ROME
A Rome, — vous n’y eussiez pas trouvé le gouvernement représentatif, soit avec sa tribune orageuse, soit avec ses complaisants ou ses muets ; — le vote universel, avec toutes ses libertés, ou avec toutes ses fraudes, ses restrictions ou ses escamotages; — les institutions démocratiques, comme les révolutionnaires savent ou veulent les faire ; — vous y eussiez trouvé mieux...
Chaque peuple, chaque nation, chaque gouvernement a sa forme, sachez-le bien, et la meilleure pour chacun, c’est celle qui, en première ligne, lu»
assure la plus grande part de prospérité et de félicité morale d’abord, puis matérielle ensuite; le respect le plus sacré des droits de chacun comme de tous, et tout ce qui fait la sécurité et la grandeur des Etats.
La forme de gouvernement de la France, de l’Angleterre, de la Russie, de l'Autriche, de la Turquie, comme celle de tous les autres pays du monde, ne se ressemblent guère, et ce serait une prétention que partout on trouverait plus qu'insensée de la part de celui qui y proposerait de substituer à la forme du gouvernement du pays où il est, celle du pays d’où il vient, et à plus forte raison une forme de sou invention.
Naples ne changerait pas volontiers avec la Russie ; la France moins encore avec la Turquie, et cette dernière pas du tout avec l’Angleterre. Dans ce pays même, l’Irlande demanderait d'autres institutions que l’Ëcosse, et cette dernière d’autres encore que la vieille Albion.
Un législateur républicain ne réclame pas les mêmes institutions qu’un législateur monarchique, un wigh qu’un tory, un phalanstérien qu’un disciple de Saint- Simon.
Ce qui serait le bien suprême pour l’un serait une impossibilité, un rêve, une folie pour l'autre.
A Rome on est chrétien ; n'y substituez donc pas les institutions, ni protestantes, ni philosophiques,
ni rationalistes, pas plus celles de la Mecque, et moins encore celles de la démagogie.
C'est le gouvernement de la famille, un gouvernement paternel, celui d’un Pontife saint, qui n’a aucun besoin pour lui-même, qui vit aussi simplement au milieu des grandeurs que le plus simple religieux, ne demande rien pour lui et donne tout aux autres, comme il prodigue tous les revenus de l’État pour assurer à chacun de ceux qui l’habitent la plus grande somme de lumières, d’éducation, et de bonheur possible.
Quel est le pays où l’on 's’occupe autant qu’à Rome des besoins du peuple, où l’on a plus de respect pour la dignité de l’homme, plus de soin de son éducation, plus d'attention pour sa misère..., le pays où l’homme est plus véritablement homme et sent moins la distance qui le sépare de Dieu ?
Je suis allé à Rome, et c’est là, je le dis hautement, que j’ai le mieux compris que tous les hommes étaient frères, où je me suis senti le plus libre pour le bien, le plus sùr du respect du bon droit, le plus à l’aise devant la puissance; car le Pontife-roi m’a traité comme il traite tous ceux qui l’approchent, tous les hommes, en fils bien-aimé; et je n'ai jamais oublié, comme je n'oublierai jamais de ma vie, ces dernières paroles |>ar lesquelles il m’a si obligeamment congédié : Allez avec mon amitié arulate con amicizia.
Où trouve-t-on autant qu’à Rome d’asiles pour l’enfance, les infirmités, les maladies, la vieillesse? comptez, si vous le pouvez, les nombreux établissements de bienfaisance qui s’y trouvent, et comparezles aux établissements du même genre du reste du monde , même à ceux des plus grands États, et ditesmoi s’il n’est pas vrai qu’ils les dépassent autant en nombre qu’en soins charitables et affectueux.
Cherchez , cherchez chez toutes les nations de la terre des établissements où on s’attache plus qu’en ceux de la ville du catholicisme et de la papauté, à élever l’esprit de l’homme jusqu’à Dieu, à étendre son intelligence, à remplacer les lumières qui aveuglent par celles qui éclairent, à apprendre à tous à s’aimer comme des frères, et à consacrer ainsi cette liberté véritable et cette bienveillance réciproque que ni les lois, ni les institutions purement humaines ne donnèrent et ne donneront jamais... Entrez dans cet asile d’éducation fondé pour les enfants du peuple, et demandez au premier qui viendra à vous si on ne lui apprend qu’à prier, bien que ce soit le plus grand des biens comme des bienfaits; demandez-lui si on s’attache à restreindre ou à élever son intelligence; si on ne le destine qu’aux professions manuelles, d'ailleurs si nobles, et si on ne lui apprend que ce qu’il faut strictement savoir pour faire un ouvrier; ou plutôt, voyez vous-même et jugez si là on ne fait pas des en-