NOS CITATIONS
Ce n'est pas seulement la doctrine de notre livre qui a été critiquée. On a élevé aussi d'autres contes-
1 Labbe, Conc, t. V; Conc. Constant. Il, p. 562, 563.
tations contre nos citations. Nous pouvons dire que nous avons porté, dans cette partie de notre œuvre, toute l'attention dont nous sommes capable, et nos efforts n'ont pas été malheureux, puisque parmi des textes très-nombreux que nous citons, soit dans le corps de l'ouvrage, soit au bas des pages, on n'a pu nous opposer , malgré toute la bonne volonté qu'on y a mise, que quatre ou cinq critiques; et on va voir avec quel succès.
Déjà nous avons réduit à néant la plus importante, en apparence, de ces difficultés : celle que le R. P. Matignon, par une inconcevable distraction, a soulevée relativement à la bulle Dudum sacrum. Le journal l'Univers avait recueilli avec empressement cette critique et nous l'avait jetée à la face comme une injure1. Nous ne pensons pas qu'il ait envie de récidiver.
Une autre difficulté touchant l'approbation donnée à la lettre d'Ibas par le pape Yigile a été présentée dans lJ Univers du 18 octobre dernier, par un écrivain anonyme. Elle se trouve complètement éclaircie parles textes mêmes que nous avons cités plus haut, en répondant au R. P. Matignon. Il n'est pas nécessaire d'y revenir.
Le même écrivain anonyme nous reproche2 d'avoir omis, dans une citation de Sozomène, des paroles par lesquelles l'historien semble affirmer que la controverse touchant la divinité du Saint-Esprit avait été terminée par le jugement de l'Église romaine : ut
1 L'Univers du 23 octobre 1869.
2 L Univers du 4 8 octobre 1869.
pote controversia judicio Romance Ecclesiœ terminata. Mais les paroles qui suivent immédiatement donnent le vrai sens des premières : Sozomène se borne à dire, non pas que la question fût terminée d'une manière absolue et irréfragable, mais qu'elle paraissait terminée : eaque quœstio finem tandem accepisse videbatur. Voilà pourquoi nous n'avions pas cru nécessaire de rapporter les premières paroles1.
Le même anonyme s'applique surtout à trouver nos citations en défaut relativement au fait d'Honorius2.
Il nous blâme d'abord d'avoir appelé Honorius hérétique, lorsque nous ne faisons que répéter le langage du sixième concile général, et du pape Adrien II : Honorio hœretico anathema 3 . . . fuerat Honorius super kœresi accusaiuSj dit le pape Adrien II4.
Notre critique surtout ne peut souffrir que nous rangions Honorius parmi les hérésiarques. Mais c'est le sixième concile qui le range à cette place, non point, il est vrai, à titre de premier inventeur de l'hérésie monothélite, mais comme son principal fauteur5.
L'écrivain anonyme fait tous les efforts imaginables pour amnistier cet infortuné Honorius. Si nous affirmons que les Papes successeurs de saint Léon II si-
1 Dit concile géîieral et de la paix religieuse, t. I, p. 4 65.
2 VUnivers des 48, 20, 22 octobre 1869. 3Labbe, Conc, t. VI, p. 1009.
4 Labbe, Conc, t. VIII, p. 1091.
5 Du concile général et de la paix religieuse, t. I, p. 290, voir le texte.
gnaient, avant leur intronisation, une profession de foi où ils condamnaient Honorius avec les autres hérétiques, on nous dit qu'Honorius n'était condamné que pour avoir donné un aliment à l'hérésie. Ainsi un Pape qui donne un aliment à l'hérésie n'est pas hérétique! Et on nous accuse d'avoir fait un contre-sens de traduction, lorsque nous n'avons rien traduit1 !
Mais, au moins, dit-on, pour le plaisir d'accuser Honorius d'hérésie, nous avons pris pour le texte original d'une lettre de Léon II à l'empereur Pogonat, un texte qui n'est qu'une traduction; or, il se trouve que le texte original est moins accablant pour Honorius que la traduction latine2.
Remarquons d'abord que le texte latin est donné par Labbe, et certes l'autorité de ce savant vaut bien celle de notre critique : Anathematizamus . . . Honorium, qui hanc Aposlolicam Ecclesiam non apostolicœ tradilionis doctrina lustravit, sed profana proditione immaculatam fidem subvertere conatus est*.
Or, il est bon d'observer que le latin doit l'emporter ici sur le grec, parce que le grec n'est qu'une traduction faite sur l' original écrit en latin. Le texte latin porte en effet pour titre : Exemplar relationis missœ a Leone sanctissimo , etc., tandis que le grec ne nous est donné que comme une Relation qui reproduit la copie envoyée par le pape Léon, etc. (Avuypawi
1 Du concile général et de la paix religieuse, t. I, p. 292. Voir l'Univers du 18 octobre.
2 L'Univers du 20 octobre.
3C(mc, t. VI, p. 4017.
avac^opà aodeïra. 7iapà AeWoç, etc.). Il n'était pas dans les habitudes des Papes d'écrire en cette langue aux empereurs de Constantinople.
Quoi qu'il en soit, le censeur a recours au texte grec et il y trouve ce qui suit : « Nous anathématisons de même Honorius, qui, au lieu de s'appliquer à purifier cette Église par l'enseignement de la doctrine des Apôtres, laissa souiller cette doctrine immaculée par une trahison profane. »
Or, même en acceptant ce texte comme primitif, il n'en est pas moins vrai que, d'après le pape saint Léon, Honorius n'a pas purifié l'Église romaine par V enseignement de la doctrine des Apôtres. Il a cependant donné un enseignement : on le sait par ses lettres, et on sait aussi que cet enseignement ne renferme pas la doctrine des Apôtres. Que renferme-t-il donc, puisqu'il a laissé souiller cette doctrine immaculée par une trahison impie? Cette trahison n'implique-t-elle qu'une négligence de la part d'Honorius? Le critique le dit, mais il ne peut le soutenir qu'en laissant de côté beaucoup de textes qui renversent son assertion.
Il est vrai que notre censeur a fait une découverte. Laissant de côté la première partie du texte, il introduit dans l'autre partie ses propres interprétations, et il y trouve qu' Honorius a laissé seulement, par son imprudence et sa trop grande crédulité^, Sergius souiller la foi. De tout cela, Léon ne dit rien. Ce Pape reproche à Honorius d'avoir laissé souiller la doctrine de la foi par un enseignement qui était opposé à la doctrine apostolique. Nous ne voyons pas que cette
manière d'envisager le texte change en rien la situation d'Honorius.
Croirait-on que le besoin de justifier Honorius pousse notre censeur jusqu'à prétendre que la lettre de Sergius à Honorius , cette lettre qui est la source même de l'hérésie monothélite, cette lettre si sévèrement condamnée par le sixième concile général et par les conciles suivants et par les Papes, était orthodoxe 1 !
Pour soutenir cette thèse , ne faut- il pas avoir perdu tout sentiment de respect envers l'autorité de l'Église ? Que le lecteur prenne la peine de relire encore, dans notre premier volume2, la sentence du sixième concile; et qu'il prononce!
Gomment des hommes respectables et pieux peuvent-ils être conduits à cet oubli des plus saintes et des premières règles de la foi ? L'esprit de système explique tout. Il faut à tout prix prouver qu'Honorius n'était pas hérétique. Or, il a reçu la lettre de Sergius; il l'a approuvée; il a ordonné à Sergius de continuer à enseigner ce qu'il enseignait. Pour sauver la foi d'Honorius, il est donc nécessaire de soutenir que la lettre de Sergius était orthodoxe; et on le soutient, sans s'inquiéter si cette coupable assertion n'est pas une blessure portée à la foi, et une injure à la sainte autorité des conciles généraux et des Papes !
1 L'Univers du 20 octobre.
2 Du concile général et de la paix religieuse, t. I, p. 290.
On insiste cependant, et on ose dire qu'Honorius, par des paroles ambiguës que nous n'avons pas cru nécessaire de reproduire, ordonnait expressément à Sergius de prêcher deux volontés en Jésus-Christ : Hœc nobiscum vestra fraternitas, prœdicet sicut et nos una vobiscum unanimiter prœdicamus, hortantes vos ut unius vel geminœ vocis inductum operationis vocabulum aufugientes, unum nobiscum^ D. N. J. C. Filium Dei vivi, Deum verissimum , in duabus naturis operatum divinitus atque humanitus fide orthodoœa etunitate catholica prœdiceiis ! .
Pour voir dans ces paroles équivoques le dogme catholique des deux volontés en Jésus-Christ , il faut oublier tout ce qui précède dans la première lettre d'Honorius; il faut oublier la seconde lettre, où se trouve la négation expresse des deux volontés; il faut ignorer que les monothélites ne faisaient aucune difficulté d'admettre Y unité du Christ agissant en deux natures; sans confesser pour cela les deux volontés et les deux opérations2.
Mais notre censeur reconnaît sans doute la faiblesse de cette apologie d'Honorius, puisqu'il a recours à un nouveau système pour défendre ce malheureux Pape3. Ce système consiste à dire que les lettres d'Honorius n'avaient aucun sens hérétique en 630, c'est-à-dire lorsque Honorius les écrivit; mais
1 Labbe, Conc., t. VI, p. 928 et suiv.
2 Du concile général et de la paix religieuse, t. I, p. 287 et suiv.
3 L'Univers du 22 octobre 4 869,
qu'en 680, par l'abus que les sectateurs de Sergius en avaient fait, elles avaient été détournées de leur sens naturel, et que le concile les condamna dans un sens qu'elles n'avaient pas d'abord, et qu'Honorius n'avait pas voulu leur donner l .
Ainsi des lettres orthodoxes en 630 étaient devenues hérétiques en 680 ! Et le sixième concile condamna comme entièrement conformes à l'hérésie, comme confirmant des dogmes impies, les lettres orthodoxes d'un Pape, parce que les hérétiques en abusaient! Et il flétrit la mémoire de ce Pape, comme organe du démon! Et deux autres conciles généraux, et vingt Papes reproduisirent les mêmes anathèmes, perpétuèrent les mêmes iniquités !
On voit sans doute que ce nouveau système revient à celui du R. P. Matignon. Nous lui opposons les mêmes protestations , et nous déclarons sans hésiter qu'une cause qui se défend par de pareils moyens est à jamais perdue.
Dans une quatrième lettre , l'écrivain anonyme dont nous réfutons les objections, abandonnant la critique de nos citations, affirme que, selon notre opinion, il y a eu toujours appel des jugements apostoliques à l'autorité souveraine des évêques assemblés. Jamais nous n'avons dit pareille chose. Nous avons établi, au contraire, que les controverses dogmatiques pouvaient être et avaient été plusieurs fois terminées sans appel à l'autorité des conciles généraux,
1 L'Univers du 1er novembre 1869.
qui ne sont pas simplement des assemblées d'évêques, puisque le Pape est toujours à leur tête.
Notre censeur, qui ne s'applique pas à donner une idée exacte de la doctrine de ses adversaires, présente ensuite sa théorie de X examen conciliaire des décrétâtes pontificales. Il affirme que la liberté que les conciles ont prise de discuter les décisions des Papes repose sur la permission que les Papes ont donnée aux évêques d'examiner leurs jugements et d'approuver leur doctrine.
Ainsi la judicature épiscopale, dans les conciles généraux , n'a été qu'une concession gracieuse des Souverains Pontifes!
Le théologien qui se permet une pareille assertion donne la mesure de ses connaissances théologiques et historiques, comme de la sagacité et de la justesse de ses critiques. Si cette explication était fondée, elle n'aurait pas échappé à la pénétration des écrivains qui, comme le R. P. Matignon, se sont donné tant de peine pour faire accorder la judicature épiscopale avec la souveraineté absolue et l'infaillibilité séparée du Pontife romain. Nous invitons le théologien de r Univers à relire les actes des conciles généraux, à peser avec soin tous les faits relatifs à l'examen des jugements des Papes. Il y trouvera l'explication des textes qu'il met en avant et que nous avons cités et expliqués nous-même pour la plupart1. Un seul fait d'examen libre et dubitatif des constitutions pontificales par un concile général ren-
1 Du concile général el de la paix religieuse, 1. 1, liv. n et m.
verse toute la théorie de notre théologien. Or ce caractère de liberté est écrit, en traits ineffaçables, dans tous les actes des conciles généraux. En procédant à cet examen libre, les conciles généraux étaient dans leur droit, ou ils étaient rebelles : choisissez.
Pour terminer ce qui regarde nos citations , nous avons un mot à dire d'une omission qu'on nous a reprochée1.
En parlant de l'acceptation de la bulle Vineam Dominij par voie de jugement, de la part de l'assemblée du clergé français, nous n'avons pas mentionné le bref que Clément XI adressa à cette assemblée en 1706, pour blâmer ses opérations et sa conduite. On suppose charitablement que nous ne connaissons pas l'existence de ce bref. Et cependant nous avons cité la célèbre lettre de Fénelon au cardinal Gabrielli, par laquelle il justifia l'assemblée de 1 705 et calma l'émotion qui s'était élevée dans l'âme du Souverain Pontife2.