‹ Le pape et l'empereur, 1804-1815Chapitre 4 sur 20 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'occupation de ROME

L'historien de la Vie de Pie VII ^ Artaud, a très judicieusement remarqué que lorsqu'il s'agissait de traiter les affaires reli{jieuses, il y avait deux hommes en Napoléon, u D'abord, dit^il, un esprit juste, prompt, focile, net, sachant demander un conseil sur un çenre d'études et de politique qu'il n'a pas examiné, recevant avec bonne grâce une direction salutaire et la suivant de toute la force qui accompagne une intime conviction; ensuite un esprit inquiet, livré à un fol orgueil, d'une érudition mal assurée, portant envie à la mission des prêtres et se croyant humilié de ce que l'Empereur ne fût pas dans ses loisirs de batailles, le pontife de la nation comme il était le régulateur suprême des opérations de l'armée. « Cette dernière physionomie était celle qu'affectait le plus souvent l'Empereur, car l'habitude de commander en chef depuis huit ans aux armées l'amenaità vouloir commander à tous les hommes, quels qu'ils fussent.

Dans les réclamations adressées au cabinet des Tuileries contre les Articles organiques. Pie VII avait parlé d'une lettre de Louis XIV à Clément XI où le monarque mentionnait l'accommodement qu'il avait fait avec Innocent XII et par lequel il s'était engagé à ne pas donner suite à la déclaration de 1682. Portalis avait répondu que cette lettre avait été arrachée au Roi par le jésuite Lctellier, ainsi que l'attestait d' Alembert. Or, cet accommodement remontait à l'an 1 693 et n'était pas le fait du P. Letellier. M. de Pradt prétend que Napoléon découvrit la lettre de Louis XIV dans les Archives

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du ViUican, transportées sur son ordre a Paris, et la jeta fin feu en s' écriant : w On ne viendra plus nous troubler avec ^es cendres! » Ceci est faux, car M, Artaud en retrouva rorifjlnal au Vatican en 1825, Cette lettre, datée de Versailles le 14 septembre IBlKîj fut adressée à Innocent XII lors de son exaltiition. Four assurer le nouveau l'ape de son respect filial, le Roi lui disait ; « Je suis bien aise de faire savoir à votre Sainteté que j*ai donné les ordres nécessaires afin que les choses contenues dans mon édit du 22 mars IG82 touchant la déclaration faite par le clerpé de France (à quoi les conjonctures passées m'avaient obligé) ne soient pas observées (I), » C'est en 1(>93 que Louis XIV avait fait cette déclaration, et non à la 6 ri de ses jours, comme F avait prétendu Porlalis abusé par une erreur de d'Alembort. Or, Napoléon, couHant daus les affirmations de son directeur des Cultes, avait ftiit entendre à Pie VU que si un Pape, adroit comme Clément XI, avait eu raison d'un roi vieilli et fiitigué par de longues fjuerres, il n'en serait pas de même aujourd'hui. Le Pape se bornait à répondre (jue la déclaration de Louis XIV avait été faite en l(ît)3, mais il n'insistait pas, de peur d attirer des désagréments à Porta lis dont la conduite à Tégard de répiscopat était d'ailleurs irréprochable. Rome défendait ses droits, mais sans à prêté, car elle savait bien qu'elle n aurait aucun avantage a susciter des querelles ou à les prolouffcr. Dans son allocution aux cardinaux, Pie VII avait parlé du couronnement de r Empereur et u de son excellente épouse, Joséphine *' , qu'il appelait « sa très chéro fîlli? eu Jésiis-Christ ^ . L Empereur, qui rerut le texte de rallocutian pontiHcate, fit effacer le nom de Joséphine, disant avec rudesse : i^ Dans les lettres et discours du Pape, il ne devrait jamaii^ être question de femmes » ! Ce propos semblerait rndiqucr un res^scntinient implacable de la scène qui avait amené le mariage du l" décembre et une sorte de dédain, précurseur rie la future disgrâce. Malgré cette attitude, le Pape nen saisissait pas moins

(t) àKTàiiiij Vie^ lie Pic Vif, l. H, t^hftp. I".

les occasions de manifester ses bontés envers Joséphine. L'Impératrice lui avait fait adresser de belles gravures rappelant la visite papale à l'Institut des Sourdë-Muets. Pie VII ïen remercia avec une effusion vraiment affectueuse et le fit en des termes qui montraient combien il avait été touché de sa résolution et de sa franchise, la veille du Sacre.

Le 8 mai 1805, Napoléon arrivait à Milan précédé du cardinal Caprara. Le couronnement eut lieu le 26 mai, dans la même cathédrale où, cinq ans auparavant, avait retenti le Te Deum en Thonneur de la victoire de Marenço. On sait avec quelle énergie le nouveau roi d'Italie répéta, en saisissant la couronne de fer, la parole célèbre des rois lombards : « Dio me r/ia data, gudia chi la tocclierà! » Le 8 juin, par son décret sur la réorganisation du clergé régulier et séculier en Italie, Napoléon rétablit de nombreuses congrégations, restitua aux vingt-six évéques du royaume, aux séminaires et aux fabriques leurs anciens revenus. Cependant, ce décret ne satisfit pas entièrement la Cour de Rome, parce qu'il avait été rendu sans sa coopération et parce qu'il comprenait diverses dispositions choquantes, telles que la mise en vigueur du Code Napoléon qui autorisait entre autres le divorce. «* La religion catholique, écrivit à ce sujet Pie VII à l'Empereur et roi, cesserait d'être la religion d'État en Italie, si l'État ne protégeait pas ses maximes les plus essentielles et si, par ce Code nouveau, il venait tout à coup imposer des règles qui seraient la négation même de ses droits les plus inviolables » . Napoléon releva ces observations avec une certaine vivacité : « Je l'ai dit quelquefois à Votre Sainteté. La Cour de Rome est trop lente et suit une politique qui, bonne dans des siècles différents, n'est plus adaptée au siècle où nous vivons. »> Il faisait remarquer qu'avant son arrivée au pouvoir, les séminaires et les chapitres d'Italie étaient dépouillés de tout, les évêchés dans la misère, les fabriques sans ressources, la plupart des monastères dans une extrême détresse et qu'il avait, lui, remédié à tout cela. Il s'étonnait, après avoir obtenu des remerciements de la part .du clergé italien, de subir des cri-

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tiques de la Cour de Rome. « Je ne mérite qu'un reproche, c'est d'avoir fait cela sans le concours du Saint-Sièg[e. Mais n'ayant trouvé à Milan personne chargé de ses pouvoirs, et sachant par expérience que le Saint-Siège mettrait trois ou quatre ans pour terminer les affaires ecclésiastiques d'Italie et jugeant qu'elles allaient dépérir, si je n'y portais point remède, j'ai cru qu'en foveur du motif Votre Sainteté passerait sur ces circonstances, w II priait Pie VII d'approuver ses actes et il donnait pleins pouvoirs au cardinal Fesch pour discuter avec les agents du Pape. «Je me prêterai, ajoutait-il, à toutes les modifications qui seront possibles, car ma première volonté est de lui plaire et de ne lui donner aucun sujet de chagrin et de mécontentement... Si j'ayais voulu faire du tort à la religion, j'aurais laissé les choses comme elles étaient, et j'aurais dû être convaincu que l'esprit philosophique aurait bientôt dégradé et ruiné tous les établissements religieux. »

Cette lettre est comme la première note du désaccord qui commence et qui bientôt va s'aggraver entre le Pape et l'Empereur. Le 6 septembre, Pie VII répondit que les déclarations de Napoléon relatives à son attachement à l'Église l'avaient rempli de consolation. Il avait appris aussi avec joie que l'Empereur consentait à se prêter à des modifications possibles au sujet des ordonnances sur les affaires ecclésiastiques d'Italie et il acceptait d'en conférer avec le cardinal Fesch. Mais il fallait tout peser avec exactitude et avec maturité. Il y avait des choses opposées aux articles du Concordat français et qui ne pouvaient être établies que d'accord avec la Papauté, sous peine d'attirer sur le Pape les blâmes de l'Église et sur l'Empereur le reproche d'avoir manqué à ses promesses. Pie VII ne désespérait pas de voir Napoléon revenir sur l'application du Code Napoléon en Italie qui autorisait entre autres le divorce et créait au mariage des obstacles ou des facilités que l'Église ne pouvait admettre. La religion catholique était reconnue en Italie comme religion d'État et avait droit à des avantages qu'elle ne pouvait exiger en France. A ce moment, allait surgir on fait grave qui devait amener la division entre le Quirinal et

les Tuileries. Après la rupture de la paix d'Amiens, Jérôme Bonaparte, jeté sur les côtes des États-Unis par les hasards d'une croisière aux Antilles, vint à s'éprendre d'Elisabeth Patterson, fille d'un négociant de Baltimore et l'épousa le 24 décembre 1803. Le frère de l'Empereur n'avait alors que dix-neuf ans. Le consul général de France à Washington l'avertit que ce mariage serait invalidé s'il se faisait sans le consentement de sa mère Lœtitia. Jérôme passa outre. Dès que ce mariage fut connu en France, la famille Bonaparte songea à le faire annuler. L'avènement du Premier Consul à l'Empire avait rendu Jérôme sujet du nouveau souverain. Aussi, le 22 février 1805, Madame Mère avait-elle protesté par devant notaire contre le mariage de Jérôme et obtenu de l'Empereur deux décrets qui faisaient défense à tous officiers de l'état civil de recevoir sur leurs registres la transcription de l'acte de célébration de ce prétendu mariage contracté à l'étranger, et aux ministres de tous les cultes de se prêter à une nouvelle célébration de ce mariage. Il est évident que si Jérôme n'avait été qu'un simple particulier, le tribunal de la Seine, saisi régulièrement par Lœtitia Bonaparte d'une demande en nullité, eût légalement invalidé le mariage de Baltimore. Mais Jérôme était devenu prince de la fcimille impériale et Napoléon avait le droit d'annuler le mariage par un décret émanant de sa propre autorité. L'Empereur voulut davantage. Il demanda au Saint-Siège l'annulation canonique et fit valoir les motifs suivants. Son frère, étant mineur et n'ayant point réclamé l'autorisation de sa mère, s'était marié avec une protestante. « Il me serait facile de le faire casser a Paris, écrivait Napoléon au Pape, l'Église gallicane reconnaissant ces mariages nuls. Il me paraîtrait mieux que ce fût à Rome, ne fût-ce que pour l'exemple des membres des Mai- «ons souveraines qui contracteront un mariage avec une protestante. » Napoléon désirait donc l'envoi d'une bulle qui annulât ce mariage.

Ces raisons n'émurent point le Pape. Peut-être comprit-il qu'il y avait autre chose que l'Empereur ne voulait pas dire,

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mais qu'il (jardait en réserve. Si Pie Vil, en effet, annulait le mariage de .lérùme sans pénétrer la matière, sans peser les détails, il s'exposerait un jour à voir le même Empereur Tinyiter à intervenir en personne pour casser le mariage dn l*' décembre pour lequel, comme on le «ait déjà, il avait préparé et voulait invoq^^er de graves raisons de nullité, on du moins, telles en apparence. Ce désir ardent de divorcer obsède, il faut bien le remarquer, la pennée de Napoléon, surtout depuis qu'il est arrivé au souverain pouvoir. C'est ainsi qu'après l'affaire de Jérôme, qui poussera la faiblesse jusqu'à oublier les promesses faites et la foi jurée pour accepter un autre mariaf^e et satisfaire des visées ambitieuses, TEmpereur voudra déterminer Lucien à rompre avec sa fcmme, Mme Jouberthou, et à domier F exemple d'une seconde rupture. Pourquoi cela /Pour habituer ses sujets à ces dissidutions en apparences légales, et les préparer k admettre la rupture de ses propres liens. Dans le yrave incident que va soulever le mariafje de Baltimore, ce qu'il faut ebercber avant tout, suivant moi, c'est la volonté impériale de créer, avec la complicité du Sainl^Père, un précédent dont Napoléon e^aura profiter toi ou tard. ^

Mais ici, et comme toujours, le Pape ne se préoccupe que de ses devoirs. Il se fait exactement renseifjner, au pin ut de vue de la célébration du mariage, par un avocat de la famille Patterson, et au point de vue de la publication du décret du Concile de Trente à Baltimore, par les arcliivistesdu Vatican, Ceci fait, il étudie lui-même trois mémoires que Napolcoa lui a envoyés et il conclut ainsi : ^i De quelque manière que nous avons examiné lacbose, il est résulté de notre application que, de tous les motifs qui ont été proposés, il n'en est pas un qui nous permette de contenter Votre Majesté pour déclarer la nullité dudit mariage. » Le Pape faisait observer que les trois mémoires, en invoquant sans discernement des motifs de nullité qui ne s'accordaient pas entre eux, ne pouvaient décider et justifier la rupture d'un mariage contracté et consommé. Quant à la disparité du culte considéré par T Église

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comme un empêchement dirimant, cette disparité ne se vérifiait pas entre personnes baptisées, bien que Tune d'elles ne se trouvât pas dans la communion catholique. Cet empêchement n'avait lieu que dans les mariag^es entre un chrétien et un infidèle. « Les mariages entre protestants et catholiques, quoiqu'ils soient abhorrés par TÉglise, disait-il, cependant elle les reconnaît valides... » Quant à la clandestinité ou à l'absence du propre curé, ce motif dirimant n'était valable que dans les pays où le décret du Concile de Trente avait été publié. Or, aucune trace de ce décret n'avait été relevé à Baltimore. Le Pape concluait donc à la validité du mariage Bonaparte-Patterson et à l'impossibilité absolue de le dissoudre canoniquement (l).

Napoléon blâma le formalisme étroit de la Cour de Rome. Il obtint, le 6 octobre 1806, delà complaisance de l'Officialité diocésaine de Paris l'annulation du mariage; ce qui permit, le 22 août 1807, au roi Jérôme d'épouser une princesse protestante, Frédérique-Catherine, fille du roi de Wurtemberg. L'Empereur avait voulu voir dans le refus du Pape une sorte de revanche du refus fait par lui des Légations, puis une coupable protection accordée à la cause du protestantisme en France, comme si l'Église n'avait pas toujours reconnu la validité des mariages entre catholiques et protestants. Et lui qui avait écrit au Pape, le 22 mai 1805 : « Il est ijnportant pour la France même qu'il n'y ait pas auprès de moi une fille protestante, « il allait négliger, deux ans après, cet argument qu'il avait cru péremptoire. Mais froissé dans son orgueil par la résistance inattendue de Pie VII, il laissa entendre qu'il se souviendrait de ce regrettable incident. Il saisit le prétexte de mesures nécessitées par la guerre portée en Autriche pour donner ordre au général Gouvion-Saint-Cyr de s'emparer de la ville d'Ancône qu'il avait rendue au Saint-Siège, alléguant que cette ville était voisine de Corfou occupé par les Anglais et que la prudence justifiait cette occupation. Le 13 novembre

(1) Voir Autaud, Vie de Pie VU, t. II, ch. vi.

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1805, Pie VII protesta éner^pquemeiit contre la violation de sa neutralité et Toubli des promesses faites par FEmpcreur. II constatait que, depuis son retour à Rome, il n'avait éprouvé de sa part qu'amertumes etchag^rins. Aussi réclamait-il l'évacuation d'Ancône, sous peine de rompre toutes relations diplomatiques. Napoléon ne répondit pas immédiatement à c^tte protestation. Occupé de sa formidable campagne contre les Autrichiens et les Busses, puis enivré par ses victoires, ayant dicté la paix à TAutriche, supprimé les Bourbons de Naples, fait de l'électeur de Bavière un roi, conclu le mariage d'Eugène avec la princesse Augusta, distribué des couronnes à ses frères, jeté à ses pieds les princes allemands comme autant de vassaux, il se croyait l'arbitre du monde. Tout à coup, il lit la lettre du souverain du plus petit royaume de la terre qui ose le menacer de rompre toutes relations avec son ministre à Rome, et il s'indigne de tant d'audace. Il se décide à lui répondre, le 7 janvier 180G, avec le ton d'un homme qui parait être plutôt l'offensé que l'offenseur. Il accuse Pie VII d'avoir prêté l'oreille à de mauvais conseils, pendant que les puissances à la solde de l'Angleterre sont coalisées contre lui. L'occupation d'Ancônc provenait de la mauvaise org^anisation militaire du Saint-Siège qui aurait été incapable de défendre cette forteresse contre les menaces des Anglais ou des Turcs. « Je me suis considéré, ajoutait-il superbement, ainsi que mes prédécesseurs de la deuxième et troisième races, comme le fils aîné de l'Église, comme ayant seul l'épée pour la protéger, w Mais il y mettait une condition : « Je serai l'ami de Votre Sainteté, toutes les fois qu'elle ne consultera que son coeur et les vrais amis de la religion. »

Dans une lettre qu'il adressa au cardinal Fesch, en l'invitant à en donner lecture à la Cour de Rome, l'Empereur exhala toute sa colère. Il qualifia la lettre du [Pape de « ridicule » et a d'insensée » . Il dit des cardinaux : « Puisque ces imbéciles ne trouvent pas d'inconvénient à ce qu'un protestant puisse occuper le trône de France, je leur enverrai un ambassadeur protestant... Pour le Pape, je suis Charlcmagne,

parce que, comme Gharlemag^e, je réunis la couronne de France à celle des Lombards et que mon empire confine avec rOrient (1). » Se laissant aller à des violences indignes d'un empereur chrétien, il faisait déjà entendre qu'il traiterait Rome en ennemie et réduirait le Pape à n'être que le premier de ses évêques. Ces menaces n'effrayèrent pas Pie VII. Il répondit qu'il n'avait agi que suivant sa conscience et que s'il avait refusé de casser le mariage de Jérôme, c'est que la loi religieuse ne le permettait pas. Il persistait à réclamer l'évacuation d' Ancône et la remièe des Trois Légations, parlant à Napoléon avec la même liberté et avec la même franchise qu'il avait employées dans ses lettres à François II, quand ce prince voulait garder les mêmes États (2). Pie VII, fort de son droit, ne redoutait rien. « Si l'état de tribulation, disaitr-il, auquel Dieu nous a réservé dans notre douloureux pontificat, devait arriver à son comble, si nous devions nous voir ravir l'amitié et la bienveillance de Sa Majesté, le prêtre de Jésus- Christ, qui a la vérité dans le cœur et sur les lèvres, supportera tout avec résignation et sans crainte... »>

Mais l'Empereur était trop enorgueilli par ses derniers triomphes pour supporter un langage même aussi modéré. Mal renseigné par Fesch qui se plaisait à dénaturer les faits les plus simples et croyait aux rapports de ses espions sans les contrôler. Napoléon était prêt à rompre toutes relations avec le Saint-Siège. Le 13 février, il enjoignit au Pape de marcher dans la voie droite, car l'Italie tout entière devait être soumise auxlois impériales. Il voulait bien ne pas toucher à l'indépendance de la Papauté, mais il lui adressait l'ultimatum suivant : « Mes conditions doivent être que Votre Sainteté aura pour moi dans le temporel les mêmes égards que je lui porte dans le spirituel et qu'elle cessera des ménagements inutiles envers des hérétiques ennemis de l'Église... Votre Sainteté est souverain de Rome, mais j'en suis l'Empe-

(1) Correspondance de Napoléon y t. XI, p. 643.

(2) Voir le texte de cp» lettres dans le livre de P. Va:« Dukrm sur le Conclave de Venise, p. 355 et 502.

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reur. Tous mes ennemis doivent être les siens (1). »» Et sur ses ordres, le cardinal Fesch requit l'expulsion des État^ du Pape de tous les Angolais, Busses et Suédois et de toutey les personnes attachées à la cour de Sardaig^ne. En prenant cette attitude ; Napoléon s'imag^inait parler comme Charlemaf;ne qu'il citait à tout propos, oubliant avec quel respect le vieil et auguste empereur parlait au Saint-Père en son nom et en cahn deses peuples qu'il disait « constitués pour le service de DÎimi m , Le 21 mars 1806, après avoir consulté les cardinaux, Pie VII écrivit à Napoléon qu'il voyait combien les desseins manifestes de l'Empereur menaçaient la dig^nité du Sfiint- Siège et les droits inaltérables de sa libre souveraineté. Aussi, ne pouvait-il se prêter à des concessions auxquelles réiuignaient ses obligations les plus strictes. Chasser de ses Ktalâ les étrangers qui s'y trouvaient, ce serait faire acte d'hoslililé envers des puissances auxquelles il devait comme à d'au lies, comme à toutes, la paix sans distinction aucune. Vicaire tie Jésus-Christ, il n'avait à s'immiscer dans aucune affaire politique. Il ne s'agissait pas pour lui de repousser une agre^ssion injuste ou de défendre la religion en péril. Pourquoi le Pape irait-il provoquer la rupture des relations entre le Saint-Siofff* et les fidèles qui vivaient sous la protection des puis&£iucc$ étrangères?... Puis, dans un élan de légitime et superbe iudignation. Pie VII s'écriait : « Sire, levons le voile! vous dites que vous ne toucherez pas à l'indépendance de l'Église; vous

(1) Corr. Nap. t. XII, p. 47. Celte prétention d'être l'Empereur de Ri>mr uu des Romains, François II l'avait eue bien avant INapoiëon. Le titre d'Empir^ur des Romains, comme celui d'Empereur de J(^rusalem, faisait, depuis plu^rii lu» siècles, partie des titres nombreux des empereurs d'Allemagne. François 11 vtnilut davantage. Le baron de Thugut, son ministre des Affaires Étrangères, uvj^il essayé de faire prévaloir au Congrès de Rastadt pour son souverain le titre rlr- Huf if e Borne y le 9 février 1798. I^ marquis Ghisilieri, envoyé extraordinaire de I Autriche auprès de Pie VU, parlait, le 19 juin 1800, deux mois après l'élection t\u nouveau Pape, • det droits incontestable» de François sur la ville de Rome f I^UtJ» tard, le 26 mai 1814, Mettcrnich voudra, dans une lettre à lord CastIcreagb, jiiittiKer les prétentions de François II sur certains États pontificaux, déclarant t^uu • coiameRoide Borne, il avait ce droit incontestable sur les États de rÉf^lt^u et sur Rome, aussi bien qu'en qualité d'empereur héréditaire et chef du Corpn ^^-v* manique. •

dites que nous sommes le souverain de Rome et vous dites dans le même temps que toute l'Italie sera soumise à votre loi... Votre Majesté établit en principe qu'elle est l'Empereur de Rome. Nous répondons, avec la franchise apostolique, que le Souverain Pontife ne reconnaît et n'a jamais reconnu dans ses États une puissance supérieure à la sienne, et qu'aucun Empereur n'a aucun droit sur Rome! »

C'est, qu'on le remarque bien, au moment même où les peuples, les princes et les rois s'inclinent devant l'autorité dominatrice de Napoléon qu'un vieux Pontife, sans ressources et sans appui, ose tenir tête à ce tout-puissant et orgueilleux despote : « Vous êtes immensément grand, avoue-t-il; mais vous avez é.té élu, sacré, couronné Empereur des Français et non de Rome. Il n'existe pas d'Empereur de Rome... Il existe bien un Empereur des Romains, mais c'est un titre électif, purement honorifique, reconnu par toute l'Europe et par Votre Majesté elle-même dans l'Empereur d'Allemagne. Ce titre ne peut appartenir en même temps à deujc souverains. Il n'est qu'un titre de dignité et d'honneur, lequel ne diminue en rien l'indépendance réelle et apparente du Saint-Siège. » Du même coup le Pape repoussait les prétentions de François II comme celles de Napoléon, et l'on sait qu'au lendemain même de son élection par le Sacré Collège il avait, à Venise, déconcerté les intrigues du cardinal Herzen et du marquis Ghisilieri, agents entreprenants et audacieux de l'Autriche. Quant à l'allusion à Charlemagne, Pie VII la relevait avec hauteur. « Charlemagne, disait-il, a trouvé Rome dans les mains des Papes. Il a reconnu, il a confirmé sans réserve leurs domaines; il les a augmentés par de nouvelles donations; 11 n'a prétendu aucun droit de domination ni de supériorité sur les Pontifes comme souverains temporels. Il n'a prétendu d'eux ni dépendance ni sujétion. « Pie VII refusait donc formellement à Napoléon le pouvoir d'altérer dans ses moindres parties une possession de cette nature, sous peine de mettre la force à la place de la raison. Il n'admettait pas non plus qu'il dût avoir pour l'Empereur dans le temporel les égards que celui-ci

lut devait ilans le spirituel, car il ne pouvait y avoir identité etéfjalité entre les relations £^ pi rituelles d'un souverain catholique avec le chef de la hiérarchie et les relations de ce souverain temporel avec un autre souverain. Quant aux ennemis de Napoléons il refusait de les considérer comme les siens, parce qu'une telle attitude répugnait au caractère de la divine mîi^sion dont il était charffé. Le Pape terminait ainsi sa lettre : » Si nous étions assez malheureux pour que le cœur de Votre Majesté ne fut pas ému par nos paroles, nous souffririons avec une résignation évançélique tous les désastres*,, nous affronterions toutes les adversités, plutôt que de nous rendre indigne de notre ministère en déviant de la ligne que notre conscience nous a tracée. «

Cette lettre^ empreinte de tant de noblesse et de courage^ Pie Vil Tadressait directement à Napoléon, en l'informant qu il ne Tavait communiquée û personne, car son désir le pluB vif était de garder le secret sur un différend aussi douloureux pour son cœur. Mais ce délicat procédé ne toucha pas lame altlère de 1 Elnipereur. H demeurait inébranlahle dans son orgueil comme le Pape dans sa majestueuse résignation. Le cardinal Fesch aurait pu s'employer a apaiser ces regrettables dissentiments, mais son esprit étroit se plaisait au contraire à les aggraver. Brouillé avec Consalvi et avec la plupart des cardinaux, il ajoutait foi aux rapports de bas espions et accusait le secrétaire d'État de s'entendre contre TEmpire avec ses pires ennemis, tels que le ministre d'Angleterre» Jackson. Irrité par ces dénonciations, Napoléon invitait F'esch à requérir l'arrestation de ce ministre et rexpulsion des Anglais, des Russes et des Suédois, en même temps que la démission de Consalvi et la fermeture des ports romains aux bâtiments étrangers. Consalvi inquiet crut devoir s'adresser à M, de Talleyrand pour lui faire connaître les perfides intentions de Fcsch à son égard et le chagrin que sa conduite et les ordres dont il avait été chargé causaient au Saint-Pére. Il rappelait qucj sans la volonté du secrétaire d'État tant incriminé, jamais le Concordat n'eut été signé et que jamais Pie VU

ne se fût décidé à aller à Paris. Talleyrand fut naturellement moins brutal que Fesch. Il réclama seulement des mesures de surveillance telles que les ennemis de la France ne pussent rien tramer impunément contre son chef et contre TEmpire. Mais il laissait entendre que les conséquences qui résulteraient de la bonne ou de la mauvaise conduite de Rome seraient absolument étrangères aux intérêts de la religion. L'Empereur, moins patient et moins réservé, tint à donner une leçon sévère au Saint-Sièg^e. Il rappela de Rome le cardinal Fesch qu'il remplaça par Alquier, l'ancien ministre de la République à Naples, puis il fit occuper Civita-Vecchia et annoncer par le Moniteur qu'il avait disposé de la principauté de Bénévent en faveur de Talleyrand et de celle de Ponte- Corvo en faveur de Bernadotte. Dans cette dernière mesure il y avait encore plus de duplicité que de violence. Tout en voulant montrer au Pape qu'il pouvait disposer à sa guise du territoire pontifical, Napoléon cherchait à compromettre Talleyrand auprès des Bourbons et du Saint-Siège en le liant par une faveur insigne, et Bernadotte en prouvant à tous que celui qui affectait des allures républicaines ne demandait pas mieux que d'être prince et duc. L'ancien évêque d'Autun donnait cours en ce moment à sa rancune contre le Saint- Siège et, profitant d'une spoliation qui lui assurait un beau titre et de nouveaux revenus, se vengeaij. du refus de la cour de Rome à lui rendre toute liberté. Certes, il en avait bien obtenu la réconciliation avec l'Église, mais non la permission de se marier, et cette opposition lui était restée comme un trait dans le cœur. Aussi oublia-t-il toute dignité et toute prudence pour se jeter, comme l'avide Bernadotte, sur un lambeau du territoire pontifical. Et cela plaisait à l'Empereur, qui croyait tenir ainsi plus étroitement en laisse ces deux êtres rapaces, prêts cependant â le trahir à la première occasion et à lui reprocher cyniquement ses violences envers le Saint-Père.

A son audience de départ, Fesch entendit le Pape lui dire devant Alquier : « Répétez à l'Empereur que s'il nous fait violence, nous protesterons à la face de l'Europe et que nous

ferons usagée des moyens temporels et spirituels que Dieu a mis entre nos mains. »» Ces fières paroles surprirent Alquier qui s'en plaignit et qui reçut de Pie VII cette réponse : « Nous voyons dans des lettres particulières de Sa Majesté qu'on ne nous reg^ardera plus comme souverain, si nous n'accédons au système fedératif et si nous ne consentons pas à être compris dans l'enclave de l'Elmpire. On inculpe à tort le cardinal Gonsalvi. Il parait qu'on croit à Paris que nous avons la faiblesse de nous laisser diriger par sa volonté et que nous ne sommes qu'un vrai fantoccino. Nous lui donnerons un successeur et notre opinion ne variera pas... Nous vous prévenons que si Ton veut s'emparer de Rome, nous refuserons l'entrée du château Saint-Ânge. Nous ne ferons aucune résistance, mais vos soldats devront briser les portes à coups de canon. L'Europe verra comme on nous traite et nous aurons du moins prouvé que nous avons agi conformément à notre honneur et à notre conscience. Si Ton nous ôte la vie, la tombe nous honorera et nous serons justifié aux yeux de Dieu et dans la mémoire des hommes. »

Cette réponse énergique déconcerta Alquier. Quel était le prince, autre que le Pape, qui aurait osé, dans l'Europe de 1806, tenir ainsi tête à Napoléon? Alquier n'en voyait pas et il comprenait déjà que rien ne viendrait à bout d'une fermeté aussi accentuée. Cependant, Consalvi, qui voulait montrer combien son dévouement à la Papauté était absolu, crut devoir se sacrifier. Pour apaiser le courroux de l'Empereur et ramener des relations possibles entre Rome et Paris, il renonça, le 17 juin, à ses fonctions de secrétaire d'État et fut remplacé par le cardinal Casoni. Mais ce sacrifice ne satisfit pas Napoléon qui, tout entier à sa rancune, frappa à tort et à travers. Ainsi, il fit envoyer à Fénestrelles, à Ivrée, aux lies Sainte-Marguerite tous les prêtres qui lui paraissaient « avoir des idées ultramontaines ou dangereuses p<Hir l'autorité » . Il donna ordre à l'évêque de Poitiers de se rendre dans son diocèse avec des instructions de nature à « changer l'esprit pe ce diocèse, le plus mauvais de France »» . Il allait entamer

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contre le clergé français, contre le clergé italien et contre le Pape une lutte de tous les instants, portée sur tous les points €t sur toutes les questions; une lutte âpre, incessante, inexorable. Et c'était le même homme qui, le 21 juin 1805, avait écrit au prince Eugène : « Dans les choses que je déteste le plus, les querelles et les tracasseries de rehgion sont au premier rang. » Lui qui avait tant à faire avec l'administration de la France et des nouveaux pays conquis, avec l'organisation <le ses armées et les mille détails qu'elle entraînait, se mêlait maintenant des moindres choses qui concernaient le culte catholique et l'Église. Il blâmait tels ou tels sermons, il s'occupait des séminaires, il imposait des grades universitaires pour l'obtention des hautes dignités ecclésiastiques, il réunissait tous les journaux religieux en un seul qu'il faisait appeler le Journal des Curés, quitte à critiquer, peu de temps après, le mauvais esprit de ce journal; il créait deux fêtes nouvelles, Ja Saint-Napoléon (de saint Neapolis, martyr sous Dioclétien), à la date du 15 août, et la fête du couronnement, pour le dimanche qui suivrait le jour correspondant au 1 1 frimaire. Il <lécrétait pour toutes les écoles de l'Empire, malgré l'opposition de Rome, l'usage d'un catéchisme où Ton faisait une obligation aux chrétiens de témoigner amour, respect, obéissance et fidélité à l'Empereur (1).

Au lendemain du départ de Gonsalvi, Napoléon croit que le Saint-Siège se montrera plus conciliant et fait renouveler la demande de la fermeture des ports romains aux vaisseaux anglais. Pie VII réitère son refus et Alquier est forcé d'écrire à Talleyrand : « On s'est étrangement trompé sur le caractère de ce souverain, si Ton a pensé que sa flexibilité apparente cédait à tous les mouvements qu'on voulait lui imprimer, w Alquier était convaincu qu'on ne viendrait jamais à bout d'un pontife qui avait la conviction que les malheurs de l'Église devaient nécessairement amener des temps plus prospères et des jours de triomphe. Mais ces avis si sages, rapportés à

(1) Voir pour les détail» de ce caldchisme le !!• volume (ch. xxvi) de l'ouvrage

^lu comte d'HaUSSOR VILLE.

TEmpereur par son ministre, ne produisaient aucun effet utile. Elnivré par de prodig[ieux succès remportés en quelques semaines. Napoléon ne pouvait comprendre qu'un faible monarque tentât contre lui une résistance à laquelle renonçaient les plus puissants souverains. Il invitait le légat Caprara à conseiller à son maitre une prompte soumission, sous peine de voir le reste de l'État pontifical divisé et partagé en autant de duchés et de principautés qu'il lui semblerait bon. Un Sénat serait établi à Rome et la capitale du monde chrétien deviendrait une ville ordinaire de son Empire. Tel était l'effet des succès de la force sur un grand esprit. Qui donc, à côté de TEmpereur, aurait osé prédire que le Pape pourrait, sans défaillance aucune, résister à ses volontés? Et qui donc eût été assez hardi pour lui démontrer que la force n'a qu'un temps et qu'il n'y a pas de prescription contre le droit? Il n'avait que des flatteurs ou des agents perfides autour de lui, et tel qui, plus tard, se vante effrontément dans ses Mémoires de lui avoir tenu tête et d'avoir essayé de lui faire connaître la vérité, se taisait alors ou approuvait bassement.

Mais aucune menace n'épouvantait le Pape. «Nous sommes disposé, répétait-il à Alquier, à tout faire pour qu'il existe une bonne correspondance et concorde à l'avenir, pourvu qu'on maintienne l'intégrité des principes à l'égard desquels nous sommes irréconciliable. Il y va de notre conscience et sur cela l'on n'obtiendra rien de nous, ancorche ci scorticas^ sero. » Il remettait sa cause entre les mains de Dieu et disait avec une conviction saisissante : « Au-dessus de tous les monarques règne un Dieu vengeur de la justice et de l'humanité devant lequel doit fléchir toute puissance humaine. » Si la persécution se déchaînait contre l'Église et contre la Papauté, il trouverait consolation et force dans la parole divine : « Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice ! » Mais Napoléon ne comprenait pas la sincérité et la spontanéité d'une aussi légitime résistance. Il persistait à penser que Pie VII obéissait aux conseils pernicieux de quelques méchants cardinaux et il disait : » S'il ne passe point

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«î LE PAPE ET L'EMPEREUR

par où je veux, je lui ôterai certainement le domaine temporel de Rome, mais je le respecterai toujours comme le chef de rÉçlise. Il n'y a aucune nécessité à ce que le Pape soit souverain de Rome... Je mettrai à Rome un roi ou un sénateur et je partagerai son État en autant de duchés. » C'était, comme je Tai rappelé, le langage qu'avait tenu, au congrès de Rastadt, le baron de Thugut qui évoquait les droits de François II sur Rome et prévoyait la spoliation du domaine pontifical. Après le succès décisif de Friedland, après la paix de Tilsit, Napoléon résolut de mettre son plan à exécution. Il savait que personne en Europe n'oserait s'y opposer.

La grave question du refus de l'institution canonique, qui va devenir l'un des points principaux de la querelle entre le Pape et l'Empereur, a commencé en septembre 1806. Des sièges épiscopaux étaient vacants dans le duché de Milan et dans les provinces vénitiennes. Conformément à l'article 4 du Concordat italien en date du 16 septembre 1803, Napoléon avait proposé pour l'institution canonique des évêques nommés par lui. Le cardinal Casoni avait répondu que l'institution ne serait accordée que lorsque l'Empereur aurait cessé de violer les immunités garanties à l'Église catholique, et contre la violation desquelles Pie VII avait tant de fois protesté.

On a dit que la décision de la cour de Rome était peu adroite et qu'elle décelait plutôt le ressentiment du Souverain Pontife que les droits incontestables du chef de l'Église. Ceux qui pensent ainsi se trompent. Jamais Pie VII n'a été dirigé par ses intérêts ou par ses passions. Jamais il n'a obéi à des sentiments personnels. Dans toute la durée de son Pontificat, il n'a eu en vue que le bien et les intérêts de l'Église, dont il était le Pasteur suprême. En défendant les droits de la Papauté, il défendait les droits de l'Église même. Il est possible que sa décision ait paru réjouir sur le moment Napoléon, mais ce n'était qu'une fausse joie. « Le Pape, s'était-il écrié, ne veut donc plus que j'aie des évèques en Italie? A la bonne heure! Si c'est là servir la religion, comment doivent

I/OCCUPATIOS DE ROME m

donc feïre ceux qui veulent la détruire? " Ce ii'étiul la qii un sophisme. Est-ce que, entre Pie Vil et Napoléon, un traité solennel n'avait pas été conclu? Est-ce que ce traité n'était pas violé? Le gouvernement impérial se refusant à exécuter certaines de ses dispositions, le Pape n avail-il pas le droit d'en ajourner d'autres? En défendant ses prérogatives, manifestait-il de r indifférence pour les âmes? Certes non, puisqu'il allait, par un sentiment de bonté paternelle, jusque déclarer au prince Eugène que, si son devoir ne lui permettait pas de pourvoir les Églises vacantes, en exécution de l'art, à du Concordat italien, pendant qne les aiutrrs îirtitles de ce Concordat éUûent violés ou inexécutés, il ne refusait pas d'assigner â ces Églises tes pasteurs choisis par l'Empereur, Il conférerait t institution canonique, lorsqu'il se serait assuré que ces prélats avaient bien les qualités exigées par les règles ecclésiastiques. Ce n'était donc qu'un ajournement. Le moment viendra où, prisonnier à Savone, le Pape émettra, suivant son droit absolu^ un refus formel que ni les menaces imjvcriales, ni les subtilités des Conseils ecclésiastiques et du Concile de 181 J, ni les manœuvres habiles des agents de Napoléon ne pourront vaincre.

On connaît la lettre fougueuse que l'Empereur écrivit de Dresde au vice-roi d'Italie, eu date du i!â juillet 180T, et où il prétendait que les droits du trùne éUiient aussi sacrés aux yeux de Dieu que les droitiî de la tiare. Jamais Torgueil humain n'avaitatteint de telles hauteurs, ^i tlt^'y a pas un coin du monde, disait Napoléon, où je n'aie fait encore plus de bien â la religion que le Pape n'y ftiit de maL,. Le Pape qui me dénoncerait à la chrétienté cesserait d'être Pape a mes yeux. Je ne le considérerais que comme T Antéchrist envoyé pour bouleverser le monde et faire du mat aux hum mes, et je remercierais Dieu de son impuissance... Peut-être le temps n'est-il pas éloigné où je ne reconnaîtrai le l^apc que comme évèque de Borne, comme égal et au même rang que les évèques de mes États. Je ne craindrai pas de réunir les Églises gallicane, italienne, allemande, polonaise pour faire mes

affaires sans le Pape. » Et s'emportant et s'exaltant : «Je serai toujours Charlemag^ne pour la cour de Rome, et jamais Louis le Débonnaire ! » De son côté, le prince Eugène croyait devoir . faire certaines remontrances à Pie VII : « Est-ce ainsi qu'en agissaient avec Cyrus le patriarche de Jérusalem et avec Charlemagne les pontifes qui siégeaient à Rome en son temps? ^ Détail curieux ; après avoir adressé en ces termes à Pie VII la lettre brutale de l'Empereur, Eugène priait Sa Sainteté de lui accorder sa bénédiction apostolique. Mais qu'importaient au Pape ces objurgations accompagnées de formules polies? Il se borna à déclarer qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait encore été exposé à recevoir de semblables missives et que sa dignité lui défendait de discuter des propositions inacceptables. Tout ce qu'il pouvait accorder, afin de montrer une fois de plus ses sentiments de conciliation, c'était d'envoyer à Paris le cardinal Litta avec mission d'apaiser le différend. On préféra le cardinal de Bayane dont les opinions paraissaient plus favorables à l'Empire. Pie VII y daigna consentir encore.

Sur ces entrefaites (août 1807), le comte de Champagny remplaça aux Affaires étrangères le prince de Bénévent, nommé vice-grand électeur, titre considérable, mais ne s'appliquant qu'à des fonctions de parade. Est-il vrai, comme beaucoup l'ont dit, que Talleyrand ait été enchanté de quitter le ministère à cette époque et ait conseillé à l'Empereur de lui donner Champagny pour successeur? Peut-être a-t-il fait lui-même cette désignation, croyant qu'avec un tel sous-ordre il continuerait à diriger les Affaires étrangères? En cela il se trompait. Mais quant à être parti spontanément, cela n'est pas exact. Les plaintes portées contre lui par divers princes allemands au sujet de ses perpétuelles exigences pécuniaires, sa prétention de conduire en maitre les affaires diplomatiques, ses indiscrétions voulues avaient excité le ressentiment et la défiance de l'Empereur qui lui retira brusquement le portefeuille. Je sais bien que Talleyrand a dit et a fait dire, entre autres par Villemain, qu'il avait lui-même donné sa démission « comme un avertissement sincère et utile, comme une

l'occupation de home «s

première protestation contre la politique d'envahissement » qui allait tôt ou tard être néfaste à TEmpireet A la France ((). Napoléon ne reçut pas la démission de Tallcyrand, II la lui infligrea. Mais, comme il le savait désolé d'avoir vti iittribuer H Berthlor la dignité de vice-connétable, il lui accorda j à litre de consolalion, la difjnité de vice grand-électeur. Le prince, qui était de plus fjrand chambellan, se retirait en apparence comblé de faveurs. En réalité, il était furieux de sa disgrâce et il allait dans Tombre méditer quelque méchant coup, comme sa trahison à Erfurt. Napoléon, auquel il attribue ce mot ironique sur M, de Champaçny : « II arrivait tous les matins avec son zèle pour excuser ses gaucheries de la veille, n eut le tort, un an après, d'ouldier ses perficlies et de Tinviter à venir ti Erfurt pour y suivre les négociations avec Alexandre, Talleyrand y alla et se mit secrètement d^accord avec le tsar pour tromper TEmpereur, pour sauver TAutriclie et empêcher ralliaiu-e intime entre la France et hi Russie, Il est vrai qu'il s'en Vîuitera plus tard comme a du dernier service qu'il avait pu rendre à TEurope " sous le règne de Napoléon.

Le bruit avait couru que Napoléon avait T intention de venir à Home, et Pie Yll, toujours indulfjent, avait cru devoir écrire : »^ Le palais du Vatican, que nous ferons arranger pour le mieux, sera destine à recevoir Votre Mcjjesté et sa suite. Toutes les affaires ayant été conciliées ù. Paris, nous pourrons a Rome travailler a faire jouir la religion catholique, dont Votre Majesté doit être le défenseur, de tous les biens qu'elle lui a promis, ^j Pour toute réponse, Napoléon donna ordre au général Lemarois de s'emparer du duché d'Urbino, de la province de Macéra ta, de Fermo et de Spoleta, de retenir le cardinal de ilayane à Milan jusqu'à ce que le prince Eugène eût appris de lui s'il croyait réellement avoir tous les pouvoirs nécessaires pour apaiser le différend entre Rome et Paris, Il faiblit que le Pape marchât dans le système de la France, sinon l'Empereur en appellerait a un Concile général a seul

'i) Vûïr un Juqemettt tie Vi il mu a in sur le ptinre Je TallcjraïuL — Fragmcot inédit lie* MémoireM, publit' pnr moi dao»/^ AotitW/r Hcvuedu 15 nu\niibrç 189^.

organe de l'Église infeillible et arbitre souverain de toutes les contestations religieuses » .

Comment Pie VII pouvait-il faire encore des concessions, lorsque son territoire était violé et ses villes occupées? Aussi, à la nouvelle de la prise d'Ancône et des trois provinces, il suspendit les pouvoirs donnés au cardinal de Bayane et lui ordonna de rentrer à Rome. Devant une attitude aussi énergique, Napoléon perdit tout sang-froid. Le 10 janvier 1808, il enjoignit au prince Eugène de diriger le général MioUis sur Rome avec une brigade. Miollis devait occuper le château Saint-Ange, arrêter les agents du roi Ferdinand et les Anglais qui se trouvaient dans la ville. Napoléon entendait qu'à la première bulle d'excommunication lancée par le Pape contre lui, la donation de Charlemagne fût révoquée et les États de l'Église réunis au royaume d'Italie. A la moindre révolte, Miollis devait répondre par de la mitraille et sévir sans pitié contre les révoltés. L'attentat prescrit eut lieu le 2 février. Ce jour-là, les troupes françaises s'emparèrent du château Saint-Ange et investirent le Quirinal. Sans manifester le moindre trouble, Pie VII célébra solennellement la fête de la Purification de la Sainte-Vierge, et ce fut avec confiance qu'il prononça au moment de la bénédiction ces paroles de l'Antienne : « Exsurge, Domine^ adjuva nos et libéra nos propier nomen tuum, » Il savait bien que rien ne pourrait éteindre la Lumière apparue en ce monde pour éclairer toutes les nations, et il avait foi, comme le vieillard Siméon, dans la réalisation des promesses éternelles. Suivant l'antique usage, il bénit les cierges qui devaient être offerts aux souverains, en exceptant celui qui avait été destiné à Napoléon.

Dans la nuit, il fit afficher une protestation contre l'envahissement de sa capitale, déclarant qu'il ne manquerait jamais à l'obligation de garantir les droits de la souveraineté pontificale et qu'il remettait sa cause entre les mains de Dieu. Il adressa, en même temps, au Corps diplomatique une note où il établissait que les violences dont il était victime avaient été préméditées et que l'occupation de Rome était une atteinte

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L OGCCPATION DE HOME ii7

au droit des fjcns. il remplaçai cosuite il la secrétairerie d Ktat le cardinal Casoni, tombé malddc* par le cardinal Joseph Doria. MioUis expulsa ce cardinal comme étant génois. Sans ^'émouvoirj Pie Vil lui donna pour successeur le caidînid Gabrielli. L Empereur, <jui ne trouvait pas Alquier assez révère dans ses rapports avec le Saiut-Sicpe, le rappela et ordonna à Eupéue de partager les États pontificaux en deux gouvernements. Le fjénéral Lemnrois devait dirijjer le pays entre les Apennins et TAdriatique, et le général MioUis Rome et les provinces entre les Apennins et la Méditerranée. La garde pontificale fut incorporée de force dans Tarmée fran* çaise, et Fancien gouverneur de Borne, Mgr Cavalehini, expulse, L'Empereur était culré dans la voie néfaste i\c la violence- Rien ne pouvait l'arrêter. Qu'avait-il à craindre dans linstant'/ Tout semblait s'incliner devant sa domination. Les courtisans approuvaient hautement ses mesures arbitraires; les lâches se taisaient ou faisaient mine d'approuver* Les ministres étrangers baissaient la te te ou se dérobaient. Au milieu de F universelle bassesse, un vieillard et quelques prêtres seuls osaient résister. » A quoi bon cette résistance ridicule? i' disaient les gens avisés. A quoi bon? A empérher la faillite de Thonneur,

Aux accusations portées contre son gouvernementj Pie VU fit répondrCj le 25 février, par une note énergique, où il prouvait qu'il n'y avait eu aucun complot contre T Empire, machiné dans ses États par des étrangers, 11 déclarait que, tant (|uc Home serait envahie, il se refuserait à toute espèce de néf;ncia tiens. Sans tenir compte de cette noie, Napoléon j>rcscriv^t d'expulser manu mîlùari les cardinaux napolitains qu'il supposait être en relations avec la reine Caroline, et de remplacer le directeur de la Poste r ornai tic jjar un agent français, enfin de s'emparer de toutes les imprimeries* A ces nouvelles violences, le Pape riposta par de nouvelles protestations et attesta que les procédés les plus hostiles ne viendraient jamais a bout de sa résignation et de sa patience. Mais cette ncdjle attitude n'impressionnait ])as F Empereur r[ui, en proie à nnc

sorte de frénésie, continuait à commander les mesures les plus rigoureuses et les plus indignes. Tout lui était suspect à Rome et il se défiait de tout. Des rapports de police lui avaient appris que Lucien se montrait plus Romain que le Pape, et ajoutant foi à ces rapports, il donnait à Joseph Tordre d'inviter son frère à quitter Rome. « S'il se refuse à ce parti, écrivait-il, je n'attends que votre réponse pour le faire enlever... Je ne souffrirai pas qu'un Français, un de mes frères, soit le premier à conspirer et à agir contre moi avec la prêtraille. » Ainsi parlait le nouveau Cyrus, le nouveau Gharlemagne! Napoléon traitait Rome comme une ville prise d'assaut. Le IG mars, il mandait à Eugène de mettre en surveillance les cardinaux qui, expulsés de Rome, ne voudraient pas rester à Naples. Dans un langage des plus grossiers, il ajoutait : « Le courrier du Pape n'a apporté que des bêtises, car il n'y a rien de bête comme ces gens-là ! »> Et prescrivant minutieusement l'organisation des provinces romaines en préfectures et souspréfectures, il disait : « Il faut en finir avec ces bêtes (1) ! » Sur l'ordre du Pape, quinze cardinaux refusèrent d'obéir aux exigences du général Miollis et furent conduits à Naples ou à Modène par la force armée. Pie VII savait que ces cardinaux supporteraient avec patience cet odieux traitement et ne feraient qu'accroître ainsi la réputation du Sacré Collège. Il en fit juge le Corps diplomatique, attestant que jamais prince séculier, qui protégeait la religion catholique, n'était allé jusqu'à obliger les cardinaux à rentrer dans leur propre pays sous prétexte qu'ils étaient sujets de ces États. Dans le consistoire du IG mars, Pie VII déclara qu'au nom de sa conscience et de sa dignité, il persisterait à repousser les prétentions arbitraires de l'Empereur sur le domaine pontifical. Les charges de Souverain Pontife, de Pasteur universel, de Père commun de tous les fidèles lui interdisaient de reconnaître la souveraineté impériale sur le Pape et ses États. Il ne pouvait agir comme les princes purement temporels et contracter avec

^1} î.< ttrot» in(^diU8, t. V% p. 163 et 167.

Napoléon un traité d';illiance perpétuelle qui Texpo^^àl a se déclarer reunemi des rois et de leurs sujeU, ear la neutralité abâolue lui était cnmmandée par la religion el par les simples convenances. Mais ni ces raisons, ni ces exhortations, ni ces prières même n'avaient pu persuader T Empereur. Pie Vïl, sans se lasser, renouvelait ses protestations et ses adjurations, il suppliait Napoléon de revenir aux sentiments qui avaient signalé le début de son règne, il lui rappelait que Dieu était au-dessus de lui, que sa puissance n'exceptait personne et ne respectait la grandeur de qui que ce fût; qu'elle saurait se manifester d'une manière terrible ^ parce que* suivant le livre de la Sagesse, ceux qui commandent aux autres seront jugés avec une extrême rigueur ^ ,

Mais rien encore une fois ne pouvait fléchir Torgueil de Napoléon. Il redoublait ses violenccîii, comme si Je Pape eût été Fnn Je ses plus redoutables ennemis. Il ordonnait à Miollis de désarmer les gardes pontificatix qui portaient une autre cocarde et un autre uniforme que ceux de ses soldats « et de faire passer par les armes tout distributeur de cocardes, fut-ce même un cardinal (1) »! Il blâmait le général d'avoir fait tirer le canon pour le jour anniversaire de la naissance de Pie VII. a Puisque le Pape se comporte si mal envers lui, disait-il, le général doit lui rendre mauvais traitement pour mauvais traitement. » Il invitait Miollis à tenir ses troupes bien en main et à réprimer sans pitié la moindre émeute. Il faisait adresser au cardinal Caprara une note comminatoire par laquelle il informait le légat que, si le Pape ne voulait pas adhérer ù une ligne défensive et offensive formée par I Italie tout entière, il considérerait ce refus comme une déclaration de guerre, ^ Or, le premier résultat de la guerre est la conquête, et le premier résultat de la conquête est le changement de gouvernement, " Quant à la note pojitificule qui annonçait la cessation des pouvoirs du Légat et la demande de ses passeports, le ministre des Affaires étran-

70 LE PAPE ET L'EMPERELi;

gères lui reprochait sa forme insolite, et cela en des termes étranges. Ghampagny se permettait en effet de remarquer qu'une note pareille n'aurait pas du être notifiée à la veille de la Semaine Sainte, « temps où la Cour de Rome, si elle avait été encore animée d'un véritable esprit évangélique, aurait cru devoir multiplier ses secours spirituels et prêcher par son exemple l'union entre tous les fidèles. » Ainsi, c'est au Saint-Siège qui avait donné pendant si longtemps l'exemple d'une patience inouïe, qui était victime des procédés les plus iniques et les plus brutaux, c'est à lui que Ghampagny adressait de tels reproches! Puis, allant au-devant des mesures que le Pape pourrait être appelé à prendre, il disait que les lumières du siècle en arrêteraient l'effet, car le temporel et le spirituel n'étaient plus confondus, u La dignité royale, consacrée par Dieu même, est au-dessus de toute atteinte. « G'était avouer par là même que Napoléon s'attendait à une sentence d'excommimication et qu'il la redoutait plus qu'il ne voulait le dire.

Mettant ses menaces à exécution, l'Empereur réunit à son royaume d'Italie, par décret en date du 2 avril, les provinces d'Urbino, d'Ancône, de Macerata et de Gamerino. Il motiva cette spoliation en ces termes qui indiquaient une mentalité singulière : « Gonsidérant que le souverain actuel de Rome a constamment refusé de faire la guerre aux Anglais et de se coaliser avec les rois d'Italie et de Naples pour la défense de la presqu'île d'Italie; que l'intérêt des deux royaumes et de l'armée d'Italie et de Naples exige que leurs communications ne soient pas interrompues; que la donation de Gharlemagne, notre illustre prédécesseur, des pays composant l'État du Pape fut faite au profit de la chrétienté et non a l'avantage des ennemis de notre sainte religion, etc. (1) »» . G'est Napoléon qui osait reprocher au Pape d'être le prince de la paix et qui le rappelait à l'observation de ses devoirs religieux; c'est Napoléon qui interprétait à sa façon la donation de Gharle-

(1) Correspondance authentique de la cour de Rome, p. 25.

I/0CCUPAT10?J DE ROME Hi

ma^io et prétetidûit, par iinr spollatioii auflticicuse, continuer les traditions de sou illustre prédécesseur. Muis telle était Iti pui^ance, tel était le pieslifje de TEuipereur que les considé^ rants de ce décret qui aurore ni dii le couvrir de ridicule^ ne fiirent pas relevés en Europe comme ils auraient pu l'être.

Pie VII ne tarda pas à répondre que la mesure dirigée contre lui atteignait en même temps T Église rotuaine, le Siéf|e apostolique et le patrimoine du prince des Apôtres. L iniquité *ie doublait d'un mensonge. Comment, en effet, pouvait-ou accuser d hostilité le vicaire du Christ, tenu par sa propre mission de remplir les devoirs d un Père commun et de ténioifjiier un amour égal à tous les fidèles? Quant à s'autoriser de Charlemague pour justifier 1 usurpation, c'était pousser bien hiiu 1 audace. Eu quoi ta donation de Cliarlemague concernait* elle les domaines usurpés de la Marche d Âucône? i* Plut à Dieu, s'écriait Pie VU, que T Empereur des Français se montrât le successeur de CLarlemague te! qu'il se vante de Tétre! Car le Saint-Siège ne serait pas en proie aux inquiétudes affreuses qu'il est forcé de supporter,. . i> S'adressant ensuite dircctenient à Napoléon, Pie \M1 lui rappelait toutes les faveurs iluni il avait comblé TÉglise gallicane et ses sujets, depuis son élévation au suprême Pontificat. Il rappelait aussi les tristesses <(rie r Empereur lui avait causées en retour de tant de faveurs : le vote inattendu des Articles organiques, l'usurpation de ses Ëtats et de su capitale, lu proscription des cardinaux, les mesures violentes dirigées contre certains membres du clergé, les atteintes de toute sorte portées aux prérogatives et aux droits du Saint-Siégc. Toutes ces plaintes, tous ces griefs si justes hiissaient TEmpereur insensible. Loin de vouloir faire oublier le passé, il s'apprêtait à ordonner de nouveaux attentats. Le 7 avril, il lance sur le Quirinal un détachement franrais qui désarme la garde noble et arrête le capitaine des Suisses. Le cardinal Gabrielli proteste énergiquemeut, mais on ne Técoute pas. Quelques jours après, d'autres officiers pontificaux sont arrêtés aussi illégalement et conduits à Mantoue. Ces événements^ connus à Paris, produisirent une cer-

taine émotion. Le Journal de l'Empire (ancien Journal des Débals) publia des articles sur ce qui se passait à Rome et cette publication irrita l'Empereur. « Le Journal de CEmpire^ écrit-il à Fouché, continue à se mal comporter. Les articles de Rome n'ont pas le sens commun et sont dans un mauvais esprit. Faites venir le rédacteur (c'était Etienne) et engagez-le à se taire, puisque le Moniteur ne dit rien. Ce jeune homme est influencé par les vieux coquins (les frères Bertin) qui étaient accoutumés à faire de ce journal un brandon de discorde dans l'État. Les affaires de Rome ne regardent aucun journal. Quand il y aura quelque chose, le Moniteur le dira. » Puis deux jours après, il ajoutait : «J'avais également défendu aux journaux de parler des prêtres, des sermons et de la religion... N'est-il pas ridicule et contraire aux choses saintes de les voir compromises dans des feuilles qui contiennent tant d'inutilités et de choses fausses? (1) »> La vérité, c'est que l'Empereur voulait qu'on gardât le silence sur ses actes à Rome comme ailleurs. La seule prose permise alors était la prose officielle du Moniteur.

Multipliant comme à plaisir les offenses à l'autorité du Souverain Pontife, Napoléon avait prescrit de créer dans les États romains des compagnies de gardes civiques pour maintenir l'ordre et il leur avait imposé la cocarde tricolore. Le secrétaire d'État Gabrielli protesta contre une création faite sans le consentement du Pape, mais on ne l'écouta pas plus sur ce sujet que sur les autres. Malgré le dédain qui accueillait les notes de son ministre, Pie VII ne se décourageait pas et continuait à affirmer en toute occasion l'incontestable légitimité de ses droits. Le 23 mai, il faisait adresser auxévéques des provinces papales réunies au royaume d'Italie une instruction solennelle, la plus importante qui fût encore sortie de sa plume. Pie VII leur rappelait l'origine de la souveraineté pontificale, son caractère unique au monde, ses droits supérieurs, la liaison étroite de cette souveraineté avec les

(1) Lettres inédite», l. I*', p. 180, 181.

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intérêts de la religion catholique j la nécessité pour le Père commun des fidèles d'être indépendant pour exercer librement la puissance spirituelle que Dieu lui avait donnée sur le monde entier. Il leur rappelait encore que les Papes ne pouvaient préjudicier ou renoncer à leur pouvoir temporel sans devenir eux-mêmes complices et coopérateurs sacrilèges des dommages et des injures qui en résulteraient pour PÉglise. Or, dans les circonstances actuelles, on voulait substituer an gouvernement pontiHcal a un gouvernement notoireEiient envahisseur de la puissance spirituelle et protecteur de toutes les sectes ^ . En conséquence, Pie VII interdisait là ses sujets de prêter à ce gouvernement serment de fidélité et d'obéissance ^ sous peine de sacrilège. Il leur interdisait d'accepter et d'exercer des emplois qui auraient pour but de leconnailre et de consolider ce même gouvernement. Le seul serment que Pie VII tolérait était celui de ne prendre part à aucune conjuration contre le gouvernement impérial et de lui être soumis dans tout ce qui ne serait point contraire aux lois de Dieu et de r Église. Le Pape munissait les évéques de pleins pouvoirs pour parer aux difficultés qui [murraient surgir au sujet des monastères, des religieux et du clergé séculier. Il les invitait à redoubler de zèle et de prudence dans le moment actuel pour préserver leurs troupeaux des maximes perverses et de la corruption des mœurs.

Ces instructions, répandues par les évèques dans les campagnes si catholiques des Mardi es et de POmbrie, devaient sans aucun doute produire une profonde impression. Certains historiens trouvent que Pie Vil avait fait par là une provoca* tion imprudente. Pour eux, ce Pape laissé ù *^es propres impressions, surexcité par la solitude, entêté à démontrer qu'on n'obtiendrait rien de lui par la violence, n ayant que des conseillers âgés et sans force, ou trop jeunes et trop passi aunes, ce Pape aurait agi avec une impétuosité regrettable. C est bien mal connaître Pie VII que de Taccuser d'orgueil, de personnalité et de précipitation en de telles circonstances. On est étonné de voir que le Corps diplomatique d alors eiU

exprimé quelques regrets au sujet d'une attitude aussi ferme et aussi noble. Mais on comprend la cause de ces regrets, quand on réfléchit que la fermeté de Pie VII mettait en relief la pusillanimité des ministres étrangers. C'est ce qui explique pourquoi le chevalier de Lebzeltern, ministre de Fempereur d'Autriche, s'est permis de trouver impolitiques les instructions du Pape aux évêques des provinces spoliées. Ce ministre pensait que la lettre pontificale n'était pas « conforme aux lumières du siècle « . Quelles étaient donc les lumières qui éclairaient M. de Lebzeltern, puisqu'il ne savait pas distinguer de quel côté étaient le droit et la vérité? Il est vrai qu'il regrettait timidement qu'une conciliation, si désirable entre la Cour de France et la Cour de Rome, parût devenir tout à fait problématique. Mais était-ce la fociliter que d'amener le Pape à se soumettre humblement aux injonctions menaçantes de l'Empereur et à reconnaître la légitimité de l'occupation et de l'annexion du domaine pontifical? Qu'aurait-on dit s'il avait cédé sans la moindre résistance aux volontés et aux caprices de Napoléon?

Dès que le général Miollis eut connaissance des instructions du Pape aux évéques, il prévit la colère de l'Empereur et résolut de l'apaiser par un acte énergique. Sur son ordre, le Il juin, deux officiers pénètrent de force dans les appartements du cardinal secrétaire d'État Gabrielli, mettent les scellés sur son portefeuille et lui donnent deux jours pour retournera son évéché de Sinigaglia. Gabrielli avise aussitôt de cette nouvelle violence Pie VU, qui manifeste la plus vive indignation. Si le domicile d'un ambassadeur était considéré comme sacré, que penser de la violence exercée contre le ministre particulier d'un souverain sur le territoire même de ce souverain, et dans son propre palais? Après avoir informé les ministres étrangers de cet attentat sans nom et avoir protesta au nom du droit des gens, le Pape pria le cardinal Pacca de remplacer Gabrielli à la secrétairerie d'État. « C^est au milieu de cette effrayante situation des affaires, écrit Pacca, que l'on m'offrit le portefeuille de premier ministre. Je fus

L'OaCUPATlOS DE ROMK Tft

<ralK>rtl îiUeriv et je priai le SeigiuMir tl't'loiyner tic moi le calice d'îimerliiine. -ï Muîs pendant ensîiiite qne son refus serait liixé de fûiblesso, Pat ta pruiioiiça le i^ oui ?^ fatal et, des ce «minent, il se sentit pénétré de ee eonrage extraordinaire qui ne l'abandonna Jamais au milieu des plus cruelles épreuves (Ij • Dès son arri\ée aux affaires, le nouveau secrétaire d'Etat eut à protester contre des arrcslati<uis illicites opérées par des lioldats français iï Kome et ûuui^ les provinces pontificales. Il le fit avec tact, mais avec résolution. Les procédés» édictés par Nnpi>Iéon à Féfjard du Pape et de ses agents, étaient tels que le cardinal Pescfi lui-même, délivré, il est vrai, de tout lien et de toute ambition tliplomatique, crut devoir conseiller à son impérial neveu plus de modération. Voici comment ^îapoléon lui répondit de Bayonne, à Thenre où les événements d'F>pag^necommençaicjit à Tagiter : "J'ai reçu votre longue lettre du ^1 juin. J\- ai vu trois choses :

- I** Une lettre que vous avez écrite et que voua n'aviez pas le droit d'écrire au ministre des Cultes, ci à laquelle il n'aurait pasi dû répondre;

u 2" L élo(je de l abbé Provart, que je me suis contenté dexiler a Arras et rjuej aurais du tcjïir toute sa vie à Bicétre pour le libelle séditieux qu'il a osé publier contre la nation et le g^ouvernement ;

41 IV L'élofje de je ne sais quel missionnaire que la police a hxii arrêter à cause de son mauvais esprit, »

Et morigénant son oncle avec une extrême rudesse. Napoléon ajoutait : » Je vous prie, lorsque vous m'écrirez, de [I rendre fjarde à ce que vous dites ou de vous dispenser de* m'écrire, et de rester bien convaincu que tons les mauvais sujets je les ferai poursuivre, s'ils sont prêtres, avec pins de rigueur que les autres citoyens, parce qu'ils sont plus instruits et que leur caractère est plus saint, '* Et comme le cardinal avait fait allusion aux calamités que la [ïoliti<jue anti-papale pourrait faire tomber sur T Empire^ Napoléon disait ironique-*

ment : « Quant au reste de votre lettre, je n'y ai vu que Teffet d'une imagination en délire, et je conseille à vous et à ceux qui se créent ainsi des monstres qui n'existent que dans leur imagination de prendre des bains froids (1) » . Puis, pour prouver qu'il ne song^eait pas à modérer sa politique, il répondait au prince Eugène, qui l'avait avisé de la circulaire de Pie VII relative au serment : « La manière la plus simple dans ces matières, c'est de commencer par confisquer le temporel de tous ceux qui ne prêteront pas serment. Ainsi, donnez ordre aux préfets que si les évêques n'ont pas prêté le serment à telle époque, ils fassent percevoir lés revenus de leurs biens au profit de la Caisse publique. » Si le cardinal Gabrielli exilé à Milan refusait le serment, Napoléon prescrivait de l'enfermer dans un cloître et de séquestrer ses biens.

Ces mesures affligeaient, mais n'abattaient ni le Pape ni le cardinal Pacca. Ils continuaient à protester hautement contre les procédés arbitraires et violents dont le Saint-Siège, les fonctionnaires pontificaux, le clergé et les amis de la Papauté étaient à tout instant victimes. La situation devint tellement critique que Pie VII réunit les cardinaux et prononça, dans le consistoire du 11 juillet, une allocution énergique, connue sous le nom de Nova vulnera, « Nous sommes forcé, dit^il, devons faire connaître et de déplorer en même temps avec vous les nouvelles blessures, toujours plus profondes, qu'on vient de faire et qu'on renouvelle chaque jour à l'autorité apostolique, aux droits de l'Église, à la sainteté de la religion et à nous-mème. » Il rappelait l'enlèvement de dix nouveaux cardinaux, la réunion illégale d'Ancône, de Macerata, de Fermo, de Sinigaglia et de Camerino à l'Empire, la violation des donations faites par Charlemagne, donations sacrées et reconnues telles jusqu'alors; les injures, les calomnies et les opprobres dirigés contre le Souverain Pontife ; la prise de Rome, les provinces papales mises sous le joug impérial, puis démembrées; l'intention manifestée par Napo-

(1) Lettre» inédites, t. I*', p. 208.

I/OCCUPATION DE KOME 77

léon de détruire la piiissanee spirituelle et la puissance temporelle de TÊglise. « Nous avons protesté devant Dieu et nous le faisons aujourd'hui à la face de TuniverB coutre tous ces crimes, toutes^ ces entreprises dont on nepourrnlt trouver rien qui pût approcher en remontant même aux temps où les hommes ont commencé à se former en nations... Toutefois ne perdons pas courage, car pendant qoe le ciel et la terre passent ^ les paroles de la divine Promesse ne passeront point (Ij, Ti

Cette allocution ne fit qu'accroître Tirritation de FEmpereiir. Mais, comme dit le Pape en citant rEccIésitisie : «i 11 y a temps de se taire et temps de parler y* , et Pie Vil estimait que le temps de parler haut était venu. 11 dénonçait, sans se lasser, les entreprises iniques dirigées contre lui et son autorités telles que Tarrestiition de divers officiers pontificaux, la création d'un journal en opposition avec la politique du Saint- Siège, la forma tioo d*une garde civique indépendante. Le Corps diplomatifjne était avisé journellement de tons ces procédés in clignes, mais il se hornait a les enregistrer et gardait un prudent silence. Ainsi, pendant que l'Europe demeurait honteusement muette, Pie Vil et Pacca élevaient seuls la voix contre les actes d'une abominable tyrannie.

Exaspéré par Fénergie du cardinal Pacca, le général Miollis veut se débarrasser de lui, comme il Ta fait du cardinal Gabriel li. Le G septembre, le major Muzio, accompagné d'un officier et d'un sergent, vient lui ordonner de partir immédiatement pour Bénévent sa patrie, sons la conduite de quel- ([ues soldats. Pacca informe Pie Vil Je cette menace et le Pape descend aussitôt dans rappartcment du secrétaire d'État. Il invite lui-même le major Muzio à aller dire à Miollis qu'il est las de souffrir tant d* outrageai de la part d'un prince qui ose encore se dire catholique. On veut, en le séparant peu à peu de tous ses fidèles conseillers, le mettre hors d'état tl exercer son ministère apostolique et de défendre les droits

1 {loitiplcnicnl de In Correxpotuinttft; tle ta ffli^/' éti Bottje ovec ItuonapartCf

de sa souveraineté temporelle. Mais il ne le tolérera pas. « J'ordonne, dit-il avec force, à mon ministre de ne point obéir aux ordres d'une autorité illéfjitime et de me suivre dans mes appartements pour y partager ma captivité. » Puis il prend Pacca par la main et l'emmène sous les yeux de Muzio stupéfait. Il informe ensuite le Corps diplomatique de la nouvelle violence qui vient de lui être faite, ainsi que de ses résolutions. En attendant qu'il se porte contre le secrétaire d'État et contre le Saint-Père lui-même à des actes de violence inouïs, le général Mlollis furieux fait enlever par des dragons le cardinal Antonelli, doyen du Sacré Collège, ainsi que Mgr Arezzo, pro-gouverneur de Rome, et les fait conduire hors de la ville. Plusieurs gouverneurs des provinces sont également arrêtés et le Quirinal est étroitement bloqué par la troupe. Pendant ce temps, des bandits, sûrs de toute impunité, troublent les fêtes religieuses et se livrent aux plus regrettables excès. Une circulaire de Pacca aux ministres étrangers, en date du 30 novembre, dénonce la conduite de l'Empereur des Français. Il leur montre « l'Église asservie et devenue esclave de la puissance séculière; son chef visible, enfermé depuis dix mois dans une étroite prison, en proie aux outrages et aux insultes de toute espèce, séparé et privé de ses ministres, et paralysé dans l'exercice apostolique de ses fonctions » . Aux reproches qui avaient été adressés à l'incapacité de l'administration pontificale, Pacca répond : u Un seul regard jeté sur les Mémoires ecclésiastiques suffira pour montrer une suite illustre de pontifes romains qui furent de grands souverains et qui contribuèrent plus efficacement que les autres princes à dissiper les ténèbres de la barbarie, à favoriser les sciences et les arts et à établir la prospérité des peuples (1) . » Quelque temps après, il proteste également, au nom du Saint- Père, contre les mascarades, les courses de chevaux, les bals et les autres divertissements publics que le général MioUis avait prescrits pour le prochain carnaval. Il désapprouve ces

^r Correspondance authentique de la cour de Home, t. T', p. 87.

Î/OCCLPATÏON DE ROME 71)

dgiies iiidècenlâ de la joie publique au mumciit où le chef de rÈglisc était privé de sa liberté et lÉjjIi^ie en proie à tous le,s

Or, Napoléon savait tout cela et Fapprouvait. Il descciulaît. lyî êi (rraiid, à de véritables petitesses. Quou en juge par cette lettre du 1" janvier 1809 adressée de Benuvciite (Espagne) à M. de Champagny : ^i Le Pape est dans lusajje de donner des cierg^es aux différentes puissances. Vous écrirez à mon agent à Rome que je ncn veux pa^s* Le roi d'Espagne n en veut pas non plus. Écrivez à Naples et en Hollande pour qu'on les refuse, il ne faut pas en recevoir, parce qu'on a eu Tinsolence de n'en pas donner Tannée dennicre. » Ainsi, r Empereur aurait voulu que le jour même de l'entrée des troupes françaises à Rome, le Pape Teùt honore d'une marque d'estime particulière. La fin de la lettre n'est pas plus digne de l'Empereur que le commencement : «i 11 peut y avoir, disait-elle^ en enfer, des Papes et des curés- Ainsi le cierge béni par mon curé peut être une chose aussi bonne que celui du Pape, n Donc, ?fapoléon refusait un cierjje que Pie VU ne pensait pas à lui offrir dans les circonstances douloureuses où il se trouvait. Le cardinal Pacca fit semblant de croire que cette lettre était apocryphe et ne voulut point en parler au Pape,

Le 20 janvier. Pie VU adressa aux cardinaux et auic évéques qui avalent refusé le serment à F Empire et avalent été proscrits, une lettre touchante où il célébrait leur éclatant exemple de fidélité. U les exhortait en termes paternels à demeurer Inébranlables et à défendre, sans se lasser, la cauBC de Dieu, source unique d'espoir et de consolation. Cette attitude énergique acheva d'exaspérer FEmperenr qui, momentanément rassuré sur les événements d'Espagne, vainqueur des Autrichiens à Ratlsbonne et sûr de son triomphe définitif, si^pia, le 17 mai 1809, du camp impérial de Vienne, les décrets qui réunissaient définitivement les États du Pape à rEmpîre français j déclaraient Home ville impériale et libre, portaient les revenus du Pape a deux millions de francs, assnraieuL des

immunités spéciales aux propriétés et palais pontificaux et créaient une Consulte extraordinaire pour prendre, en son nom, possession des États romains et les foire passer sans secousse de l'état actuel à l'état constitutionnel. Le premier décret rappelait, dans ses considérants, que Charlemagne, l'auguste prédécesseur de Napoléon, n'avait donné plusieurs comtés aux évéques de Rome qu'à titre de fiefe et pour le bien de ses États, sans que Rome eût cessé pour cela de faire partie de son empire. Il ajoutait que, depuis ce temps, l'union des deux pouvoirs spirituel et temporel avait été une source de continuelles discordes ; que les Souverains Pontifes s'étaient trop souvent servis de l'influence de l'un pour soutenir les prétentions de l'autre, et que, par ce motif, les affaires spirituelles, qui sont immuables, se trouvaient confondues avec les affaires temporelles, qui changent suivant les circonstances et la politique des temps. Il constatait enfin que l'Empereur avait vainement essayé de concilier la sûreté de ses armées, la tranquillité et le bien-être de ses peuples, la dignité et l'intégrité de son Empire avec les prétentions temporelles du Pape.

A ces fausses assertions et à ces décrets arbitraires, Pie VII répondit par ce cri de douleur qui retentit dans toute l'Italie : « Ils sont enfin accomplis, les desseins ténébreux des ennemis du Siège apostolique ! Après le violent et injuste envahissement de la plus belle et de la plus considérable partie de nos domaines, nous nous voyons dépouillé, sous d'indignes prétextes et avec la plus grande injustice, de notre souveraineté temporelle avec laquelle notre indépendance spirituelle est étroitement liée. Au milieu de cette barbare persécution, nous sommes consolé et soutenu par la pensée que nous ne nous sommes point exposé à tomber dans un si grand désastre par aucune offense faite à l'Empereur des Français ou à la France, qui a toujours été l'objet de nos tendres et paternelles sollicitudes, ni par aucune intrigue d'une politique mondaine, mais pour n'avoir point voulu trahir nos devoirs ni notre conscience. » Se sachant tenu envers Dieu et l'Église de transmettre

L^OCCDPATION DE ROME 1*1

A se& successeurs ses droits intacts et entiers, Pie VII protestait hautement contre cette spoliation nouvelle, déclarait nulle roccupation du domaine pontifical, repoussait avec énevgïe toute rente ou toute pension offerte par Napoléon, car pour lui ce serait se couvrir d'opprobre que de consentir à tirer [sa subsistance des mains de Tusurpateur. Le Pape s'abandonnait eosuite à la Providence et à la piété des fidèles, en se félicitant de terminer dans la pauvreté le reste de ses pénibles jours. Après avoir fait tout ce que commandaient ses devoirs, il exhortait ses sujets à conserver leur foi intacte et à s'unir à lui K pour conjurer Dieu de daigner chan{jer les conseils pervers qui dirigeaient ses persécuteurs (l) * .

Mais des événements, beaucoup plug {jraves encore, se préparaient, A Texcommunication de l'Empereur qui allait être affichée sur les murs de Rome devaient répondre Tenvahissement du Quirlnal et Tenlèvement du Saint-Père.

fl) (Torreijpwîiïrfflncc anlhentîque de la rnur dv Rome^ t. l*', p^ 105.

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