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l'archevêque de Crète, pour qu'ils obligent les deux armateurs à remplir leurs engagements (1).
Si loin d'Avignon, les ordres du Saint-Siège sont souvent mal suivis : ses agents n’arrivent pas toujours à payer régulièrement la solde promise aux patrons des galères. Le dauphin Humbert se plaint, par exemple, d'avoir dù leur avancer une somme considerable ; et comme lui-même a sans cesse besoin d’argent, il demande à être défrayé le plus tôt possible (2). Nous verrons qu’en dépit de toutes ces difficultés, la flotte latine continue sa croisière dans l’Archipel, après le départ d'Humbert. La ligue navale, se bornant à un rôle défensif, rend de réels services aux chrétiens de Archipel : mais le fastueux concours du « capitaine général ) dauphinois lui a été, peut-être, plus nuisible qu’utile. L’incapable Humbert n’est bon qu’à embarrasser ses alliés. Durant l’hiver 1346-47, les hostilités sont suspendues entre Latins et Turcs. Ceux-ci sont de plus en plus attirés vers Byzance par les progrès de Cantacuzène. Les historiens byzantins nous apprennent qu'Omour-beg a fait une expédition en Thrace, dans le courant de l’année 1346, et qu’il encourage l'alliance étroite, conclue par son ami Cantacuzène avec le chef des Ottomans, Orkhan, qui devient, vers la même époque, le gendre du basileus usurpateur (#). Pendant ce temps, les chefs latins passent l'hiver à Rhodes, auprès du dauphin : le 29 janvier, Humbert fait son testament, en présence du légat pontifical, du grand-maître des Hospitaliers, et de l’amiral vénitien, Pancrace Giustiniani(#); quelques semaines plus
(1) Reg. 440, n° 879 (lettre du 24 septembre). (2) Reg. 140, ne 758, 760.
(3) Cantac., II, %, p. 586. Nic. Greg. XV,5, p.765. (4) Valbonnais. Mémoires pour l’hist. du Dauph., n° 256.
Ris
tard, ayant vu mourir sa femme, Marie de Baux, il se prépare à rentrer en France (1).
Dès le 49 mars le pape lui avait envoyé, sur sa demande, toutes les dispenses nécessaires (2) ; car il devait être délié de la promesse solennelle, qu’il avait faite en partant pour l'Orient, de ne pas revenir avant trois ans. Mais le 15 mai, Clément VI, qui depuis plusieurs semaines avait annoncé aux gens de Venise, d’Ancône, de Milan, le prochain retour du « capitaine général de la croisade » se demandait encore si le dauphin était en route (3) : les bruits les plus contraires circulaient à ce sujet. Enfin Humbert arrivait à Venise, dans le courant de juin (4). Comme s’il prétendait, toujours et partout, jouer un rôle politique au-dessus de ses forces, il s’attardait plus de deux mois dans l'Italie du Nord : le 16 août, il conclut à Milan une alliance avec les Visconti, et malgrélles instances du pape, il ne se rend à Avignon qu'après être rentré d’abord en Dauphiné, ayant franchi les Alpes entre Saluces et Briançon (5).
Quelques jours après avoir appris le retour d’'Humbert à Venise, le pape était informé que les vaisseaux de la ligue latine, montés surtout par les Hospitaliers, venaient de remporter une brillante victoire au nord de l’Archipel ; on avait
(1) C'est le 4° mai 1347 qu’on sut à Grenoble la mort de la dauphine, (Valbonnais. Mémoires, etc., p. 603). Cf. la lettre de Clément VI, du 15 mai. (Reg. V., 140, ne 1287).
(2) Reg. V., 140, n° 1070.
(3) Reg. V., 140, n° 1073-82, 1287.
(4) Lettre du 21 juin (Reg. V., 141, n° 64).
(5) Lettre du 16 septembre. (Reg. V., 141, n° 350). De Pétigny, art. cité. Bibl. Ec. des Ch., 1839-40, p.263. Le bruit se répandit à Avignon, vers la même époque, que le dauphin menaçait le comté de Provence, possession de la reine de Naples. UI. Chevalier a publié l'itinéraire d'Humbert II ; mais il y aurait plusieurs rectifications à faire, sur le séjour du dauphin en Orient. (Docum. hist. inéd.)
pris aux Turcs plus de 100 bateaux sur les côtes de l’île d’Imbros (!). Rien ne prouve mieux le rôle inutile et néfaste, joué par Humbert en Orient. La victoire d’Imbros, postérieure au départ d'Humbert, est le plus important succès de la ligue, dont les lettres pontificales fassent mention, entre 1345 et 14347 (2).
Ayant échoué dans toutes ses entreprises, le dévot Humbert II finit par abdiquer (16 juillet 14349). Il se fait moine, en entrant dans l’ordre des Frères Prêcheurs (3). Puis, aidé de l'amitié complaisante de Clément VI, il cherche encore le moyen de satisfaire sa passion pour les titres et les honneurs : le pape le nomme patriarche latin d'Alexandrie, administrateur de l’église archiépiscopale de Reims. Il meurt en 1355, àgé de 43 ans (*). Le dauphin de Viennois, au moment d’abdiquer, avait voulu donner un témoignage de sa dévotion pour l’ordre des Frères Prêcheurs et de son zèle pour la conversion -des Orientaux, en augmentant le nombre des novices dominicains, envoyés à l’Université de Paris : parmi les étudiants en théologie, qui venaient de toutes les provinces de l’ordre, il demandait qu’il y en eût plusieurs des provinces « de Grèce et de la Terre Sainte », sachant le grec, — et quelques-uns de ceux-ci, — 4 sur 16, — assez habiles
(4) Lettre du 24 juin. (Reg. V., 141, n° 74. Raynaldi, 1347, XXVII), cf. le jugement de Matteo Villari sur Humbert « Uomio molle e di poca virtu e fermezza... dove poteva acquistare onore e pregio lornd con poca buona fama.» (R. I. S., ee 20 mai 1347, le graad-maître, ayant appris la victoire des chrétiens, qui ont assiégé et enveloppé les Turcs dans l'ile d’Imbros, leur envoie de nouveaux renforts (Reg. bull. mag., n° 2, fol. 221, Archives de Malte, communiqué par M. De la Ville Le Roulx).
(3) Quétif-Echard. Script. ord. Pred., 1, 642. Il n’est pas certain qu’il soit resté dans l'ordre. (Cf. la note du P. Denifle Chartul. Univ. Paris., t. II, p. 535.)
(4) Mas-Latrie : Patriarches latins d'Alexandrie (Rev. Orient Latin. 18%, p. 2-3).
pour devenir des maîtres de grec (!). Mais il ne semble pas qu'aucune suite ait été donnée à ce projet du dauphin, resté, comme tant d’autres, à l’état de rêve.
On voit comment Humbert, en se chargeant de la direction de la croisade, avait assumé un rôle au-dessus de ses forces. Caractère irrésolu et faible, incapable de toute initiative, il ne pouvait agir, sans consulter à chaque instant le pape. Il faut dire aussi que Clément VI, très préoccupé d'empêcher toute déviation de la croisade, ne laisse guère à son « capitaine général » les moyens de conduire les affaires. À côté du dauphin se trouvent ses conseillers : l'archevêque de Crète, vicelégat du Saint-Siège, le grand-maître des Hospitaliers, le capitaine des galères vénitiennes, avec lesquels il doit s’entendre ; tous sont en relations directes avec le pape, qui prétend diriger la ligue latine, de manière que les intérêts particuliers de chacun des alliés restent subordonnés à l'intérêt général de l’Église. La méfiance, plus ou moins avouée, de Clément VI à l’égard des chefs militaires de l’expédition l’amène à exercer sur eux, par l'intermédiaire de ses agents ecclésiastiques, ou des frères Hospitaliers, plus directement rattachés au Saint-Siège, un contrôle incessant. Si utile que soit ce contrôle, pour maintenir l’union primitive, et ne pas faire servir la croisade au triomphe des ambitions particulières, il peut être parfois une entrave.
(1) Quétif-Echard. Script. ord. Pred., 1, 642.
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