MESSIEURS LES JOURNALISTES
Quand notre ouvrage parut, le 1 5 septembre dernier, il fut accueilli d'abord avec une certaine faveur
1 L'Univers du 24 octobre 4869.
2 Du concile général et de la paix religieuse, 1. 1, p. 529, 530.
par une partie de la presse religieuse, qui, depuis, lui est devenue violemment hostile. Tout en faisant des réserves, le rédacteur en chef de V Univers écrivait ces mots : « A notre avis , ce livre médité , qui rassemble sous un nom sérieux et honorable toutes les idées d'une école souvent difficile à saisir, vient bien à son heure. Il provoque l'examen dans un moment où il ne peut qu'être utile, devenant décisif1 ». Les blessures que M. Veuillot a voulu nous faire depuis n'effaceront pas cçs lignes de notre mémoire.
Nous ne faisons pas ici l'histoire de notre livre, et nous n'avons pas à raconter comment il a été apprécié par les divers organes de la presse quotidienne. Chaque écrivain a jugé notre livre au point de vue particulier de ses doctrines, ou du parti auquel il appartient. Mais si nous ne pouvons pas souscrire à tous ces jugements, nous voulons du moins exprimer publiquement notre reconnaissance à tous les écrivains qui ont bien voulu donner à notre œuvre une attention sérieuse.
La presse qu'on appelle ultramontaine a dû particulièrement s'occuper de notre livre. C'était son droit; et des discussions loyales pouvaient être utiles à tout le monde. Mais on a généralement porté, dans cette controverse, plus de passion que de science, plus d'injures que de raisons. Nous pardonnons les injures ; quant aux raisons, nous croyons les avoir discutées d'avance, en répondant aux théo-
1 L'Univers du 17 septembre 4 869.
logiens qui ont écrit contre nous dans les Études religieuses, dans la Civilta cattolica, dans V Univers luimême. Les honorables rédacteurs laïques de l'Univers et du Monde nous permettront de leur dire que tous leurs arguments ont été traités par des hommes avec lesquels ils ne prétendent certainement rivaliser ni de science, ni de logique, ni d'autorité. Nous les prions donc d'agréer que nous ne leur répondions pas directement. Nous avons sous les yeux la collection déjà volumineuse de leurs articles ' . Toutes leurs difficultés sur l'histoire des conciles généraux et la judicature épiscopale; tous leurs raisonnements pour démontrer que nous tendons à subordonner la papauté à l'épiscopat, et à faire de l'Église une république aristocratique ; toutes leurs inductions pour établir que nous rendons, dans certaines circonstances , la foi des fidèles douteuse ou impossible; toutes leurs colères contre certains souvenirs de l'histoire ecclésiastique ; toutes leurs invectives contre la périodicité conciliaire; enfin tous leurs efforts pour nous acculer à des doctrines déjà condamnées; toute cette polémique, disons-nous, se trouve déjà réfutée par ce qui précède. Ils n'ont pas mieux dit, ils ne diront pas mieux que les écrivains avec lesquels nous venons de soutenir une controverse en règle.
Qu'il nous soit donc licite, pour le moment, de
1 Voir l'Univers des 11, 16, 21, 28, 31 octobre, 5 novembre, et le Monde des 13, 14, 23, 29, 31 octobre et 8 novembre 1869.
prendre congé des théologiens laïques de l'Univers et du Monde.
Il est cependant un point qui demande peut-être quelque éclaircissement, parce qu'il n'a pas été abordé , jusqu'à ce jour , par les graves théologiens avec lesquels nous sommes entré en lice. Plusieurs fois, dans le journal l'Univers, on a soutenu, d'abord avec quelque hésitation, ensuite avec plus d'assurance, que la doctrine professée durant de longs siècles par le clergé français sur les rapports de l'épiscopat avec la papauté, n'est pas libre et qu'elle est condamnée par des actes pontificaux.
Nous ne voulons pas entrer aujourd'hui dans le fond de cette controverse, qui nous a paru traitée jusqu'ici d'une manière légère, ou passionnée, par nos adversaires : nous nous contenterons de présenter au lecteur quelques observations de bon sens.
S'il faut admettre que la doctrine généralement professée par le clergé français de tout temps, en particulier depuis le concile de Trente et pendant les dix-septième, dix-huitième siècles et la première moitié du dix-neuvième, n'est pas libre, est condamnée; il faut aussi admettre que toutes nos congrégations enseignantes , que tous ou presque tous nos évêques et nos cardinaux, jusqu'au pontificat de ce martyr de la charité que nous avons tous connu, aimé, vénéré, Monseigneur AfFre, ont professé des doctrines flétries par le Saint-Siège; et cela au vu et su du Saint-Siège lui-même, qui approuvait ces congrégations enseignantes, qui instituait ces évêques, qui
élisait ces cardinaux. Voilà un fait que n'expliqueront jamais suffisamment ni la bonne foi des errants, ni la tolérance du Saint-Siège.
Ajoutons que la liberté d'un concile général, et dans sa préparation et dans ses débats , ne connaît point d'autre règle absolue que l'Écriture, la tradition et l'enseignement de l'Église, qui comprend celui des Souverains Pontifes.
Quant à nous, nous avons déclaré plusieurs fois que nous ne voulions point être solidaire de la déclaration de 1 682 , ni même de la forme des propositions qu'elle contient. Nous ne sommes responsable que de notre livre et des doctrines qu'il propose , et nous sommes prêt à prouver que ces doctrines sont à l'abri de toute censure.
Un dernier mot à nos adversaires. On nous annonce qu'un homme d'esprit fait un livre pour nous réfuter par nom-même^ et pour prouver que nous sommes en perpétuelle contradiction avec nousmême. Ces jeux d'esprit ne nous font pas peur. Poulies déjouer, il suffira, nous le croyons, d'un appel à l'attention de nos lecteurs.