VJ
fants du peuple de grands artistes, de grands écri* vains, des savants, c'est-à-dire tout ce qu’ils peuvent être, en un mot, des grands hommes s’ils en ont les aptitudes et le génie...
Allez, allez, parcourez Rome, entrez encore chat cet habile ouvrier, cet humble religieux, ce puissant prélat, et demandez-leur si, fils d’un pécheur du Tibre, ou d’un humble transtevérin, ce n'est pas aux bienfaits du Père de tous les fidèles, du Pontife qu’ils aiment autant qu'ils le vénèrent, qu’ils doivent tout ce qu’ils sont; si ce n’est pas à l'institution des enfants du peuple qu’ils ont appris tout ce qu'ils savent.
Demandez, demandez aussi à ce brillant capitaine, à ce vieux général qu’honorent autant ses cheveux blancs et ses vertus que ses longs services militaires, si, nés de ces vieilles familles de noblesse cadouta, comme le peuple de Rome les nomme, et que les bienfaits seuls du Saint-Père soutiennent, ce n’est pas aussi aux seuls bienfaits du Pontife qu’ils ont dû leur éducation et l’honneur d’être ce qu’ils sont.
Oui, voilà le gouvernement pontifical ; oui voilà Rome, cette antique et vénérable capitale de la chrétienté, qu'élève autant sa gloire ancienne que sa gloire nouvelle, où l’on sent son coeur si fortement palpiter au souvenir de ses grands hommes, et si ému au souvenir de toutes ses grandes gloires 1 Rome qu’on ne
peut voir sans s’écrier', à l’aspect de ses monuments, de ses églises, de ses rues et jusqu’à celui de la terre qiie l’on foule, terre où sont écrits à chaque pas avec la pierre les grands faits du catholicisme : Oui c’est là la ville vraiment choisie par Dieu pour être celle de ses pontife; oui c’est la grande ville entre toutes les grandes villes de l’univers, celle qui renferme le plus de gloires chrétiennes comme le plus de grands souvenirs. Dans les murs de Rome, il s’en trouve plus que dans toutes les autres parties du monde ensemble. Oui, c’est la ville par excellence, la ville Eternelle désignée par Dieu même pour être la capitale du monde catholique.
Si elle ne l’était pas déjà, il faudrait la choisir pour cette auguste et pieuse destination.
Si le Pape et le Sacré Collège n’y siégeaient pas, il faudrait les y appeler et la leur consacrer.
Non, cette terre illustrée par tant de grands faits catholiques, arrosée par le sang de tant de martyrs, témoin de tant de glorieux sacrifices, de si généreux dévouements aux premiers siècles de l’ère chrétienne comme depuis lors, et, par là, si sanctifiée et devenue comme une terre de prédilection, ne peut pas cesser d’être la capitale du monde chrétien tant que la religion catholique subsistera ; et, n'en déplaise aux novateurs, elle subsistera jusqu’à la fin du monde non-seulement parce que cela lui a été annoncé par
Dieu même, mais encore parce qu'il est de son essence qu'il en soit ainsi.
En vain diraient-ils que cette religion sainte a fait son temps et qu’elle ne peut plus rien pour le monde.
Imprudents novateurs, impies blasphémateurs, vos langues et celles de vos successeurs auront séché depuis longtemps dans vos palais, qu’elle subsistera encore.
Bien d’autres imprudents, bieu d’autres blasphémateurs auront passé aussi , qu’elle subsistera toujours.
Ce u’est pas Dieu qui manquera jamais à l’homme, c’est l’homme qui manque chaque jour à Dieu.
C’est l’homme qui, au lieu de cultiver les œuvres de Dieu et de s’en nourrir, se nourrit des œuvres de Satan et les cultive.
C’est l’homme de Satan, qui seul tient un pareil langage, qui seul trouve mal ce qui est bien, qui seul voudrait voir disparaître Rome pour la remplacer par ses œuvres de malédiction.
Non, la religion chrétienne n’aura pas d’autre fin que la fin du monde, et encore pour vivre par ses enfants et ses élus pendant l'éternité.
Elle n’aura pas de fin, car elle est d’origine divine, et tout ce qui est divin ne meurt pas.
Elle n’a pas fait son temps, car tout ce qui est divin est parfait et n’est pas fait seulement pour une seule ou pour quelques générations d’hommes, mais pour
toutes les générations qui se succéderont jusqu’à la consommation des siècles.
C’est l'homme qui manque à Dieu, et non la religion qui manque à l’homme.
Lorsque l’homtne aura atteint la perfection de la loi chrétienne, ou, si vous le préférez, de la religion que lui a apportée Notre-Seigneur Jésus-Christ, il aura atteint la plus grande perfection humaine.
U en est de l’homme, par rapport à la religion, comme de la terre par rapport à l'homme.
Si l’homme ne cultive pas la terre, elle ne produit que des ronces.
S’il la cultiye d’une manière imparfaite, elle ne produit que quelques plantes parasites ou sans saveur.
S’il la cultive comme elle doit être cultivée, elle produit tout ce qui nourrit l'homme, tout ce qui flatte les sens, réjouit la vue, c’est-à-dire des céréales, des fruits, des fleurs et la plus belle et la plus luxuriante végétation.
Lorsque cet homme, ou ces hommes, ont la paix de l'âme, la terre alors est pour eux vraiment le paradis terrestre; il ne leur reste plus, pour être plus heurettx, qu’à voir Dieu et le bénir... La terre n’a pas cependant cessé d’étre la terre, mais elle est arrivée par l’homme à sa dernière perfection de culture.
Ainsi il en est de la religion pour l’homme.
S’il ne la pratique pas, il reste ce qu’il est par sa nature, un être incomplet et presque méchant.
S’il la pratique d’une manière imparfaite, son coeur commence à sentir, son esprit à s’éclairer, son âme à se purifier.
S’il la pratique d’une manière parfaite, il devient un saint.
U est alors arrivé à la plus grande perfection humaine.
La religion n’a pas changé cependant, c’est elle qui l’a fait ce qu’il est devenu, il n’est saint que par elle; comme il est par elle la perfection de l’humanité. 1
Cessez donc de dire que la religion a fait son temps.
Vous voyez bien qu’elle ne finira jamais.
Mais la religion, pour être, a besoin des institutions que Dieu lui a données :
Du Pape, du Sacré-Collége, de l’Eglise, de ses conciles, de sa liberté d'action.
Elle a besoin que les hommes pieux la vénèrent, que tous les chrétiens reconnaissent sa loi, et qu'elle puisse saus entrave leur transmettre ses avis, ses enseignements et ses préceptes.
Elle a besoin que tous les hommes la connaissent et la pratiquent pour être sauvés.
Elle a besoin du Pape comme son chef visible, du Sacré-Collége comme sa Cour suprême, de chacun de ses cardinaux et de ses évêques pour constituer ses
grands conciles œcuméniques, enfin, de ses institutions, de ses lois et de son organisation temporelle tout entière, comme l’Eglise les a faites et croit devoir les faire, et non des vôtres, catholique fervent, ou de celles de tout autre; car l’Eglise, par le fait, comme par sa nature d’Eglise de Dieu, connaît mieux que personne ce qui lui convient et ce qu’elle doit faire, s’il n’est pas rigoureusement permis de dire encore ici, comme en fait de dogme, qu’elle est infaillible, tandis que vous, comme tant d'autres hommes, ce que vous faites ou voulez faire pour elle, n’est qu’imperfection, rêverie ou folie.
Ses droits doivent d’autant plus être respectés, que le Pape et l’Eglise qui les possèdent sont la puissance la plus imposante qu’il y ait au monde, celle qui offre les plus grandes garanties, et dont le caractère est tout à la fois le plus saint, le plus respectable et le plus élevé, même au point de vue temporel ; d’un autre côté, la raison est d’accord avec l’enseignement divin pour proclamer l'infaillibilité de l’Eglise en matière de foi comme en tout ce qui est nécessaire à la manifestation de la foi et à la pratique de la loi de Dieu, et c’est au Pape, auquel est confié son gouvernemen temporel et à l’Église dont il est le chef, qu’ont été conférés ce grand pouvoir comme cet éminent carac tère : l’infaillibilité en matière de dogme (i).
(t) Je suis heureux de pouvoir te dire ici hautement :
Oui, l'Eglise est infaillible. — Elle l’est ; car Notre-Seigneur Jésus- Christ l’a dit d’abord, et qu'il est Dieu. — Devant un tel enseignement, tout chrétien, font homme, doit baisser Ja tête et courber le front.
Mais au point de vue rationnel même elle est infaillible.
En elTet, il est constant qu’aucun homme n'a en lui le pouvoir de juger et de décider. — Il y a autant chei l'homme de manières de voir et de juger qu’il y a d’hommes, — tôt capita, toi sensus. — Celte vieille maxime est toujours vraie, et le sera toujours. — L’un est sage, l’autre est fou; — l’un est instruit, l’autre est ignorant,- — l’un a on jugement sain, l’autre a un jugement faux... que sais-je encore?
Quelle sera la vraie de l’interprétation do chacun de ces hommes?
Quelle sera celle qui sera obligatoire pour vous, pour moi, pour tous?
A quel titre me forceriez-vous d’accepter votre interprétation plutôt que la mienne?
Pourquoi vous imposerais-je la mienne plutôt que la vôtre?
Pourquoi celle de tout antre, raisonnable, erronée ou folle qu’elle peut être?
Ce seraient la confusion, le chaos.
Donc, l’infaillibilité en fait d’interprétation de la loi de Dieu n’appartient pas à l’individualité humaine : elle n’appartient pas & l’homme.
Or, y a-t-il un grand corps au monde, en dehors de l’Eglise, à qui ce droit ait été conféré, ou même qui le revendique ?
Mon... il n’y en a pas, et il ne peut pas même y en avoir. Dir, cent, mille, un millioff d’hommes n’ont pas plus le droit d’imposer leur opinion ou leur interprétation à dix, cent, mille ou nu million d’autres hommes en ces matières toutes de foi, dont le but est de conduire les âmes au ciel, qu’un homme à un autre. — L’élément d’appréciation est le même dans un cas comme dans l’autre, incomplet dans le premier comme dans le second.
Il n’y a dans l’univers que l’Eglise qui revendique ce droit.
11 n’y a dans l’univers que l’Eglise qui exerce ce droit.
Il n’y a également dans l'univers que l’Eglise à qui ait été conféré ce droit, et il l’a été par Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la personne des Apôtres, à qui il a dit : ■ Allez, et enseignez;... tout ce que vous lierez sera lié, tout ce que vous délierez sera délié 1... »
Donc, c’est à l’Eglise que cette interprétation appartient.
Donc, au point de vue rationnel, je dirai encore :
Puisque c’est !i ! Eglise qu’il appartient de décider, elle est nécessairement infaillible.
Car Dieu a donné sa loi aux hommes pour qu'ils puissent s’en servir, c’est-à-dire pour qu’ils puissent en toute sûreté de conscience cl d’ac-
tion, comme en toute quiétude d'esprit et d'&me, la pratiquer et se sauver.
Car Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a apporté la religion aux hommes, n'a pas voulu et n’a pas pu vouloir les tromper.
Donc, puisque le droit d'interpréter la loi de Dieu n'appartient pas à l'homme,
Donc puisque ce droit appartient à l'Église,
Donc l'Église doit être, — donc l’Église est infaillible.