‹ Le pape et l'ItalieChapitre 5 sur 24 · LA BR0CBUBE LE PAPE ET LE CONGBÈS · texte numérisé non relu

LA BR0CBUBE LE PAPE ET LE CONGBÈS

Quand cette société chrétienne, telle qu'elle existe dans le monde, et telle qu’elle existe à Rome, serait même comme la décrit et la caractérise te catholique fervent auteur de la brochure le Pape et le Congrès, cé serait là encore le paradis terrestre auprès de la société que vous nous auriez faite.

Mais serait-il donc bien vrai, cotome le dit cet auteur inconnu et si bien caché, tout bon chrétien qu’il s’annonce, et quel que soit son désir (T étudier, en catholique sincère , les hautes questions du jour, que la société chrétienne à Rome serait ce qu'il dit.

si le Pape conservait son pouvoir temporel tel qu’il est depuis des siècles, comme aussi que sa puissance et son résultat ne seraient pas autres que ce qu’il indique ?

Permettez-moi, mon cher et honorable Collègue, de lui dire, par votrè intermédiaire, que je n’eu crois rien ; même qu’il se trompe dans ses appréciations, malgré son bon vouloir et son zèle de fervent catholique : car, comme moi, vous seriez trop poli, pour jamais ajouter, comme lfe faisait, il v a peu de jours, un bommè d’esprit, parfait chrétien d’ailleurs, et fort expérimenté en ces sortes de choses : « Le catholique sincère auteur de lâ brochure le Pape et le Congrès, me fait l’effet, en embrassaiit tendrement Sa Sainteté, de lui donner le baiser dé Judas. »

Èn effet, notre auteur, après avoir proclamé « que » la doctrine catholique et la raison politique étaient » d’accord pour reconnaître que le pouvoir temporel » du Pape était nécessaire pour l'exercice de Son » pouvoir spirituel, » et l’avoir démontré par les meilleures raisons et de la manière la plus logique, tant au point de vue politique qu’au point de vue religieux, ce dont nous le félicitons, dit néanmoins tout doucement au Pape « qu'il n'eit pas nécessaire que son État soit très-étendu; même que plus le territoire sera petit, plus le souverain sera grand; puis de là il conclut qu’il faut qu’il abandonne les Ro-

magnes , Bologne, Ravcnne, etc., etc., ce que je trouvais un conseil peu amical et peu politique, je l’avouerai, avant d’avoir lu un imposant et puissant document devant lequel je baisse la tête et garde le silence... Il est des choses après lesquelles on pense, mais on ne parle pas, surtout lorsque le Pape a parlé...

Aussi, je laisse de côté cette question toute politique, désormais épuisée d’ailleurs; mais il m’est impossible de ne pas dire au fervent catholique de la brochure du 23 décembre, que si réellement il a un cœur bien tendre et un dévouement bien vrai pour N. S. P. le Pape, sa tête est uu peu révolutionnaire, et moins forte eu politique et en oiganisation sociale, voire même en juste appréciation des choses humaines, qu’il ne se dit fils tout dévoué de l’Église... Aux réalités et aux grands faits consacrés par les siècles, pour le bien du monde, la paix des nations, le bonheur des hommes, et la grandeur de l’Église de Dieu, il substitue, qu’il me permette de le lui dire, les rêves irréalisables, fantastiques et plus coupables encore de son imagination; après avoir proclamé, reconnu cependant cette grande vérité que « la gloire » de l’Église et de. la Papauté était de s’appartenir et » de ne relever que de Dieu... que cela avait été la » condition et la gloire de tpus les grands papes,.. » que Rome est le centre d’une puissance morale Lrop » universelle , pour qu'il ne soit pas de l'intérêt de

» tous les gouvernements et de tous leé peuples qu’elle » ne penche d’aucun côté et qu’elle reste immobile » sur la pierre sacrée qu’aucune commotion humaine » ne saurait renverser. »

Il fait néanmoins du gouvernement de l’Église une fiction toute dé son invention... si parfois le feu divin qui semble vouloir l’animer sort en lui par tous les pores, c’est sans le réchauffer et comme s’il tournait autour du soleil qu’il voit, mais sans comprendre que le feu de scs rayons vivifie la terre, et en ne songeant qu’à se plaindre de leur chaleur et à demander à grands cris qu’on les éteigne, et que bien vite on en délivre et lui et toute l’humanité.

Comment, en effet, après avoir reconnu que le gouvernement du Pape, c’est le gouvernement du père de famille, et en avoir défini si bien les effets, c’està-dire en avoir fait le paradis ici-bas, le lieu où tout homme voudrait vivre, lorsqu’en voulant expliquer ce que serait Rome comme il la comprend et la veut faire, il indique en réalité si bien ce qu’elle est, substituant seulement par là le futur au présent, et là par conséquent encore la fiction à la vérité, il dit : « Le » pouvoir du Pape ne peut être qu’un pouvoir pai> ternel ; il doit plutôt ressembler à une famille qu’à » un État; là le pays a à sa tète moins un roi qu’un » père; ses droits sont plutôt garantis par le coeur » de son souverain que par l’autorité des lois et des

f institutions. P’est un gouvernement de repos et de !» recueillement, une sorte d’oasis où les passions et ■ les intérêts de la politique n’abordent pas :

« L’armée pontificale n’est qu’une enseigne d’ordre * public. »

Comment, dis-je, après avoir dit et écrit de telles vérités, compris ainsi l’action du gouvernement pontifical, peut-il dire etécrire, si ce n’est pour le besoin d’une yijjtuvaise cause, ou par suite d’un parti pris c|’arriver , par tous les moyens, à un but arrêté d’avance, c’est-à-dire, la destruction des États de l'Eglise et de la papauté même : « Le pouvpir temporel du Pape est nécessaire et légitime, mais est incompatible avec un État de quelque étendue, — il n’est possible que s’il est exempt de joutes les conditions ordinaires du pouvoir, c'est-à-dire de tout ce qui constitue son activité, ses développements, ses progrès, — il doit vivre sans armée, sans code, sans justice, etc., etc.

Oh ! vanité des vanités , folie des folies ! l’on croit

vraiment rêver lorsqu'on lit de pareilles choses

Catholique fervent, grand législateur de la chrétienté, quand vous seriez le plus grand philosophe, ou païen, ou révolutionnaire, le grand-prètre du Saint-Simonisme, du Cabétisnie ou du Phalanstère , la plus forte tête du rationalisme, vous ne parleriez pas mieux du catholicisme, vous n’en comprendriez pas d’une manière plus étourdissante ni les bienfaits, ni l'organisation.

Si vous n’aviez pas pris soin de vous répondre à vous-même en écrivant ce que j’ai rapporté, d'abord je vous dirais : « Si vous avez la prétention d’être un grand homme d’Etat, prenez vos lunettes, puis al)ez à l’école; vous parviendrez peut-être à lire couramment et à y voir clair : mais surtout n’allez pas, quant à présent, chez les Saint-Simoniens ou les Fouriéristes, car vous courriez le risque de ne pas apprendre à lire du tout; vous vous exposeriez à ce qu’ils ne voulussent faire de vous qu’un apprenti en déclamation, ou en révolution; encore ce n’est pas bien certain, car il y a pire que cela dans ces sociétés sublimes pour les apprentis législateurs téméraires; et, si j’ai bonne mémoire, aux temps païens, Icare, pour avoir voulu voir de trop près le soleil, fut aussi ignominieusement que rudement précipité du ciel où il voulait atteindre, sur la terre qu’il n’aurait jamais dû songer à quitter, avec ses ailes de cire fondante.

Dans quelle lunette, en effet, législateur catholique fervent, avez-vous regardé, pour voir cette belle organisation du gouvernement papal, dont vous gratifiez si généreusement le Pape, l’Eglise et tout le catholicisme ?

Comme vous êtes un grand homme U! Si je ne me rappelais la fable du maître corbeau, et en même temps ce beau vers de Virgile : « Timeo Danaos (t dona ferentes, » j’ajouterais même que vous êtes le

plus généreux de tous les grands hommes... mais... je ne veux pas de votre fromage ni pour moi, ni pour

Rome ni pour la catholicité permettez-moi de

vous prier de le garder.

Comme vous êtes aussi un voyant bien puissant et à bien longue vue, lorsque vous voyez qu’il n’y a rien de mieux ni rien de plus parfait que cette organisation municipale, communale, fédérale, que sais-je encore? dont vous voulez bien doter la chrétienté I

Qu’il n’y a, ni ne peut y avoir, ni grandeur plus parfaite, in sécurité plus grande pour notre saint Père le Pape et son gouvernement, que les larges tributs que vous faites payer au saint Père, et les institutions fortes et aussi solides que sûres dont vous l'entourez!

Comme vous avez bien trouvé là, et vous avez bien raison de vous en féliciter très-hautement, la manière de dénouer le nœud gordien, et le moyen le plus puissant d’octroyer, à l'exemple de Notre-Seigneur Jésus- Christ, et mieux que lui peut-être; — sublime auteur inconnu, qui ne pourriez-vous pas être, si j’en juge par vos grandes œuvres? — d’octroyer, dis-je, la nouvelle y comme la plus haute, sans doute aussi, consécration de l' universalité et de l unité du pouvoir moral du Pape, comme vous voulez bien nous l'apprendre... et d'indemniser par la ces pautres déshérités de cette noble part d'activité qui, dans tous les pays , est le stimulant du patriotisme et f exercice légitime

des facultés de T esprit, et des supériorités du caractère , dont vous peuplez les Etats du Pape de votre façon !

Que de paradoxes ! que de paradoxes!!!

Ils ne sont égalés que par vos folles conceptions, mon cher catholique fervent

Comment vraiment avez-vous pu écrire de telles sornettes pour en arriver à conseiller au saint Père, et à tout le sacré collège, d’abandonner les Romagnes, Bologne, Ravenne, aux démocrates italiens qui s’en sont emparés, et au Roi preux qu’ils veulentse choisir?

Quel beau résultat de votre grande œuvre 1.... oui vraiment, il est digne d’elle

J’en suis presque à me demander, veuillez bien me le pardonner, car je n’ai pas votre grand esprit, peut-être, et bien moins encore votre coup d’œil d’aigle, si vraiment vous êtes bien catholique, voire même si vous êtes bien français.

Catholique : mais savez-vous que les Etats de l’Eglise, tels que notre saint Père le Pape les possède, et que vous l’engagez à abandonner en bonne partie, c’est le patrimoine de toute la catholicité, qu’il ne les a qu’en dépôt, qu’il n’en est qu’usufruitier; et que non-seulement il n’en peut pas disposer, mais que lors de son sacre il a, comme l’avaient fait tous ses prédécesseurs, juré solennellement de les transmettre intacts à son successeur?

Dès lors, que ce que vous lui demandez, ce serait

tout à la fois une lâcheté, une forfaiture, un parjure.

Français : mais vous êtes-vous bien rendu compte du véritable intérêt de la France, et avez-vous donc oublié que c’est un grand monarque, un empereur aussi grand politique que chrétien sincère, l’une des plus vraies et des plus grandes gloires de la monarchie française, Charlemagne, qui a douné la plus grande partie de ces Etats à l’Eglise; que c’est avec lui et avant lui un autre monarque français, l’une de ces grandes et (belles figures, un de ces nobles coeurs comme notre vieille race royale en a tant fourni. Pépin, qui a douné au Pape les Romagnes?

Si ces grands rois ont agi ainsi, c’est qu’ils étaient animés, sachez-le bien, par un sentiment tout à la fois tout chrétien et tout français.

Comme chrétiens, ils savaient qu'il n'y avait pas de plus grande ni de plus vénérable chose au monde que le catholicisme, cette religion apportée sur la terre par le divin Rédempteur de tous les hommes, le fils de Dieu, Dieu comme son Père.

Comme chrétiens, ils savaient que le .Pape était la

plus haute personnification de Dieu sur la terre

son représentant en un mot, ce qu’il y a de plus

grand au monde; et qu’il lui avait été dit. « Tu es Pierre, et, sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les puissances de l’enfer lie prévaudront pas contre elle

« Elle existera jusqu’à la consommation des siècles. » Puisque, comme votre cœur de catholique fervent vous entraînait à vous le dire à vous-même, le pouvoir du Pape est un pouvoir tout paternel, et son cœur, non-seulement celui d'un bon père et d’un bon roi, mais ce qui caractérise encore bien mieux l’amour le plus véritable de tous, celui d’un pontife, et mieux encore du Pontife saint, organe et représentant de Dieu iei-bas, dépositaire de ses grâces, dispensateur de ses dons, de sa miséricorde ; à qui

appartient le p ouvoir de délier et de bénir

Comme chrétiens et comme rois, ils savaient aussi que le gouvernement de l’Eglise est le plus saint, le plus doux, le plus paisible, le plus dévoué aux intérêts de l'humanité qui puisse exister sur la terre, l’allié le plus sur et le plus sincère, comme le voisin le plus pacifique qu'il y ait dans l’univers ; comme aussi qu'il était celui qui pouvait donner le plus de garanties, de sécurité pour la France : et, si ces grands monarques pouvaient revenir sur la terre, et étaient de nouveau appelés à gouverner la France et à prendre en mains ses intérêts, loin de vouloir comme vous, soyez-en bien sur, créer à nos frontières une nouvelle Prusse, ou y placer un grand Etat, avec ses intérêts,

ses passions, ses ambitions qui, à la première occasion,

le rendront menaçant, ou même en feront un ennemi déclaré, appelant à son aide nos rivaux, pour l’aider

à nous combattre, et nous forcer à céder à ses prétentions, ou à laisser envahir nos frontières et à porter la guerre sur notre territoire même ; ils auraient bien préféré, dans notre intérêt politique, laisser subsister l’organisation italienne telle qu’elle est, avec ses petits États alliés de la France par leur passé, leurs liens de famille tout français, leur bon droit; et c’est bien quelque chose, savez-vous, que le droit... le droit pour le peuple, pour les rois, pour les hommes : c’est tout ce qu’il y a de plus respectable, de plus grand, de plus sacré... (i) Qui n’a admiré cette héroïque princesse, noble fille de nos rois, défendant avec tant de courage et de grandeur les droits de son fils Robert de Parme, que je pourrais nommer et nommerais volontiers Robert de France..? Qui pourrait ne pas s’unir à elle pour demander qu’ils soient respectés ?

Ces petits États qui servent à la France comme de

il I) Le droit que je réclamais si hautement pour tons dans ma (brochure intitulée : la paix, que j'avais tait imprimer avant l'entrée de nos armées en Italie, et qui a été saisie chez l’impritncur Carion, brochure que je publierais encore, malgré notre gloire, si on voulait bien m’en rendre les exemplaires; car je crois toujours que la paix est le besoin vrai en France (l’état nécessaire cl vrai de l'Europe et du monde) au temps actuel I .. que l'avenir appartiendra à qui saura la lui donner et la lui mieux garantir... • On pent, disais-je, admettre l'emploi mo- » menlaué de la force, son abus même, comme une nécessité passagère, r> nécessaire pour contenir les passions incandescentes et maintenir • la paix et l'ordre publics; mais on ne peut jamais admettre l'abus de a la loi, la violation du droit : ce serait là le pire état social, chose pire » que l'anarchie même, car l'anarchie ne vit qu’un jour !... »

sentinelles avancées , impuissants d’ailleurs par euxmêmes à lui nuire ou à la combattre ; et, s’ils avaient été forcés par les circonstances et par les besoins vrais des peuples à en faire un grand État et à choisir entre Rome et le Piémont, entre le Pape et le roi Victor Emmanuel, ce choix eut été bientôt fait Ils n’eussent

pas hésité entre l’agrandissement des États du souverain paisible et tout paternel, et ceux du monarque belliqueux, aussi ambitieux que brave peut-être, bien qu’il ait si noblement payé de sa personne sur les champs de bataille de Magenta et de Solférino, et montré à notre armée comme à tous, que l’antiquité des races royales n'amoindrit pas le courage au cœur de ses fils, et que le fils de la vieille maison de Savoie savait combattre au milieu de la mêlée au premier rang, et donner à tous ainsi l’exemple ; prouvant par là à tous encore que l’on ne déroge jamais à la dignité et aux devoirs ni du commandement ni du monarque, en étant soldat aussi intrépide que brave; mais que bien au contraire c’est ainsi que l’on se montre, et que l’on est vraiment digne de ce haut rang.

Ce grand État créé à la papauté, ce n’eùt pas été, sacliez-le bien aussi, catholique fervent, un royaume « qui eût été déshérité de cette noble part d’activité qui, comme vous le dites, est dans tous les pays le stimulant du patriotisme et (exercice légitime des facultés de l'esprit et des supériorités du caractère ; » ni

cet état d'inaction, définition qu’on ne comprend guère, dont vous gratifiez les sujet* de la forme de gouvernement que vous voulez imposer au Pape, chose si pénible pour tes hommes qui sentent en eux de nobles ambitions de servir et de s' élever par le mérite , ajoutezvous, car si vous aviez été à Rome, vous auriez appris que. ce n’est pas là ce qui est, et jugé par le présent de ce que pourrait être l’avenir.

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