‹ Le pape et l'ItalieChapitre 19 sur 24 · SI · texte numérisé non relu

SI

Saint-Esprit , pour les enfants abandonnés et exposés ;

Sainte-Marie la Providence , où les enfants apprennent un état et reçoivent une dot en sortant; on en entretient habituellement 3,ooo des deux sexes ;

Sainte- Marie dit F Apostolique, Saint-Michel, pour les orphelins qu’on élève, que l’on instruit et que l’on dote.

Dans ce dernier établissement ou reçoit aussi les vieillards des deux sexes.

Sainte-Catherine , Sainte- Marie -in- A quiro et les Quutre-Saints, pour les orphelins de la haute société;

Delle Trinitarii, pour les orphelins de la chambre apostolique;

Casa Giovanni, Sainte-Marie de la Miséricorde, la Vigna-Pia, pour l’apprentissage des enfants pauvres ;

Sainte- Euphémie , la Divine Providence , Pericolanti, la Conception, pour les enfants très-pauvres de bonne famille ;

La pieuse Maison , le Sacré-Cœur de Jésus, de Saint- Etienne-Rotondi, pour les orphelins du choléra ;

1m. Sainte- Famille, Sainte-Croix , le Refuge, Sainte- Marie, pour les pénitentes ;

Delle Magire, pour les néophytes; où les Israélites, Maures et idolâtres peuvent rester toute leur vie.

Dix maisons où les veuves sont aussi reçues gratuitement.

La maison des sourds-muets, dotée de 2,400 scudi ou 1 2,000 fr.

Le Saint-Esprit , pour recevoir les enfants abandonnés ;

Saint-Louis de Gonzague , pour recevoir gratuitement les femmes pendant la nuit, et Sainte-Galle , pour y recevoir les hommes, etc., etc.

Pour tous ces soins, on y dépense 2,600,000 fr. par année.

L’on évalue également à Rome à t,200,000'fr. les aumônes ordinaires et extraordinaires distribuées aux familles honteuses connues seulement de Sa Sainteté.

Cependant Rome ne compte que i 5 o,ooo âmes de population.

Pour égaler ce dernier bienfait seul, il faudrait, à Paris, distribuer plus de 8,000,000 de fr.

Il existe en outre à Rome une commission présidée par un cardinal, pour subvenir aux besoins des ouvriers sans ouvrage.

II y a encore constamment sept à huit ateliers pour les ouvriers les plus faibles et les plus pauvres, sans parler des grands travaux entrepris pour donner de l’ouvrage à tous et, en particulier, en ces dernières années, la construction de la magnifique basilique de Saint-Paul extra-muros, l’une des plus grandes églises de Rome et du monde; le pont ou viaduc d'Aricia sur

la route de Naples, l’un des plus grands ouvrages de notre époque, ses chemins de ter...

Aussi Rome qui, ajuste titre et dans tous les temps, a été appelée la capitale des arts, peut aujourd'hui, en architectes, sculpteurs et peintres le disputer à toutes les nations du monde, elle est même au-dessus d’elles par les grands établissements qu’elle possède en ce genre, son académie de Saint-Luc et son école de peinture en particulier, où l’on vient chercher des leçons de toutes les parties du monde, comme au temps d’Appel et de Phidias on allait les chercher à Athènes et en Grèce.

La vigilance pour les intérêts du peuple s'étend si loin que l'Etal l a portée jusqu'à régler le prix des journées dont le taux est plus élevé que presque partout ailleurs, comme il a aussi fixé pour les basses classes le prix des loyers, pour les soustraire à la rapacité, et celui des denrées de première nécessité à un prix également plus bas que dans les autres pays, tout en les dispensant du payement des droits, à l’effet d’atteindre plus facilement ce but.

En fait de législation aussi, si Rome n’a pas son code national, elle a toutes les lois et toutes les institutions de l’Eglise, si fortement empreintes île l’esprit catholique qui vaut bien, je crois, l’esprit révolutionnaire et souvent démagogique de la législation de tant d'autres pays; elle a aussi pour base de son droit

privé, les lois romaines qui, comme science et esprit de la législation, valent bien, je crois, nos codes aux principes si divers et si contradictoires, aux bases parfois si révolutionnaires et d’autres fois si despotiques, aux interprétations si variées, aux lacunes si grandes et suppléées presque déjà par un nombre de lois, de décrets et de réglements presque aussi nombreux que les dispositions coutumières de la France d’autrefois pour lesquelles on a eu tant d’anathèmes; nos codes qui offrent souvent si peu de garanties au bon droit et tant de moyens de succès à l’intrigue et à la fraude, comme quarante ans d’expériences me l’ont appris; en telle sorte qu’on peut malheureusement, avec trop de vérité, dire que, en en abusant sans doute, mais de fait, la mauvaise foi est presque toujours en règle au point de vue légal, et la bonne loi presque toujours légalement en défaut, malgré toutson bon droit au point de vue de l’équité, comme à celui de la morale; codes également dont l’élasticité au point de vue politique ne le cède en rien à l’abus qu’on peut en faire au civil, comme le prouverait au besoin la lettre qu'adressait, le 5 juin 1809 , Napoléon à son frère Joseph, alors roi de Naples ; on y lit en effet : « Etablissez le Code civil à Naples, tout ce qui ne vous sera pas attaché va se détruire en peu d’années, et ce que vous voudrez conserver se consolidera ; voilà le plus grand avantage du Code civil ; il consolide votre puissance, puisque

par lui , tout ce qui n’est pas fidéicommis tombe et qu'il ne reste plus (le grandes maisons que celles que vous érigez en fiefs , c'est ce qui m'a fait prêcher un code civil et m’a porté à l’établir. » Mémoires de Joseph Bonaparte, t. 11, p. 37 $. Paris, 1 853- — Ce qui n’est pas cependant d’une vérité entière, car il y a des choses que les siècles seuls font et peuvent faire et qui sont au-dessus de la puissance de l’homme, quelque puissant et habile qu’il puisse être* comme il y a des choses qui sont des réalités, et d’autres qui ne sont que de la comédie et ne durent pas plus qu’elle.

C’est, au premier point de vue, ce que nous voyons en Angleterre tout particulièrement; malgré ses lois, ses mœurs actuelles et son système politique de gouvernement, les institutions patriarcales que lui ont données les siècles et la religion catholique, y subsistent toujours, et c’est là ce qui fait tout à la fois sa stabilité et sa force : de même que ses côtes sont battues par les vagues de la mer et résistent toujours, de même font ses vieilles institutions quoique battues aussi sans cesse par tout ce que le protestantisme depuis son ère nouvelle lui a apporté...

Oui, c’est grâce à ses patriarcales familles et à ce qui lui reste de ses vieilles traditions, aux cordiales et si sûres relations et aux rapports si intimes d’affection qui sont de leur essence même, bienfaits que les

souverains sont impuissants à donner et que les lois mêmes ne peuvent ni faire, ni rompre, c’est grâce, dis-je, à leur force, à leur puissance, au lien si intime qui unit et ces familles et tout ce qui les entoure, c’est à la puissance de ce grand fait comme de ce grand principe si vivace encore et maintenu avec tant de soin en Angleterre, qu’elle a dùde résister aux principes de désorganisation de ses nouvelles institutions protestantes comme aux vagues des révolutions qu’elles ont soulevées, et c’est à cçla aussi qu’elle doit de résister encore aux ébranlements, aux sourdes commotions et aux principes destructeurs que ce qu’il y a de nouveau dans son organisation politique porte avec lui. Si cette force et cette puissance patriarcale, bien plus grandes que sa force aristocratique même, encore bien que souvent elles se confondent, n’avaient pas été et n'étaient pas en elle, il y a longtemps qu’elle eût été submergée, et sans elles, au temps actuel encore, elle serait emportée par les vagues soulevées par tant d’orages sous-marins qui la couvrent sans cesse de leur écume dissolvante et mortelle, et elle ne saurait résister au chancre qui la dévore et y a causé déjà tant de ravage, comme nous allons le dire. -

Oh ! on a beau faire, j’aime bien mieux Rome avec ses confréries, ses corps de métiers, sa grande organisation catholique telle que les siècles la lui ont faite, cette grande unité formée par la charité et l’a-

mour comme la religion chrétienne les inspire et les donne, que notre unité légale et politique telle que la loi la peut faire, et bien mieux surtout que l’égoïsme anglican avec sa tolérance aussi fausse que sa liberté est factice, bien que l’Angleterre soit abritée par des institutions parlementaires que je ne considère cependant pas comme une déception ou une comédie, quoi qu’en certains pays ce soit là tout ce que ces institutions sont parfois.

Je viens de dire ce qu’était Rome ; si je disais ce qu’a été la France à différentes époques, avec ses principes de 89 et l’emploi qu'on en a su faire , et si je dis surtout ce qu’est l’Angleterre avec ses institutions anglicanes, qui pourrait l’entendre sans effroi?... Ecoutez ce qui concerne l’Angleterre 1

Ce n’est pas moi qui vais parler, je laisse la parole à un Anglais, et un Anglais n’est pas suspect quand il parle de l’Angleterre, pas plus qu'un Marseillais quand il parlede la Canebière, ou un Gascon, des bords de la Garonne. . et cet Anglais 11’est pas un simple jockbul, c’est un membre du Parlement, un membre influent, un ancien ministre de Sa Majesté britannique...

Voilà comment s’exprimait M. d’israëli en parlant de l’abjection à laquelle était arrivée l'humanité en Angleterre au milieu de son luxe, de sa puissance, de son commerce universel, de son industrie gigantesque, de ses mines et de ses forges volcaniques, de ses machines,

de ses chemins de fer, de scs filatures, de ses établissements agricoles, de tout, enfin, ce que l’on proclame si haut, la civilisation la plus avancée qu’il y ait, et, peut-être même, qu’il n’y ait jamais eu au monde ; choses qui seraient effectivement les éléments vrais d’une grande civilisation si le christianisme les animait et en faisait disparaître les abus.

« Nous parlons de la population qui s’est formée » depuis la réforme (dit M. d'Israéli); le travail, à b Wodgate est conduit par des maîtres-ouvriers; chab cuu d'eux tient un nombre illimité de ce qu’ils ap- »■ pellent des apprentis, et ils les traitent comme des b Matnclucks traitent les Egyptiens!... ce sont des tyb rans impitoyables, ils infligent à leurs sujets des pub nitions plus cruelles que les tourments dont les po- » pulations de nos colonies aient jamais eu à se plainb dre... Ces jeunes gens doivent travailler seize et b même vingt heures par jour; souvent ils sont venb dus d'un maître à l’autre... ils sont nourris de b viande de mauvaise nature et en putréfaction, ils b dorment dans des greniers ou dans des caves... b

Plus loin il ajoute :

« L’esclavage est plus commun aujourd’hui en Anb glcterre qu’il ne l’a jamais été à aucune époque deb puis la conquête... L’ouvrier n’a pas plus de moyens b de choisir son maître et d’en changer que lorsqu’il b naissait esclave. Il y a, dans les classes ouvrières de

D i g itized by-ézOOgle

» ce pays, de grandes niasses qui sont plus prés de » l’état de la brute qu’elles ne l’ont jamais été depuis » la conquête. Au fait, rien ne les distingue de la brute » à l’exception de leur état inoral, qui est plus bas en- » core. L’inceste et l’infanticide (des enfants mêmes » de cinq ans) sont aussi communs dans ces masses » que parmi les animaux les plus vils. » Sybil p. 85,

Enfin il dit encore : <r Dés le dimanche, les maîtres » commencent à boire; le lundi et le mardi tout le » peuple de Wodgate est ivre, tous, sans exception » d’emploi, de sexe et d’âge... ce sont des animaux, la a conscience et l’entendement sont nuis ; un instinct » grossier et sauvage donne l’impulsion a leurs plus » mauvaises actions. Beaucoup d’entre eux ignorent » leur vrai nom, très-peu sont capables de l’épeler ; il » est rare de rencontrer un jeune homme qui sache » son âge, une petite fille qui ait vu une fleur. Deman- » dez-leur le nom de leur souverain et vous serez » frappé d’étonnement par leur étrange ré|>onse. Dell mandez-leur le nom de leur religion, ils riront... » Sybil., ibid.

En tête du livre où se trouvent de telles choses, résultat des enquêtes ordonnées par le Parlement, cet homme d'Etat prend même le soin de dire « qu’il se » doit à lui-même d’affirmer qu’il n’y a pas un seul » trait dans son travail qui n’ait l’autorité de ses pro-

» près observations ou celle des témoignages officiels » reçus par les commissions royales d’enquête et par » les comités du Parlement, mais qu’en espérant n’a- » voir rien avancé que de vrai, il a vu qu’il était d’une » nécessité absolue de retrancher beaucoup de ce qui » était exact... »

Voilà où a conduit la réforme et ce que devient l’homme que n’éclaire plus la religion.

Ce n’est pas là cependant le seul document que je pourrais citer, ils abondent...

Dans Frist report onderiek by theliouseof Commun, 7 juin i838, je lis encore : « Sur la ville de Glascow, » qui compte a53,ooo habitants, « il y en a 80,000 » aussi païens sous tous les points de vue que les » Hotentots de l’Afrique ; — ils ont entendu dire qu'il » y avait un Dieu , mais la religion n'a jamais eu » aucune influence pratique sur leur esprit ; ils n’ont » jamais été dans une église ni dans aucun endroit n où l’on parlât religion ou morale. Je pense que dix » n.ille hommes environ de cette ville s’enivrent le » samedi, restent ivres le dimanche, sont dans la stu- » peur le lundi et retournent au travail le mardi...

» Et toutes ces populations, comme l’apprennent j> les publications de la Société Statistique de Manb chester, vivent isolées dans des quartiers séparés où b il n’y a ni riches ni gens d’une condition élevée pour » les visiter, dans des maisons malsaines, sans autres

» lits que la terre ou la paille, couchant avec leurs vête- » ments, entassés les uns à côté des autres, et telle- » ment serrés que, pour les soigner lorsqu’ils sont » malades, c’est à peine si l'on peut passer entre » eux... »

Oh! si c’est pour donner aux Roinagnes de pareils bienfaits, une si belle civilisation, ohl Angleterre! restez chez vous! et vous aussi, révolutionnaires de tous les pays, gardez vos dons! Le gouvernement pontifical et le catholicisme ont de bien autres bienfaits et une bien autre civilisation pour les peuples, et apportent de bien autres lumières et aussi bien d’autres félicités aux hommes.

Oh ! malheur! désolation ! quel triste et pénible tableau nous fournit là la superbe Albion./ Y eût-il jamais un plus désolant amoindrissement de tout ce qui fait l’homme? est-ce bien là le Roi de l’humanité, la plus grande figure de la création, la créature faite à l’image de Dieu?...

Voilà cependant où mène l’oubli de la loi de Dieu! Voilà ce qu’est l'homme là où le catholicisme n’est plus!

Libre à vous maintenant, messieurs les philosophes, les rationalistes, les novateurs de faire des sociétés à votre façon. Vous avez vu !

Ce que nous verrions serait bien autre chose encore...

Oh ! j'aime bien mieux reporter mes regards vers Rome, car le tableau qu'elle présente, loin d’être aussi douloureux, console et permet à l’âme de se dilater comme à l’œil de se reposer de toutes ces déplorables misères et de cette aussi affreuse que pénible dégradation humaine; d'ailleurs, en énumérant toutes les institutions de charité de Rome, je suis loin d’avoir dit tout ce qu’elles ont de bien, de bon et de consolant pour toutes les misères comme pour toutes les souffrances, car ce n’est pas seulement l'asile sous lequel on l'abrite qui soulage et console le malheur, c’est bien plus encore la manière dont les soins sont donnés et dont les consolations sont prodiguées. En cela qui a jamais égalé et qui égalera jamais le catholicisme?...

Ce n’est point seulement non plus un lit et quelques remèdes que l’on donne aux vieillards dans les hôpitaux de Rome , on leur prodigue tous les soins du corps et de l’âme ; si on les soulage par tout ce que la science et la pratique de l’art de guérir peut offrir de mieux, on les console par d’affectueuses paroles et des témoignages sincères d’un intérêt vrai, comme la loi chrétienne les donne, et je puis dire qu’ainsi on les conduit jusqu’à Dieu, si l’heure a sonné où il appelle leurs âmes à lui.

Ce n’est point non plus seulement à l’enfant pendant qu’il est au berceau qu’on accorde les secours qui lui sont nécessaires ; si à cet âge on le soigue avec

toute la sollicitude d’une mère, on le suit avec une sollicitude égale pendant son enfance, son adolescence enfin, tant qu'il n'est pas arrivé au moulent de prendre sa place dans le inonde : on l’cleve, on l'instruit, on forme Son cœur et son âme d'abord; puis s'il n’est pas apte à une position plus élevée, on le inet en apprentissage et on le dote, quand il en sort, pour en faire un bon ouvrier, si c’est un garçon, ou, si c’est une fille, pour en faire une bonne religieuse ou une bonne mère de famille, selon sa vocation et son choix, et cela même quand on lui a trouvé une famille dans le monde, ce qui arrive souvent, car ceux qui les élèvent sont presque toujours disposés à les garder et à les considérer ou à les adopter comme des fils.

Ce ne sont pas non plus seulement quelques écus romains qu’on donne à ceux qu’on dote, surtout aux filles, ce sont des dots de cinq à six cents francs et même plus, car on leur permet le cumul, c'est-à-dire d’en recevoir encore des fondations pieuses, des particuliers et autres ; et ces dots, le gouvernement pontifical les distribue avec une telle largesse que, proportionnellement, il faudrait, pour l’égalera Paris, distribuer en dot plus de six millions. Ces dots sont réglées également, avec cette intelligence et cette charité attentive et tendre qui caractérise l'Eglise catholique, et distribués par le chapitre de Saint-Pierre et des Cardinaux désignés par le Pape, qui sont toujours obligés,

comme nous l’apprend le cardinal de Luca, « de don- » ner ces dots aux jeunes filles honnêtes les plus pau- » vres, les plus délaissées du inonde, et, de préférence, » aux orphelines, aux pupilles des veuves pauvres, » surtout à celles qui, nubiles, courent des dangers, e sont au moment de se marier ou de prendre le voile, » afin que les larmes , les soupirs et les plaintes des » pauvres n'arrivent pas jusqu'à Dieu. »

Et cette distribution se fait aussi de la maniéré la plus solennelle chaque année, le jour de l’Annonciation, en présence de notre saint Pere le Pape, à l’église de Sainte-Marie-la-Mineure.

Le gouvernement pontifical est encore celui où les fautes et les erreurs des hommes sont traitées avec le plus de commisération, où le chef de l'Etat est toujours le plus disposé à pardonner. Depuis 1848, le clément et si paternel Pie IX n’a-t-il pas permis de rentrer dans leurs foyers à tous les exilés qui semblaient montrer quelque repentir de leur participation aux soulèvements et aux complots qui l’avaient forcé à fuir ses Etats et aux actes démagogiques qui, tout en désolant la chrétienté, ont mis Rome à feu et à sang, comme il avait pardonné, avant cette époque, et cela avec une telle abnégation et d’une manière si entière et si généreuse, à tant d’autres conspirateurs, qu’il avait appelé plusieurs de ceux qui devaient de nouveau et bientôt le trahir a prendre place dans ses conseils mêmes?

Rome est aussi le seul Etat de l’Europe qui ait supplié le cabinet de Londres de traiter moins durement Napoléon à Sainte-Hélène (Moniteur).

Oui, c’est bien du gouvernement pontifical qu’il faut dire que c’est le meilleur et le plus paternel de tous les gouvernements ; oui, c'est le peuple romain qu’il faut proclamer avec un historien (i) le peuple le plus heureux entre tous les peuples par tous les biens qu’il possède et qu’il doit aux 'Pontifes-Rois , et parce qu'il a. la certitude qu'un bon gouvernement ne lui manquera jamais , lu constitution de ce gouvernement ayant pour base 1 œuvre de Dieu même , la règle immuable et parfaite que Notre-Seigneur Jésus-Christ a apportée aux hommes...

Oui, c’est aussi avec raison que j’ai appelé notre Saint Père le Pape le clément et si paternel Pie IX , car ses actes ont répondu aux paroles de sa première encyclique lorsqu’il est monté sur le trône pontifical, paroles qui peignent si bien sa bonté, sa douceur et sa parfaite ressemblance avec son divin Maître Notre- Seigneur Jésus-Christ, dont il nous représente si bien tout le divin amour pour les hommes. « Si donc, — dit-il » aux Evêques dans cette encyclique, — vous voyez » quelques-uns abandonner les commandements de » Dieu, s’écarter du sentier de la vérité et de la justice,

(I) Bonnet. Estai sur l'art de rendre les révolutions utiles.

» ne manquez pas de les corriger dans un esprit de » douceur et de mansuétude. Adressez-leur les re- » montrances, les avis, les conseils tout paternels; » reprencz-les, priez-les, conjurez-les en toute bonté, » patience et droiture, puisque pour la conversion des » pécheurs, la bonté fait souvent plus que la sévérité, » les instances plus que les menaces, la charité plus » que l’autorité. »

Oui, c’est bien le cas de dire, comme nous l'avons déjà dit, quelles que soient et quelles qu’aient été de tous les temps les clameurs des hommes d’ignorance et de ténèbres, qui n’ont jamais compris et ne comprendront jamais l’œuvre de Dieu, et qui s’écrient, comme les aveugles, qu’il ne fait pas jour quand luit le plus beau soleil ; oui, le Pape Pie IX est le meilleur des souverains, le plus miséricordieux des pontifes, la religion catholique le plus grand bienfait de Dieu pour les hommes!

C'est bien là le cas aussi de rappeler et de répéter ce beau passage du Dante qui dit si bien comment l’Eglise de Rome s’est faite; tout ce qu’elle a fait pour l’humanité; et qui consacre si bien et si hautement aussi les droits temporels des pontifes-rois tout en disant si éloquemment ce qu’est et ce qu’a été Rome.

« A la Rome de la guerre succéda la Rome de la chau ri té ; à la Rome des ambitieuses hostilités, la Rome des » humbles sacrifices; à la Rome du paganisme, la

» Rome toujours belle et toujours jeune de l’Évangile. » Au mouvement humain qui l’entraînait à sa ruine, » succéda l'action de Dieu, action qui ne peut faillir. » A Romulus succéda le Christ ; Pierre à César ; à la » République, à l’Empire, succéda l'Église. Ce moub vement si puissant, qui fit d'un petit peuple sur les » rives du Jourdain une nation d’une incomparable » grandeur dans l’univers, se transporta sur les rives » du Tibre, et Rome devint une nouvelle Jérusalem, » le Vatican une autre Sion, et, au lieu d’être détruite, » la Reine des Sept-Collines était éternisée. Ce fut là » qu’avec la personne du saint apôtre, vinrent se » réunir le grand législateur, les prophètes et les sages b d’Israël.

b La famille d’Abraham embrassa toutes les nations. » Ce fut là l’œuvre du Christ, qui commença à régner » avec son vicaire. Le Christ avait triomphé en naisb sant à Bethléem dans une humble étable; il avait » régné à Jérusalem dans les souffrances ; de là il vint b à Rome s’asseoir sur le siège impérial dans la perb sonne d’un pauvre pécheur. ..Alors le Latran s’éleva b au-dessus de toutes les choses mortelles (i). b

Voilà Rome !

Choisissez entre la Rome du Dante et de tous les siècles et la Rome des novateurs, avec l’organisation

(1) Dante. Paradis, chant 31.

sociale de leur façon, aussi ridicule qu’insensée qu’ils veulent lui faire, organisation d’ailleurs bien digne de leurs grandes oeuvres comme de leur sublime manière de faire et de comprendre les choses de ce monde avec leurs principes nouveaux des droits des hommes, des peuples et des rois, qu'ils appellent la liberté, le progrès des lumières, la civilisation.

La liberté, le progrès, la civilisation, nous allonsbien le voir... Cette civilisation, nous avons déjà vu ce qu’elle est en Angleterre; nous allons encore bien voir ce qu’elle apporterait à l'humanité.

Mais un mot encore sur la république et la monarchie.

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