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de nous montrer comment les Latins de Rhodes et du port de Smyrne concevaient leurs rapports avec les Turcs d’Ephèse (!).
L'émir consentait à céder au légat du Saint-Siège et au grand maître des Hospitaliers la moitié des droits de douane à percevoir dans le port d’Altoluogo, et dans les ports voisins, soumis à son autorité. Il s’'engageait à traiter amicalement les chrétiens de Smyrne. Les navires turcs, qui se trouvaient sur le littoral, devaient être tirés à terre, dans un délai d’un mois ; « et si le Saint-Père veut qu’ils soient brûlés, nous sommes prêts à le faire ». Aucun des sujets de l’émir ne devait s'engager au service des émirs voisins, ni faire la course contre les chrétiens. Toutes les galères turques, ou celles des pirates chrétiens « mali christiani » qui, poursuivies par les vaisseaux de la ligue, viendraient échouer sur les terres de l’émir, devaient être livrées à la ligue. L’émir promettait de ne donner ni faveur ni appui à aucun souverain turc, en guerre avec la ligue latine, ni à aucun chrétien, rebelle à l'Eglise Romaine.
Les membres de la ligue, Chypriotes, Vénitiens et Hospitalien, pourraient avoir des consuls, ayant juridiction sur leurs nationaux : en cas de conflit avec les Turcs, le consul latin devait s'entendre avec un magistrat turc, pour prononcer la sentence.
Les archevêques de Smyrne et d’Ephèse possèderont en toute propriété les églises du pays, et y prêcheront librement la foi du Christ; l’émir leur donnera des soldats turcs pour les protéger.
De leur côté, les Vénitiens et sans doute aussi les Hospita-
(1) Beyd a analysé le traité (L. c., p. 543). Mais il se trompe, en disant que le pape l’a ratifié.
liers, promettaient de ne faire tort, d’aucune manière, aux sujets de l’émir, de laisser les Turcs d’Ephèse aller et venir librement dans toutes les terres, soumises à la ligue. Si d’autres chrétiens voulaient attaquer l’émir, les Latins de la ligue s’engageaient à faire leur possible pour les en détourner, et s’ils échouaient, ils promettaient d’en aviser au plus tôt leur allié turc.
Ainsi les négociateurs avaient voulu établir entre Latins et Turcs une paix durable sur tout le littoral, autrefois soumis à l’émir d’Aïdin, père d'Omour-beg et de Khidr-beg : aucune limite de temps n’était indiquée, malgré les instructions antérieures, données par Clément VI, qui avait prescrit au dauphin Humbert, s’il concluait une trêve avec les Turcs, de ne pas s’engager pour plus de dix ans (!). Telle est sans doute la principale raison, pour laquelle le pape, retardant le plus possible l'approbation du traité, jugea nécessaire de le remanier. Le Saint-Siège, soit qu’il n’ait qu’une médiocre confiance dans la sincérité des promesses échangées, soit qu’il entende réserver l'avenir, s'oppose, en principe, à tout accord étroit entre chrétiens et musulmans. Mais il entrave ainsi le développement pacifique des relations commerciales, et risque de faire annuler les concessions obtenues au lendemain de la mort d'Omour-beg. A vrai dire, du moment que nous ignorons en quel sens le traité fut remanié, il est impossible de porter un jugement précis sur l'attitude de Clément VI en cette affaire. Au reste, malgré son hésitation à signer la paix, le pape était moins disposé que jamais à supporter les frais d’une nouvelle campagne. Il prévenait le doge de Venise
(1) Reg. V., 140, nes 759, 761 (lettre du 28 novembre 1346).