CLÉMENT VI ET CANTACUZÈNE
Tandis que le dauphin Humbert, découragé, renonçait à la croisade, et se préparait à quitter l'Orient, le ministre grec
usurpateur entrait triomphalement à Byzance, au début de
février 1347.Cantacuzène se réconciliait avec le jeune basileus Jean V, et lui donnait sa fille en mariage : lui-même gardait
le titre de basileus, comme associé de son gendre, sous le”
nom de Jean VI.
Au début de la guerre civile, les Latins de l’union, qui recherchaient l'alliance de la cour, avaient observé naturel-
lement, vis-à-vis de l’usurpateur, la plus grande réserve. ) : Æ
N’était-il pas, plus encore que l’allié, l’ami et le protecteur de cet émir Omour-beg, contre lequel l’union dirigeait alors son principal effort ? Cependant à mesure que les chances de succès devenaient plus sérieuses pour le parti de Cantacuzène, les chefs latins pouvaient se demander si leur intérêt n’était pas de ménager le puissant ministre, au Cas où il triompherait de la régente, et de négocier avec lui, pour le détacher des Turcs. Le dauphin Humbert, toujours plus préoccupé de diplomatie que de batailles, semble avoir cherché, dans le courant de l’année 1346, à servir de médiateur entre les deux partis byzantins. Dès l’origine, on l’a vu, il négocie avec la régente, et bien qu’il cherche surtout à se
faire céder l’île de Chio, Clément VI compte sur lui, pour travailler, d'accord avec le Vénitien Pisano et le Savoyard Pierre de la Palu, à l’union des églises (1). Mais, d’autre part, le pape lui recommande de ne pas traiter avec Cantacuzène : et comme s’il craignait d’être roal obéi, il revient, quelques mois plus tard, plus nettement encore sur la même recommandation : le capitaine-général de la croisade ne doit sous aucun prétexte intervenir dans la guerre qui divise les Grecs (2). Cependant, lorsque Cantacuzène entre à Byzance, il trouve dans la ville un ambassadeur latin, récemment envoyé par le dauphin à la régente (3) : cet ambassadeur est le chanoine Barthélemy « de Thomariis », vicaire du légat pontifical, qui vient de rapporter au dauphin, quelques semaines plus lôt, les instructions de Clément VI. Barthélemy, dont il est souvent question dans les lettres du pape, est, en quelque sorte, le diplomate en titre de la curie; on le voit constamment en route, entre Avignon et l’Archipel, pendant la croisade d'Humbert, et plus tard, lors des négociations avec les Turcs (4). S'il vient trouver la régente Anne, en janvier ou février 1347, ayant passé par Rhodes, à son retour d'Avignon, c’est surtout pour traiter, semble-t-il, l'affaire de
(4) C£., supra, p. 70. Reg. 140, n°° 137-138.
(2) « Traclare autem cum Catecusino ad presens honori nostro et ecclesie ac tuo propter causas quas refert idem nuntius expediens non videtur » (15 juin 1346, Reg. 140, n° 123, Rayn. 1346, LXIV). « Le illo Catecusino et Grecis aliis, de quibus faciebant tue littere mentionen, te factis dictis treugis intromittere sicut credimus non oportet. » (28 novembre 1346. Reg. 140 n° 759. Rayn., 1346, LXVI).
(3) Cantac., IV, 2, p. 43.
(&) Cf. supra p. 69, 86. En juin 1346, Barthélemy, envoyé par. Humbert, est sur le point de quitter Avignon ; il retourne en Orient, en passant par Venise ; en novembre, il revient à Avignon. (Reg. 140, n°5 434 et 758). Queiques mois plus tard, il est à Smyrne, et négocie avec les Turcs : il apporte au pape le premier projet de traité (janvier 1348), retourne en Orient, et apparaît de nouveau à Aviunon, en septembre 1348 (Reg. 141, n°° 1019, 109).