‹ Le pape et l'ItalieChapitre 18 sur 24 · DU GOUVERNEMENT PONTIFICAL · texte numérisé non relu

DU GOUVERNEMENT PONTIFICAL

LE GOUVERNEMENT PONTIFICAL EST LE PLUS PABFAIT DE l’u- NIYERS. — PUISSANCE CIVILISATRICE DU CATHOLICISME.

Mais si ce sont là les avantages et les bienfaits qui attendent les sociétés chrétiennes dont le gouvernement sera purement humain , c’est à bien plus forte raison là le sort bien heureux des peuples gouvernés par les plus saints et les plus grands Pontifes, les Papes, choisis par Dieu comme sa plus grande personnification sur la terre; o les Papes, chefs de l'Eglise et de » cette religion, comme ledit si bien M. Guizot, qui, » lorsque la liberté a manqué aux hommes, s’est char- » géedela remplacer... le catholicisme, comme il l’a

» dit aussi, qui a attaqué la barbarie par tous les bouts » pour la civiliser eu la dominant et à qui le monde doit » la civilisation. » — Constatation qui n’est pas suspecte dans la bouche de cet éminent écrivain protestant. — Mais laissons-le parler lui-même, car il est impossible de donner une plus haute idée de la force, de la puissance et de la grandeur de l’organisation de l’Eglise.

« L’Europe, disait-il, travaillait à sortir de cet état. .. » Les barbares aspiraient à la civilisation tout en en » étant incapables, que dis-je, tout en la détestant dès » que sa loi se faisait sentir... Cependant l'image, le » nom de la civilisation romaine leur imposait : nou- » velle cause qui devait les pousser hors de l’état de » barbarie que je viens de décrire. — Il y en avait une » troisième qui est présente à tous les esprits, je veux » dire l’Eglise chrétienne... L’Eglise était une société » régulièrement constituée, ayant ses principes, ses » règles, sa discipline, et qui éprouvait un ardent be- » soin d’étendre son influence, de conquérir ses con- » quérants... Parmi les chrétiens de cette époque, dans » le clergé chrétien, il y avait des hommes qui avaient « peusé à tout, à toutes les questions morales, poli- « tiques; qui avaient sur toute chose des opinions ar* » rètées, des sentiments énergiques, et un vif désir de » les propager, de les faire régner. Jamais société n’a » fait pour agir autour d’elle et s’assimiler le monde » extérieur de tels efforts que l’Eglise chrétienne du

» v« au x' siècle. Quand nous étudierons en particulier » son histoire, nous verrons tout ce qu’elle a tenté :

» elle a en quelque sorte attaqué la barbarie par tous ■» les bouts pour la civiliser et pour la dominer. »

Et cette Eglise, qui a fait tant pour rhunmuilé, qui a une organisation si puissante, je pourrais dire si divine, est toujours la même ; rien n’a changé en elle, et je pourrais encore me borner à en citer comme la preuve le grand exemple de puissance, de force et de science que viennent de donner les Evêques des Eglises de France et presque tous ceux du monde ; mais tout le monde sait d’ailleurs que depuis les siècles les plus reculés l’organisation de l'Eglise est toujours la même et que le gouvernement temporel des Papes s’est formé d’une manière si inaperçue qu’il serait impossible d’en fixer l’origine. Après l'arrivée à Rome du Prince des Apôtres et dés les premiers siècles de l’ère chrétienne, les peuples des environs se sont groupés autour de la chaire de Pierre pour vivre avec lui et scs successeurs dans les catacombes d’abord, et le reconnaître comme leur Pontife et leur Roi dès que cessèrent les jiersécutions des Empereurs, qui ne tardèrent pas à choisir Constantinople pour résideuce, comme s’ils eussent voulu laisser Rome aux Papes, et qui finirent par s’en occuper si peu, que les Pontifes, tout naturellement et par la seule force des choses et de leur imposant caractère, devinrent les Rois de ceux-là mêmes

dont ils avaient été créés par Dieu les Pasteurs saints, comme se font toutes les grandes choses que Dieu veut. C’était aussi là comme la réalisation de bette grande pensée du monde païen comme du monde chrétien sur Rome, que tous désignent comme la ville éternelle.

Singulière et frappante coïncidence ! aux temps païens, les écrivains et les poètes lui prédisaient l’éternité; aux temps chrétiens, les écrivains, les confesseurs et les saints la lui prédisaient encore.

« Rome a été choisie par la volonté des dieux, dit » Pline, afin de rendre plus éclatant le ciel lui-même, » de réunir en un seul les empires épars et d’adoucir » les mœurs ; afin de réunir par les liens d'une seule » langue ces idiomes barbares et discordants de tant » de peuples, e.t d’amener ainsi les hommes aux bien- » faits de l’uuion et de la civilisation... Rome, pour le » dire en un mot, a été choisie pour être la métropole » de l’univers (i). »

Ne croirait-on pas là entendre une de ces àincs éclairées de Dieu pour annoncer l’avenir au monde?

« Puisque Rome a été conquise par Pierre, écrivait » lrénée, ce grand évêque des Gaules, il faut que tous » les peuples se mettent d’accord avec elle et se sou- » mettent à elle ( 2 ). »

Rome a été destinée par la providence de Dieu pour

(t) Pline. Liv. ni, ch. 5.

3) Contra Aereses Liv. ni, ch. 3.

assurer la liberté des Papes (i) ; enfin, Passaglia, après avoir dit que le règne du Christ sur la terre ne connaît pas d’autre limite de lieu que celle de l’univers et d’autre borne dans le temps que la consommation des siècles, ajoute : « Ce sont là les deux limites d'es- » pace et de temps de l’Eglise romaine et de Rome (a). »

Je ne crains pas d’ajouter que si des imperfections ont existé dans le gouvernement de l'Eglise et pour le peuple privilégié de Dieu qui vit sous ses lois, c’est que tel est le sort de tous les gouvernements de la terre, le résultat de l’imperfection humaine, si toutefois ce n’est pas le fait des imperfections, des pressions, comme des passions des hommes, citoyens de Rome et autres, peuples et rois étrangers.

Il ne faut pas oublier non plus que les hommes de désordre nomment souvent mal ce qui est bien ; qu’un prodigue blâme l’homme rangé, un débauché l’homme sage, et que l’homme de Satan ne comprend pas un saint, que pour lui souvent aussi un sage n’est qu’un fou, l’homme qui accomplit la loi de Dieu qu’un crédule, et qu’il ne comprendrait volontiers souvent, lors surtout que son intérêt l'y porte, un homme pieux ou un dévot, comme il le nomme, qu’en en faisant uu simple, un stupide et presque même un imbécile;

(1) Muratori. Annale t de l’ Italie , année 1312.

(2) Dissertation. Comment s’applique à Rome l’appellation d’éternelle..

comme il ne voit souvent en ses vertus et ses qualités mêmes que des défauts, de même qu’on fait trop souvent dans le inonde des vices mêmes des qualités précieuses , et d’un intrigant , d'un astucieux et d’un fourbe un homme habile et parfois un grand homme.

De même aussi que bien d’autres ne voient la civilisation, le progrès, le bonheur de l’humanité que dans le bruit des armes, les conquêtes des arts, les entreprises commerciales et industrielles et proclament le gouvernement romain un gouvernement arriéré, un gouvernement d’ancien régime, parce que tout s’y passe sans bruit et sans efforts, et bien que toutes les choses, qui sont des choses de paix, y prospèrent, et surtout parce qu’il sait sans bruit donner la paix et le bonheur aux hommes.

Déjà j’ai dit aussi ce que j’ai vu à Rome et combien est grande cette société romaine et ce gouvernement pontifical tant décriés de nos jours par certains hommes.

S’il fallait de nouvelles preuves, j’ajouterais :

Qu’il est de tous les gouvernements celui dans lequel les charges publiques comme les impôts sont les moins lourds.

A Rome, les charges publiques, pesant sur chaque individu, n’étaient, jusqu’à ces derniers temps, c’està-dire avant les soulèvements révolutionnaires, que de 9 fr. 35 cent., tandis qu’en France, vers le même

temps, elles étaient de 43 fr., et en Angleterre de 70 fr.

A Rome on ne connaît pas l'impôt du sang... cet impôt si dur pour toutes les générations d'hommes qu’il met comme en coupe réglée dans tous les Etats qui se proclament si haut les protecteurs des libertés humaines et les seuls vraiment amis des hommes.

Le gouvernemeht du Pape est aussi peut-être le seul où, pour satisfaire l’ambition ou les intérêts du prince, on n’envoie pas des milliers d'hommes mourir sur les champs de bataille.

Il est celui où il y a le moins de pauvres; 4 Rome 011 ne compte, en effet, qu’un pauvre sur quatre-vingts habitants ( 1 ), tandis qu’à Paris on en compte un sur seize (a), et à Londres un sur huit (3).

Celui où l’on trouve le plus de soins pour la misère et la pauvreté. Rome, dit M. le marquis de Brignolles- Salles, — ancien ambassadeur de Piémont à Paris, — a quatre fois plus d’hôpitaux que Londres, onze fois plus de lits pour les pauvres que Londres, et elle dépense, pour le traitement médical de ses pauvres, trois fois à peu près plus que Londres.

Celui où il y a le plus d’établissements pour toutes les infirmités humaines et les plus considérables ; —

(1) Statistique pontificale, 1856.

(3) Recensement de 1853.

(3) Rapport au parlement, I85S.

dans les hôpitaux seuls il y a 3,487 lits ; dans celui du Saint-Esprit, en particulier, que je pourrais bien plutôt, pour être vrai, nommer le Palais du Saint-Esprit , composé de tant de palais réunis, de salles si vastes et si grandioses, ornées d’inscriptions sur le marbre et de peintures à fresque si belles, où chaque matin et dans chacune d’elles douze prêtres célèbrent la messe; puis sa coupole et son autel de Palladro , ses vastes cloîtres servant de promenade couverte, l’abondance de ses eaux, ses canaux et ses égouts qui vont jusqu'au Tibre ; sa salle de dissection si aérée et la plus grande du monde, son cabinet d’anatomie, ses modèles en cire, sa pharmacie, sa bibliothèque ; hôpital qui, à lui seul, contient plus de seize cents lits et qui est, je puis dire, le plus bel hôpital de l’Europe.

A Rome, ce qui n’existe pas en France malgré nos progrès de civilisation si vantés, car nos bureaux de bienfaisance sont, à vrai dire, alimentés par la charité et les dons de tous ; à Rome, on soigne aussi, aux frais du gouvernement pontifical , et il nous a en cela devancé en tout cas de bien des siècles, les pauvres malades à domicile. C’est là une des plus grandes consolations comme l’un des plus grands bienfaits, car 011 peut joindre aux soins publics les soins de la famille toujours si tendres et si empressés, et par là éviter l’hôpital, mot qui sonne si mal aux oreilles du peuple et où tant de pauvres malheureux se iléci-

dent, à tort il est vrai, mais en définitive avec tant de répugnance, à se rendre.

C'était autrefois, et ç’a été pendant longtemps une grande archicontrérie, celle des Douze-Apôtres, fondée par saint Ignace de Loyola, qui était chargée de ce soin charitable et pieux, comme c’était aussi pour toutes les misères des confréries innombrables dont faisaient partie les plus grands persontiagesdeRome, ou formées par les grandes corporations de tous les corps de métiers, grandes et belles institutions chrétiennes comme la religion catholique seule a su les faire.

C’était en particulier la confrérie des porteurs d’eau qui administrait l'hospice de Saint-Sauveur fondé par elle; celle de la pharmacie, celui de Saint-Laurent; la boulangerie, celui de Sainte-Marie-de-Lorette ; la maison du pape, celui de Sainte-Marie-in-Borgo ; onze confréries réunies, celui de la Madone des jardins quelles avaient bâti et dans lequel elles recevaient gratuitement les étrangers, principalement ceux de leur profession, etc., etc.; grandes et chrétiennes fondations dans lesquelles la foi le disputait à la charité, et qui étaient en même temps la garantie de la fraternité la plus vraie comme de la liberté la plus certaine; par là, les plus pauvres comme les plus humbles professions réunies en confréries et corporations se trouvaient élevées à la hauteur des positions les plus aristocratiques; si l’individu n’était rien par

lui-même, par la confrérie et la corporation, il était à la hauteur de tous ; elles étaient pour lui, par le fait, une individualité puissante aussi forte que toutes les autres individualités, soit de corporations, soit aristocratiques, surtout quand il s’agissait pour elles de la défense de ses droits, qui, en définitive , étaient ceux-là mêmes de chacun de ses membres.

Ce bienfait des confréries et des corporations avait même été étendu jusqu’aux aveugles, aux estropiés, aux hommes âgés, sans soutien et dans l’impossibilité de subvenir à leurs besoins par le travail, qui s’étaient réunis et formés en confrérie sous l'invocation de la sainte Vierge et de sainte Elisabeth dès avant 1 6 1 3, année où elle fut érigée; elle était présidée par un cardinal protecteur qu’elle élisait. Des nombreuses indulgences lui avaient été accordées ainsi qu’un grand nombre de privilèges temporels, en particulier celui pour ses membres de ne pouvoir être arrêtés et incarcérés que par un délégué du cardinal vicaire, tant le respect pour la pauvreté est grand à Rome, et de pouvoir seuls demander l'aumône; grande et double garantie qui assurait tout à la fois si bien les intérêts de l’ordre et ceux de la charité privée elle-même, qui était certaine de déposer ses aumônes entre les mains d’un pauvre véritable et digne de la recevoir, et non dans celles de ces mendiants, qui, nonobstant nos lois si dures et, je pourrais dire, si peu chrétiennes contre

la mendicité, sont impuissantes cependant à nous délivrer à Paris de cette, troupe de fainéants, d'intrigants et bien souvent de gens de pire espèce encore, qui, sous de faux noms et à l'aide de faux certificats, assiègent chaque jour notre porte, en invoquant un passé qu’ils n'ont pas, des services qu’ils n'ont pas rendus, et des infirmités factices.

Aujourd'hui c’est le gouvernement pontifical lui— même qui par douze médecins, dix chirurgiens, trois litliotomistes, dix pharmaciens, et par l'admirable institution des soeurs de charité de Saint-Vincent de Paul, fait donner des soins et distribuer gratis des médicaments à Rome à tous les malades à domicile, comme il les leur fait distribuer dans toutes les campagnes des Etats pontificaux, par l’aumônerie, lorsque les communes ne le font pas ou ne peuvent pas y suffire par elles-mêmes.

A la sortie des hôpitaux il y a également pour les convalescents f hospice de la Sainte-Trinité des Pèlerins, où l’on soigne plus de 7,000 personnes, non compris les militaires;

L'hospice apostolique de Saint-Michel , pour les vieillards ;

Sainte- Marie de la Pitié, pour les aliénés;

Saint-Sixte, pour les aveugles et les estropiés ;

Saint- Loch et Saint-Martin, pour les femmes en couclie ;

Page 1