‹ Le pape et l'ItalieChapitre 16 sur 24 · LES FÉDÉRATION S · texte numérisé non relu

LES FÉDÉRATION S

Il n’y a, nous venons de le voir, entre les peuples et les Etats de l’Italie aucun lien de nationalité ; il n’y a donc, constatons-le d’abord, aucune raison de détruire les nationalités dont chacun d’eux est en possession depuis des siècles, c’est-à-dire, ce qui est, pour en faire une nationalité qui n’est pas, et qui n'a pas de raison d’être.

Il en serait de même d’une fédération, que ces Etats ne demandent pas et qu’il n’y a pas non plus de raison de faire.

Cela se comprendrait toutefois un peu mieux s’il y avait à cela un intérêt commun, comme s’il y avait

pour cela une pensée ou une volonté commune. Mais alors les fédérations sont instantanées, volontaires ; cela sé fait sans commotion, sans pression étrangère, sans l’emploi de la force et de la violence, comme nous l’avons vu en Amérique et en Suisse.

Mais, dira-t-on peut-être, l’Autriche les a mis sous sa loi, l’Autriche leur impose sa domination... C’est autre chose.

Mais, dira-t-on encore, ces nationalités veulent être délivrées du joug de l'Autriche, elles veulent vivre de leur nationalité propre... C'est autre chose encore.

Mais, pourrait-on dire encore, nous voulons révolutiontudiser et républicaniser l’Europe, le monde même. — Oh! c’est bien autre chose...

IjH question, ainsi posée, mériterait, j’en conviens, plus d’attention.

Mais, quant à la fédération invoquée, est-ce bien vrai que ces nationalités réclament contre le joug de l’Autriche ou qu’elles le considèrent comme une oppression?

Beaucoup de ces nationalités n’accepteraient-elles pas plutôt leurs relations avec l'Autriche comme un avantage que comme une servitude?

Beaucoup, si elles n’étaient pas de droit partie intégrante de la fédération, un des Etals de cette fédération proprement dite, n’en feraient-elles pas presque partie de fait, ou ne considéreraient-elles pas depuis des siècles

l’empire d’Autriche, sinon comme la tête ou la clef de voûte de leur nationalité, au moins comme une puissance protectrice, et l’Empereur d'Autriche, sinon comme leur chef, au moins comme leur allié le plus sur, le plus capable et le mieux disposé à défendre leurs intérêts?

S’il en était ainsi, pourquoi ces Etats n’auraientils pas le droit de Conserver leurs nationalités particulières telles qu’elles sont? Pourquoi n’auraient-ils pas le droit de faire partie de la fédération allemande, et leurs habitants de servir ou d’accepter des grades ou des commandements dans l’armée autrichienne, ou mieux, dans l’armée de la fédération allemande que commande l’Empereur d’Autriche?

Qui pourrait trouver mauvais, par exemple, que les vieux Etats allemands, qui depuis des siècles se sont unis, fissent partie de la fédération Allemande ?

Qui pourrait contester à l’Autriche de régner sur Venise qu’elic a conquise, — ou plutôt que la France a conquise pour elle et lui a livrée comme clic vient de conquérie et livrer la Lombardie au Piémont, — comme l’Angleterre règne sur l’Ecosse ou l’Irlande qu’elic a soumises aussi à ses lois, et la France sur la Lorraine, la Bretagne ou sur l’Aunis et le Poitou qu’elle a conquis au temps passé sur les Anglais, ou, sur l’Algérie, que de nos jours elle a conquise sur ses deys?

Pourquoi encore la Toscane, Parme, comme tous

les autres Etats d'Italie, ne conserveraient-ils pas leur nationalité quand elle n’aurait été consacrée que par les traités de i8i5, de même que l’Angleterre conserve Malte, Corfou, l’Ile-de-France et tant d’autres colonies, et les autres nations de l’Europe, toutes les possessions, qui leur ont été assurées par les traités, avec tous les droits en dépendant?

Oui, je le répétera Toscane a sa nationalité propre;

Modéne, sa nationalit é

Parme, sa nationalité;

Comme la France, l’Angleterre et le Piémont ont la leur;

Comme la Romagne appartient au Pape.

Comment, au nom de la liberté des peuples, delà liberté de l'Italie, du respect des nationalités, que l’on proclame si haut de nos jours, pourrail-on la leur enlever?

Il ne s’agit que de ces nationalités aujourd’hui.

Mais je vais plus loin : de quel droit prétendrait-on disposer d’eux-nièmes, aux termes du droit révolutionnaire, si de fait, ou de droit, ces peuples, ou nationalités, faisaient, ou voulaient faire partie de la fédération allemande?

De même que chacun des cantons de la Suisse fait partie de la fédération helvétique;

De même que chacun des Etats de l’Amérique fait partie de la fédération des Etats-Unis.

Entre ces fédérations, dont les novateurs proclament si haut la liberté quand il s’agit des deux dernières,

Fntre ces fédérations dont les partisans des libertés et de l’affranchissement des peuples, exaltent si haut l’organisation libérale quand il s’agit de la Suisse et de l’Amérique ;

Entre ces fédérations que l’on donne si haut au monde pour exemple de la liberté ou de l’indépendance conquise ;

Entre ces fédérations, dis-je, il n’y a cependant que cette différence :

C’est que les fédérations de la Suisse et de l’Amérique se sont unies pour se confondre dans une unité républicaine ;

C’est que les fédérations, ou Etats de Modène et de la Toscane, se réuniraientà toutes les fédérations, ou États allemands, pour se fondi*e en une unité monarchique.

Fédération monarchique ou fédération républicaine, voilà toute la différence. Quant à la nationalité, elle existe aussi bien dans un cas que dans l’autre. N’est-il pas aussi bien permis, d’ailleurs, aux unes de se fondre dans une fédération monarchique qu’aux autres dans une fédération républicaine ?

Ne citez donc pas les unes, ou partie «les unes comme un fait d’asservissement et de servitude, puis-

que vous citez les autres comme un fait d'émancipation et de liberté.

Le lien est le même, c’est la fédération.

La position est la même, c'est la conservation de leur nationalité, comme c'est la conservation de leur indépendance d'Ëtat à État.

Cela se ferait d’ailleurs volontairement, du consentement de tous, souverains et peuples, remarquez-le bien.

Cela se ferait sans pression étrangère et sans emploi des armes étrangères... remarquez-le bien encore... Si vous laissez ces peuples à eux-mêmes, la seule question qu’il pût être permis de poser, c’est celle-ci :

Quelle est la meilleure d’une fédération républicaine ou d'une fédération monarchique?

Ce qui conduit presque à cette autre question : Quel est le meilleur principe du principe républicain ou du principe monarchique?

Ou encore : Qu’est-ce qui vaut le mieux de la monarchie ou de la république?

Arrivé forcément là, nous y avons répondu et nous y répondrons encore en parlant du gouvernement monarchique et du gouvernement républicain, on des républiques chrétiennes et des républiques professant pour seul principe l'individualisme.

Nous dirons que la république avec l’individualisme, c’est chose impossible : — le chaos.

Que la seule république possible, peut-être, — celle digne d'une liante civilisation, — c’est la république avec le principe chrétien et des populations chrétiennes, comprenant la loi de Dieu et la mettant en pratique.

Monarchie et république, ce sont les deux grands principes du monde.

Libre aux hommes de choisir; mais il n’est pas libre aux hommes de dire que l’un de ces principes, le principe monarchique, personnifie la servitude;

Que l’autre de ces principes, le principe républicain, personnifie la liberté :

Les libertés et la civilisation sont partout où vit le catholicisme...

Ni de réclamer si haut à ce titre de liberté républicaine, celle d'Italie ;

Ni, bien moins encore, de s’associer aux démagogues pour l’asservir. >

Pour substituer des idées de désordre aux idées d’ordre, — l’anarchie à la paix, à la prospérité, à la sécurité.

Si les Etats de l’Amérique, comme les cantons de la Suisse, se sont réunis, c’est volontairement et pour chercher un principe et un état de force, je pourrais dire de vie, qui leur manquait... l’unité, l’union. ., mais chaque Etat , en conservant, toutefois, son existence propre.

C’est ce fait seul qui les a sauvés de la mort ; c’est »

par ce fait seul que la Suisse coustitue une nationalité ; qu’en elle l’élément catholique et l’élément protestant se sont unis pour ne faire qu’un comme gouvernement.

C’est par ce fait seul que les États-Unis sont une grande nation qui peut le disputer aux autres nations du monde.

C’est encore, je pourrais dire, parce qu’ils ont abandonné le principe républicain, ses conséquences aux moins, qui est la souveraineté du peuple partout et toujours, pour adopter le principe monarchique ou ses conséquences mêmes, c’est-à-dire la soumission, l’obéissance, la force de l’unité, la reconnaissance de la loi de l’unité, en un mot l 'unité gouvernementale.

L’unité gouvernementale, qui seule, en en faisant comme une grande monarchie gouvernée par un seul, a fait leur force et assuré tout à la fois leur indépendance, leur sécurité et leur grandeur.

Et cela aussi, parce que dans la confédération américaine domine le grand principe catholique qui est la religion dominante des Etats confédérés, si ce n’est pas celle de chacun des citoyens unis.

Et cela aussi, parce que dans la confédération Suisse domine le principe catholique pour un grand nombre de cantons et le principe chrétien pour tous...

C’est surtout que nulle part dans ces Etats fédéra-

tifs ne domine le principe philosophique, rationaliste, athée qu'invoquent et que reconnaissent seul d’ordinaire les démagogues.

Principe qui est aujourd’hui celui de tous, ou de presque tous les grands perturbateurs qui réclament si haut la liberté et la nationalité italienne, comme l’a prouvé déjà clairement, je crois, la lutte du général de ces ligues, l’agitateur Garibaldi; comme le prouveraient aussi, au besoin, les proclamations de Mazzini et de tant d'autres de ses amis, les primeurs de liberté qui ne savent donner aux nations, comme aux hommes en définitive, que le despotisme et la tyrannie, et qui apporteraient au monde, si on les laissait faire, la désorganisation la plus entière des sociétés moralement et matériellement, le chaos, comme nous allons bientôt le dire. Enfin je terminerai cette question des fédérations par un seul mot qui est le résumé et la réponse vraie à tout ceci...

Républicains de tous les pays et de toutes les couleurs, laissez, laissez ces peuples décider seuls ce qu’ils veulent, c’est le seul moyen pour vous d’étre conséquents et logiques...

Hors de là, il 11e peut y avoir pour eux qu’asservissement ou servitude...

La pression démagogique 11’est pas plus la liberté que toute autre...

l’unité gouvernementale de l’itaue.

Nous avons dit déjà qu’il n'y avait pas plus de raison pour faire un royaume d’Italie, un empire d’Italie, une république italienne, qu’un royaume, une république ou un empire d'Europe.

L’un serait aussi logique que l’autre, ou plutôt l’un ne serait pas plus logique que l’autre ; car, il n’y a pas plus entre les peuples de l’Italie, comme nous l’avons vu, de liens de nationalité qu’entre les différents peuples de l’Europe ; car chacun des Etats de l’Italie a ses droits, scs lois, ses habitudes, ses moeurs, sa nationalité propre comme les autres peuples de l'Europe .

Donc, à ce point de vue, il n’y a pas plus de motif

tic faire un royaume ou un empire d’Italie, qu’un royaume ou un empire d’Europe.

11 n’y a pas plus de motif non plus pour révolutionnaliser ou répuùlicaniser l'Italie que pour révolutionnaliser ou républicaniser l’Europe.

Si c’étaient cependant là la pensée, l’idée, la volonté de l’Europe et du monde, on comprendrait néanmoins bien mieux cette façon de faire que la première. — Ce serait une grande révolution sociale, une nouvelle ère. — Pour y arriver il faudrait détruire tout ce qui est — rois, nationalités, lois, mœurs, etc., etc., en un mot, tout le vieux monde, — faire table rase.

Quand ou eu vient là, en effet, il n’y a plus de lois à respecter , plus de principes à observer, plus de droits à invoquer.

Ce n’est pas une modification, — un perfectionnement, — c’est un cataclysme.

Tout est à détruire, car tout est mauvais au point de vue des novateurs.

C’est le déluge universel ; toute la terre est submergée; elle doit l’ètre comme au temps tic Noé....

Pour accomplir cette grande œuvre des hommes, il ne doit rien rester de ce qui est, comme il ne devait rien rester de l’ancienne terre d’Adam pour que la grande œuvre de Dieu fut faite.

S’il en était ainsi, logiquement il n'y aurait nen à dire.

Il faudrait au point de vue des doctrines courber la tète.

Au point de vue des faits, pour ceux qui ne croiraient pas que ce fût là le bien du monde, mais sa perturbation, — il n’y aurait qu’à se résigner ou combattre... chacun aurait'à choisir....

Mais s’il ne s’agissait pas de cette grande transformation sociale, de la république universelle dont nous aurons bientôt à parler, mais d’un royaume ou d’un empire d’Italie à faire, ce serait une tout autre chose.

Mous aurions un tout autre langage à tenir alors aux grands faiseurs de telles entreprises, quels qu'ils puissent être, rois ou aventuriers....

Nous aurions les droits des nations et des hommes , à invoquer ef à revendiquer....

Tout ce qui est de l’essence des sociétés, tout ce qui constitue les sociétés du monde actnel, à demander qu’on respectât.

Nous aurions à nous adresser aux rois, aux peuples et aux hommes, car ce serait le retour à la barbarie....

La barbarie ramenée sur la terre par les peuples civilisés corrompus! ce serait bien plus effrayant encore que ces hordes de peuples sauvages sortant de leurs forêts, bardés de fer, pour faire irruption dans la Germanie ou dans les Gaules ; ce serait bien pire que l’envaLissement de l’Italie et de Home au temps d’Atila.

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Ces barbares ne connaissaient pas de lois, pas de civilisation.

Aucun rapport de peuple à peuple, de nation à nation n’existait alors....

La force était la seule loi,... la victoire seule constituait le droit.

Ces barbares-là n’en connaissaient pas d'autre,...

Leur ignorance, leur bonne foi, leur valeur... voilà leur excuse... — mourir ou vaincre... — telle était leur devise....

Mais aux temps actuels qui pourrait sans ignominie en dire ou en faire autant?

Qui pourrait l’entreprendre — sans être mis au ban de l’humanité et de la civilisation ?

Dans l'Italie, il y a des Etats indépendants; des nationalités consacrées par les temps ; des royaumes. . . .

A Rome est le pontife-roi.

Il y a aussi le droit public de l’Europe, du monde, pour les protéger....

Pour faire de l’Italie un grand empire ou un grand royaume — il faudrait méconnaître, enfreindre, violer ces droits.

Il faudrait par la corruption, l’astuce, la violence ou la guerre soumettre les peuples, détrôner le pontife, les princes et les roisl...

Où s’arrêterait-on?

— ISO —

Si on en arrivait là, quel roi ou quel

empereur n’aurait pas à trembler pour son trône?

Quel peuple ou quelle nation n'aurait pas à trembler jxmr sou indépendance, — sa nationalité?

Non. Au temps actuel une telle chose n'est pas possible... c’est un rêve de quelques fous... Les rois, les hommes, les nations entières se soulèveraient... même quand ils ne seraient pas catholiques... — même quand ils ne connaîtraient pas Dieu, car ce serait la cause de tous, la cause de l'humanité ellemême.

Il ne s’agirait plus de savoir si le Pape doit ou ne doit pas avoir un Etat plus ou moins grand.... s’il doit avoir ou non, un gouvernement temporel.... s’il est utile qu’il soit ou ne soit pas indépendant pour le bien de l'Eglise et la plus grande gloire de Dieu... il s’agirait des sociétés humaines elles-mêmes....

Il s’agirait de leur liberté, de leur indépendance, du leur droit... de leur existence même.

il s’agirait de savoir si les hommes, les nations, — le monde, — doivent continuer de marcher à la civilisation ou retourner à la barbarie.

Qui pourrait hésiter?...

Oh! c’est alors que je dirais encore plus haut et bien plus fort : Rois et hommes, comprenez bieu... faites sans crainte et sans hésitation ce que vous prescrivent

tout à la fois vos devoirs, vos intérêts, la civilisation... le salut du monde

Quant à présent, je me bornerai à dire à tous, surtout à tant d’honorables hommes, encore abusés, cessez donc, au nom de la liberté ou de l'amour des hommes , de demander le triomphe de la révolution italienne, — c’est un leurre dont se berce votre esprit généreux; ce sont les ténèbres qu’il prend pour la lumière.

Ce n’est là ni l’œuvre de l’indépendance, ni celle des libertés vraies de l’homme.

C’est la démagogie mise à la place de la catholicité.

C'est la servitude mise à la place de la liberté.

C’est la destruction de toutes les nationalités, comme de tout ce qui constitue la paix, l’ordre, la sécurité , la force et la moralité, pour les peuples comme pour les hommes.

La nationalité des Etals de Cllalic n'a pas besoin d’être faite, elle existe.

Ce qu’ils démandent, c’est de la conserver, comme le Pape veut conserver les Ro magnes.

Ce qu’ils demandent surtout, c’est que sous un faux semblant d’indépendance et de nationalité que vous leur annoncez, vous ne leur apportiez pas l’anarchie et ne leur enleviez pas, vous tous démagogues de tous les pays, la nationalité qu’ils possèdent et qui leur est

chère, pour les absorber dans un autre peuple et leur enlever jusqu’à leur nom même, tout en les plongeant dans l’anarchie.

C’est-à-dire pour les effacer à jamais comme nationalité de la carte du monde.

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