‹ Le pape et les évêquesChapitre 4 sur 10 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

MONSEIGNEUR l' ARCHEVÊQUE DE WESTMINSTER.

Mgr l'archevêque de Westminster a cru de son devoir d'ajouter à sa dernière lettre pastorale un appendice où il discute nos opinions 1.

1 The œcumenical concil and the infallibility of the roman Pontiff.

Nous ne craignons pas de dire qu'elles n'ont été ni bien saisies ni bien exposées par l'illustre prélat.

Voici dans quels termes il les résume : « Le Pontife romain possède un moyen de donner l'infaillibilité à ses jugements; ce moyen est le droit de consulter le corps épiscopal. » D'où le vénérable archevêque conclut « que séparément du corps épiscopal le Pape n'est pas infaillible ; que consulter le corps épiscopal est pour lui la condition nécessaire pour donner l'infaillibilité à ses jugements; que le Pontife donne l'infaillibilité à ses jugements en la recevant du corps épiscopal, ou par son union avec lui ' ».

Nous contestons entièrement la légitimité de cette dernière conséquence. Elle suppose que nous séparons la papauté du corps épiscopal , et que nous attribuons à ce dernier une infaillibilité séparée; rien n'est plus contraire à la doctrine exposée dans notre ouvrage. Jamais nous n'y considérons le corps épiscopal séparément de la papauté. Pour nous, le Pape et les évoques forment un seul corps, auquel, sans détriment des privilèges particuliers accordés au chef, le divin Maître a attribué la souveraineté et l'infaillibilité absolues. Jamais nous n'avons prétendu que le Pape recevait l'infaillibilité des évêques. Elle vient à l'un et aux autres de Dieu, uniquement de Dieu; et elle se manifeste par l'accord du Pape avec les évêques et des évêques avec le Pape.

De là , nous concluons que le moyen le plus cer-

1 Nous nous servons de la traduction de la lettre pastorale de Mgr Manning, donnée par le journal l'Univers dans son numéro du 28 octobre dernier.

tain pour le Pape de donner l'infaillibilité à ses jugements est dans le concours et l'assentiment des évoques ; et nous croyons que ce concours et cet assentiment sont les vraies conditions des jugements ex cathedra.

Mgr l'archevêque de Westminster voit dans cette théorie comme un renversement des paroles de Notre- Seigneur Jésus-Christ. « Le don de l'infaillibilité résidant dans le corps coule jusqu'à la tête lorsque celle-ci consulte l'épiscopat. C'est là l'influx corporis in caputy non capitis in corpus. »

Pour justifier ses critiques , le prélat rappelle les paroles adressées par le divin Maître à saint Pierre et à ses successeurs; mais il semble oublier celles qui ont été dites aux Apôtres et à leurs successeurs. Nous prétendons qu'il ne faut jamais séparer ces paroles et ces promesses, si on veut se faire une idée juste de la vraie constitution de l'Église et du sujet complet de l'infaillibilité et de la souveraineté. Alors on arrive à la vraie notion de la vie , qui ne réside pas uniquement dans la tête , uniquement dans le corps ; mais à la fois dans la tête et dans le corps; dans leur action et leur réaction réciproques.

Par sa théorie, Mgr Manning est forcément conduit à attribuer au Pape l'infaillibilité séparément et en dehors du corps épiscopal réuni ou dispersé. Il veut que toute lumière, toute vérité, toute autorité résident dans le Pape seul et découlent uniquement de lui sur le corps épiscopal et l'Église. Il fait ainsi du gouvernement ecclésiastique une pure monarchie,

la monarchie la plus absolue qui fut jamais. Nous croyons avoir prouvé que l'Écriture, la tradition, l'histoire des conciles généraux contredisent ce système.

Mgr l'archevêque de Westminster parle toujours, ce nous semble, comme si la souveraineté absolue et l'infaillibilité personnelle et séparée du Pontife romain étaient un dogme de la foi catholique? A-t-il trouvé ce dogme dans les symboles, les professions de foi, les catéchismes autorisés? Impose-t-il cette croyance à ceux de ses compatriotes qui veulent quitter l'hérésie et embrasser la foi catholique ? Nous ne pouvons le penser. Mais alors pourquoi, dans les discussions théologiques, procéder par des affirmations aussi absolues, aussi exclusives ?

L'illustre et pieux prélat ne peut contraindre personne, par les censures canoniques, à faire un acte de foi divine et catholique à un jugement apostolique, porté séparément et en dehors de tout concours, de tout assentiment du corps épiscopal.

Pourquoi cette règle ancienne , universelle de la foi ne nous suffirait -elle pas? Pourquoi vouloir changer la règle absolument certaine de la foi? En ébranlant cette règle, ne s'expose-t-on pas à ébranler la constitution divine, la constitution séculaire de l'Eglise? De quelle utilité peuvent être ces changements pour l'autorité catholique?

Quand la règle absolue de la foi est bien comprise et respectée, toutes les difficultés historiques, proposées par l'illustre archevêque, s'évanouissent, et on

se rend parfaitement compte de tous les actes des Souverains Pontifes.

Nous terminerons ces respectueuses observations par une dernière remarque que nous osons recommander d'une manière particulière à l'attention du vénérable prélat. Quand nous affirmons que le moyen le plus certain pour le Pape de donner l'infaillibilité à ses jugements dogmatiques; quand nous affirmons que la condition la plus certaine des jugements ex cathedra se trouve dans le concours et l'assentiment de l'épiscopat; nous ne faisons que répéter et traduire une déclaration solennelle du cinquième concile général : Sacerdotes decet communibus quœstionibus fidem communem importer e. . . Nec enim polest in communibus de fide disputationibus aliter veritas manifestariy cum unusquisque proximi adjutorio indiget 1 .

Ces paroles, nous l'avouons, ont pour nous une autorité supérieure aux systèmes des théologiens, quelque respectables qu'ils soient; et aux raisonnements que Ton peut faire sur les textes sacrés eux-mêmes.

Page 1