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sillonnent la Méditerranée, à travers les pirates, Turcs ou chrétiens, ambassadeurs et missionnaires vont et viennent, entre Avignon et Rhodes, Chypre, Négrepont, Byzance ou Caffa. Le rêve de la croisade hante toujours les plus aventureux des seigneurs d'Occident, et les plus fervents des moines, Prêcheurs ou Mineurs. Contre l’audace croissante des émirs turcs d'Asie Mineure, les Latins de Chypre et d'Arménie, ceux de l’Archipel et de la Morée réclament du secours : les Byzantins redoutent et provoquent tour à tour l’intervention des Latins d'Occident. Les projets d’expéditions nouvelles contre les Turcs se mêlent aux tentatives d’union avec les Grecs, et occupent maintes fois l’attention du Saint-Siège.
De cette importance des affaires orientales à la Cour d'Avignon il est resté un curieux témoignage: c’est le Registre qui a été copié peu de temps après le retour du pape à Rome, probablement sous le pontificat d’Urbain V (1), et qui, dans la série actuelle des registres du Vatican, porte le n° 62. Il est intitulé : « Littere Clementis V, Joannis XXII, Benedicti XII et Clementis VI de negotiis Tartarorum et aliorum infidelium, item fides Armenorum.» Ce Registre, souvent cité dans les Annales ecclésiastiques de Raynaldi, n’est autre chose qu’un choix de lettres, prises parmi les secrètes et les curiales des quatre papes mentionnés, et relatives aux affaires orientales ou plus exactement aux affaires des pays d'outre-mer « partium ultramarinarum » (?). Le titre cité ne donne de ce recueil qu'une idée fort inexacte: car les «affaires des Tartares » n’occupent en fait dans les lettres transcrites
(1) Denifle. Archiv für Lit. und Kirchen-Gesch., t. Il, p. 44.
(2) Ce sont les mots employés dans la liste des rubriques qui. se trouvent en tête du Registre.
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qu’une place fort modeste. D'autre part, ce Registre est loin de contenir toutes les lettres relatives à l'Orient (1), qu’on peut trouver dans les Registres de secrètes et de curiales, depuis l'avènement de Clément V jusqu’à la mort de Clément VI (1305-1352). Pour connaître la politique orientale des papes d'Avignon, c’est toujours aux secrètes et aux curiales qu'il faut revenir : le Registre 62 ne peut donner à cet égard que des indications fort incomplètes.
Une table des matières nous montrera d’une manière plus précise comment ce recueil a été fait. 5
Les lettres de Clément V n’occupent que les fol. 4 à 4
celles de Jean XXII » » ds 20 celles de Benoît XII » » 240000 celles de Clément VI » HS 40 à 100
Vient ensuite un groupe de documents, intitulé « fides Armenorum » C’est le résultat de l'enquête faite au temps de Benoît XII sur les opinions hétérodoxes, attribuées aux Arméniens, et la liste des 117 articles, sur lesquels on doit les interroger (fol. 100 à 126). Enfin le copiste inconnu a transcrit à la fin du Registre plusieurs documents du XIIIe siècle, relatifs aux tentatives d’union avec les Grecs : ces documents, lettres des papes, et réponses des empereurs byzantins, sont bien connus par ailleurs et ont été déjà publiés (2).
La table des rubriques, qui se trouve en tête du registre 62, nous montre que le copiste avait extrait ces documents, non
(4) Comme l'ont dit, par erreur, MM. Dorez et de la Roncière, Lettres inédites de Marino Sanudo (Bibl. Éc. des Ch. 189, p. 28). (2) Cf. Theiner et Miklosich, Monumenta spectantia ad unionem ecclesiarum.
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des registres, mais d’un «certain coffre », contenant plusieurs lettres des empereurs byzantins ou autres souverains étrangers, adressées au Saint-Siège. Voici en quels termes le copiste pontifical parle de ce «cofire », dont il semble bien que les richessés n’aient été que fort incomplètement conservées (1). |
« Sunt etiam in isto libro quedam littere scripte et recepte de archyvo ecclesie Romane de quodam coffro (addition, d’une encre diftérente : tangentes partes ultramarinas). Et est sciendum quod in regestris Clementis V, Johannis XXII, Benedicti XII, Clementis VI, nulla littera prefatis summis pontificilus missa per infideles scismaticos, Sarracenos, Tartaros, regestrata invenitur. Ideo supradicte littere de dicto coffro hic sunt posite. Est etiam sciendum quod in dicto cofiro sunt alie multe littere tam auro quam incausto scripte que non possunt hic aliqua via explicari sermone quia non sunt interpretes seu explicatores nec scriptores qui scirent contrafacere ».
Pour en revenir à la partie essentielle du recueil, on à vu que les lettres de Clément VI y sont les plus nombreuses : cependant, même pour ce pontificat, la collection est fort incomplète ; si elle comprend presque toutes les lettres, relatives aux affaires orientales, dans les quatre premières années, il en manque un grand nombre pour lés années suivantes.
Dans l’histoire des rapports du Saint-Siège avec l'Orient,
(1) Les boîles de documents divers, connues aux archives du Vatican sous le nom de Miscellanea Instrumentorum, ne contiennent guère que des pièces relatives à l'administration des États Pontificaux. J'ai trouvé cependant, dans l’une de ces boîtes (pièces de 1343-1344), la minute, en fort mauvais état, d'une lettre de Clément VI à l’empereur Jean Paléologue, — lettre qui, d’ailleurs, est dans les Registres de secrètes,
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il est certain que le pontificat de Clément VI (1342-1352) a une importance particulière. Les projets de croisade conçus au temps de Jean XXII, d'accord avec le roi de France, commencent à prendre corps et à se réaliser, avec des moyens, il est vrai, fort modestes. A défaut des rois de PEurope occidentale, absorbés par une grande guerre, plusieurs seigneurs de moindre importance se décident à prendre la route de l’Orient; et l’expédition de l’un d’entre eux, le dernier dauphin de Viennois, est étroitement liée au traité, qui a pour conséquence la réunion du Dauphiné au royaume de France. Le Saint-Siège, plus que jamais impuissant à faire triompher sa politique en Occident, semble attiré davantage vers ce lointain Orient, où, peut-être, dans la complication des luttes commerciales et religieuses, les circonstances sont plus favorables à l'intervention pontificale, où les fidèles de l’Église romaine ont des intérêts de premier ordre, où les bouleversements politiques semblent changer à chaque instant la distribution des forces. En même temps que les progrès de la piraterie turque provoquent les plaintes plus violentes des Latins de l’Archipel, de Rhodes ou de Chypre, la guerre civile, qui déchire l’Empire byzantin, donne aux Gênois et aux Vénitiens de nouveaux prétextes d'intervention. Au milieu de cette confusion, il semble qu’il y ait place pour une action du Saint-Siège, plus continue et pius efficace.
Le pape limousin — ami et conseiller du roi Philippe VI — qui se distingue, entre tous ceux du xiv° siècle, par ses goûts fastueux,- attire volontiers, à la cour d'Avignon, ces ambassades exotiques, venues de Byzance ou d’Asie-Mineure. C'est l’époque où le moine calabrais Barlaam, après de
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mémorables disputes avec les docteurs grecs de Thessalonique et de Constantinople, vient se réfugier à la cour pontificale, et enseigne à Pétrarque les premiers éléments du grec (1), — où l'ambassadeur byzantin Sigeros procure au même Pétrarque des manuscrits d'Homère. D'ailleurs les affaires orientales ont mis Clément VI en relations avec quelques-uns des personnages les plus intéressants du siècle : à Venise, c'est le doge André Dandolo, historien et homme d’État; à Byzance, c’est l’empereur Jean Cantacuzène, qui a écrit lui-même l’histoire de son temps, et dont les mémoires sont l’une des œuvres les plus importantes de la littérature byzantine.
Le rôle de Clément VI dans les essais de croisade du xiv® siècle, et dans la formation de la ligue navale, qui aboutit à la prise de Smyrne, est déjà connu par des travaux antérieurs (?) : mais il est possible de compléter ces études par des détails plus précis, empruntés surtout aux Registres du Vatican. Ce qui est beaucoup moins connu, ce sont les rapports du pape avec les empereurs de Byzance, Jean Paléologue et Jean Cantacuzène : les renseignements, que nous donnent à ce sujet certaines lettres de Clément VI, doivent être éclairés par quelques pages fort curieuses des mémoires de Cantacuzène. Ainsi les sources principales de cette étude seront ; {° les lettres — secrètes et curiales — de Clément VI. — 2° les textes des historiens byzantins contemporains (Cantacuzène et Nicéphore Gregoras). — 3 les
(1) Pétrarque. Lett. fam. XVIII, 2. Lelt. sen. XI, 9 (éd. Fracassetti).
(2) De la Ville Le Roulx. La France en Orient au xiv° siècle. — Jorga, Philippe de Mézières et la croisade au xive siècle,
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chroniques italiennes et les documents des archives vénitiennes ou gênoises, récemment publiés par les Sociétés historiques de Venise et de Gênes (1).
(4) Mon collègue à l'École de Rome, M. Déprez, a bien voulu me communiquer les copies, qu’il avait préparées pour l'édition des Registres de Clément VI. Sa complaisance m’a permis d'achever, dans le temps très court dont je disposais, le dépouillement commencé aux archives du Vatican, Je tiens à lui exprimer ici tous mes remerciments. — Je remercie également M. De la Ville Le Roulx, qui a eu l'obligeance de mettre à ma disposition plusieurs documents, extraits des Archives de Malte. |