’est se faire illusion. Les gouvernements hâtent souvent l’accomplissement do leurs destinées par le suicide, mais c’est à leur insu.
Et nous le savons aussi, nous. Une égale condamnation pèse sur le pape et sur le roi, et cette condamnation a sa source dans l’éducation lente, inéluctable, providentielle du genre humain, dans l’inviolabilité de l’esprit.
Cependant la question entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel est encore incomprise par beaucoup de monde, et il est nécessaire de la réduire à ses véritables termes. Si elle ne recelait dans son sein qu’une protestation contre le principe d’autorité arbitraire, absolue, représenté par le pape, si elle n’aspirait qu’à donner une base organique, positive à la société, elle tendrait à soustraire la terre et l’homme à la religion.
La religion et la politique sont inséparables. Sans religion la science politique ne peut enfanter que le despotisme ou l’anarchie. Nous ne voulons ni l’un ni l’autre. Pour nous la vie n’est qu’un problème d’éducation, la société qu’un moyen de la développer et de la traduire en
acte. La religion est le principe éducateur suprême ; la politique est l’application de ce principe aux différentes manifestations du genre humain. L'idéal est en Dieu; on doit coordonner les sociétés de manière à ce qu’elles se rapprochent le plus près possible de cet idéal, à ce qu’elles en réalisent la plus grande somme possible ; et sectateurs de sa loi, nous devons chercher à y conformer nos actes. La pensée c’est l’esprit; la traduction de cette pensée en actions, en œuvres visibles extérieures, c’est le fait social. Ainsi prétendre séparer entièrement et pour toujours les choses de la terre de celles du ciel, le temporel du spirituel, n’est ni moral, ni logique, ni possible.
Mais lorsqu’un pouvoir qui représente un principe religieux n’a plus la foi et qu’il ne l’inspire plus; lorsque, par
suite d’aberrations séculières, et lorsque par suite aussi des progrès des peuples, toute communion de vie a cessé entre ce pouvoir et l’humanité, lorsqu’il ne lui reste plus aucune force d’initiative, mais seulement une force de résistance, la première forme que revêt ce dissentiment est celle de protestation et de scission. La société, avant de condamner pour toujours ce pouvoir et le principe sur lequel il s’appuie, le sépare de son propre mouvement, en l’isolant dans une sphère d’inertie où l’opinion puisse le • Mger sans crainte et sans passion. Alors se leve le cri qui
invoque la séparation du temporel et du spirituel : et ce
cri qui s’adresse au pouvoir veut dire, pour tous ceux qui comprennent les instincts secrets du peuple :
«Votre mission est finie; retirez-vous. Notre vie, notre progrès ne viennent plus de vous. Le principe que vous représentez n’est pas le nôtre. Nous no croyons plus en vous. Une idée religieuse, plus pure, plus vaste, plus efficace que n’est la vôtre, fermente dans nos cœurs. Et puisque vous ne pouvez pas ou ne voulez pas l’accueillir fraternellement, restez seul. Souvenir solennel d’un passé qui ne reviendra pas, vous n’ètes plus aujourd’hui qu’une idole, une forme inerte, sans âme. Dieu et la religion sontavec nous; avec nous qui nous sentons meilleurs que vous, et plus capables de nous guider dans les sentiers do la patrie terrestre, ce premier degré pour monter au ciel. »
Et lorsque l’Assemblée romaine élevait en face du Vatican le symbole de la majesté populaire, lorsqu’elle proclamait, comme une nouvelle formule du lien religieux, les saintes paroles : Dieu et le Peuple; lorsqu’elle décrétait le gouvernement temporel du pape déchu de droit et de fait, ce décret voulait dire : « Papel la société vous exile ; tout » lien d’amour, d’aclions, d’aspirations, par votre impuis-
» sance constatée, cesse entre nous. Vous deviez nous gui-
» der; et pendant que nos âmes, éclairées par une nouvelle » lumière, pressentent un idéal plus vaste , et pendant » qu’au prix de notre sang et à la sueur de notre front, » nous essayons de déblayer tous les obstacles qui encom- » brent notre route, vous, tremblant, ébloui, vous balbutiez » de vieilles formules du moyen-âge, dont nous avons, » depuis longtemps, épuisé le sens ; de vieilles doctrines » de résignation aveugle aux maux que nous pouvons vaincre » et que la prière chrétienne nous invite à vaincre, avec » la conquête du royaume de Dieu sur la terre comme il » est dans les cieux. Quels sont les progrès qui se sont » accompli par vous depuis des siècles? Quels sont les » victimes que vous nous avez appris à sauver? A quelle » sorte de pauvres d’esprit et de corps avons-nous, par r> votre coopération, tendu une main fraternelle et dit : » Assieds-toi à la table des égaux, enivre-toi avec noue dans » la communion des âmes, car pour toi aussi le Christ a » donné son sang ? — Un peuple s’était levé au nom de » la croix contre l’oppression du Croissant, et pendant que » des hommes accouraient de tous les pays pour vaincre » ou mourir dans ce signe, vous ne trouviez pas une seule » parole d’appui et de bénédiction. — Un autre peuple, que » sa foi, que ses longs sacrifices, que son sang versé pour » elle, devaient rendre cher à l’Église, osa plus tard arborer,
» an nom de ses temples violés, de ses libertés détruites,
» de ses traditions abolies, l’étendard national qui arrêta » jadis l’invasion du mahométisme sous les murs de Vienne, » et vous avez béni le bourreau de ce peuple. — Et lorsque «nous-mêmes, frémissants d’une immensepensée d’amour, » d’égalité, de liberté, nous nous sommes levés en disant : » Nous ferons de l’Italie un autel sur lequel nous pronon- » cerons, les mains jointes, la troisième parole de vie pour » l’humanité : Père, bénissez-nous et soyez notre guide ; » vous qui avez perdu toute intelligence de l'humanité, » tout sentiment de la pensée providentielle qui la mène, » vous vous êtes méfié de vous-même, vous vous êtes » méfié de nous, du monde, de la Providence; vous vous » êtes arrêté plein d’épouvante; vous ne savez plus que » gémir ou maudire. L’énergie de la foi, la puissance du » sacrifice, la parole qui console et vivifie, vous avez tout » perdu. Les nôtres meurent pour leur foi : pour la vôtre » vous fuyez. »
La croyance dans l’autorité absolue, déléguée par l’élection d’un petit nombre ou par le hasard de la naissance à un individu, est morte pour toujours en Europe. — La croyance à la papauté est donc morte aussi. — L’insurrection de l’esprit humain contre le droit divin, appliquée au pouvoir des princes, remonte inévitablement jusqu’au pape qui patrone ces principes de sa parole et de sa consécration. La papauté est un cadavre comme la monarchie. La corruption qui ronge ces deux institutions n’est qu’une conséquence des conditions internes de leur existence.
La souveraineté nationale est le remède universellement accepté pour sauver la société de l’absence de toute autorité, de l’anarchie. La souveraineté de l'Eglise — et par
Église nous entendons le peuple des croyants — doit sauver la société de l’absence de tout principe, de toute autorité religieuse .
Constituante et Concile sont le prince et le pape de l’avenir
Les dupes qui s’obstinent à étayer la monarchie par des sophismes, des transactions et de fausses doctrines, ne la sauveront pas; ils condamnent la société à s’agiter, pendant quelques années de plus, dans la guerre civile à travers des illusions et des déceptions, des corruptions et des réactions violentes. Les dupes qui s’obstinent à étayer par des sophismes, des transactions et de fausses doctrines la papauté, ne la sauveront pas non plus ; ils condamnent seulement la société à plusieurs années d’immoralité, de doute, de matérialisme.
Enterrez les morts, joignez vos mains dans un acte de sentiment et d’amour, et marchez en avant Dieu nous a créés pour la vie ; pouvez-vous craindre qu'il ne se révèle pas à ses créatures lorsque, rassemblées pour s’interroger mutuellement sur leurs croyances et pour sonder, étudier le chemin de l’avenir, elles l’invoqueront dans une commune prière ?