IX
Le Pape Adrien [ envoie aux Pères du VIII oncile œcuménique, en 86 e formule à sous- Concile æcuménique, en 869, une formul crire, dans laquelle il est dit:
Que “Les Pontifes Romains avaient toujours gardé la foi catholique sans tache d'hérésie ? C'était clairemeut affirmer que pas un Pape, et Honorius non plus que les autres, n'avait été hérétique, ou condamné comme hérétique.
Que firent donc les Pères? Tous, au nombre
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de 102, signèrent la formule, et lasignèrent sans réclamer ni protester. Bien plus, Photius, qui était présent, l’intrus Photius, cet ennemi déclaré de l'autorité Pontificale; cet homme, profondément versé dans la connaissance des Conciles généraux, qui n'avait qu’un mot à dire pour stigmatiser le Siège Apostolique ; qu’à rappeler, qu’à montrer, dans les actes du VIe Concile, la condamnation d’un Pape comme hérétique, du Pape Honorius, ne le fit pas, ne dit pas ce mot, et se contraignit au silence, en voyant souscrire la formule par tous les Evêques du Concile.
Que conclure de ce silence, sinon qu'au neuvième siècle, et dans le VIITe Concile æcuménique, l'on croyait, l’on admettait, sans contestation, l'orthodoxie d'Honorius ? Comment expliquer autrement que pas un évêque, pas même le fourbe Photias, n'ait opposé à la formule du Pape Adrien le nom d'Honorius ? N’avaient-ils pas sous les yeux, les actes du VIe Concile ?
Ou bien, en effet, le nom d’Honorius n'était point dans ces actes parmi ceux des Monothélites ; ou bien, s’il y était inséré, Photius et les Pères, sachant que ce n’était que par fraude et falsification, personne d’entre eux n’osa s’en prévaloir, dans la crainte d’être publiquement confondu par les Légats Pontificaux.
Du neuvième siècle, passons au milieu du onzième.
Toute la tradition historique marche invariablement dans le même sens par rapport au fait d’Honorius. Partout ce Pontife est justifié.
Dans une lettre du Pape Léon IX, écrite à Michel Cérulaire, patriarche schismatique de Constantinople, on lit cette assertion :
“Que jainais Pontife Romain n'est tombé dans l'hérésie, mais, qu'au contraire, les Pontifes Romains L 14 1 L . x * Lt .
ont toujours confirmé cans la foi, leurs frères les Evêques.”
Michel Cérulaire, réfute-t-11 une assertion, si choquante pour ses prétentions audacieuses à la primauté dans l'Eglise ? Nullement. Cet homme qui poursuivait si ardemment l’œuvre impie de Photius, ce pairiarche, eavieux de flétrir les Pontifes de Rome, et qui plus tard, consomma le schisme d'Orient, n'oppose joint à Léon IX la condamnation d’un Pape, par le VIe Concile ?
C’est une accusation dont il ne parle jamais. Il couvre bien le Siége Apostolique d’injures et de caloranies ; mais d’'Honorius condamné comme hérétique, il n'en fait mention nulle part. Et pourtant, si ce fait eut été vrai, “il eut pu s'en faire une arme invincible, au milieu de ses luttes violentes contre Rome, aurait-il manqué l’occasion d’une si éclatante victoire ? Il était donc convaincu qu'Honorius n'avait point été condamné, et le regardait donc comme orthoxe.
Par conséquent, du onzième siècle au neuvième, du neuvième à la fin du septième, et puis de là, en remontant jusqu'au temps d’'Honorius, l'Orient et l'Occident ont toujours cru et attesté l’orthodoxie de ce Pontife.
C’est l’histoire qui prouve cette assertion : l'histoire, par les témoignages de cinq Papes dont deux avaient connu Honorius, et par les aveux diversement exprimés, de cent deux Evêques au VITTe Concile Œcuménique, et de trois
patriarches de Censtantinople,hostiles aux Papes ; l'histoire, par les lettres du. secrétaire même d'Honorius, par la parole et le martyre du St. Abbé de Constantinople, ct enfin par les actes du VIe Concile Général.
‘est ainsi que la tradition pure, sans fraude,
sans mensonge ni mutilation, transmet, par une
marche continue, à travers quatre cents ans, le grand fait d'Honorius, le fait de son orthodoxie.
St. Bernard, la gloire et l’oracle de son temps, arrive pour recueillir, au douzième siècle, cette incorruptible tradition. Il la confirme lui-même en déclarant, avee assurance, qu'on à toujours cru jusqu’à lui que les Pontifes Romains ne pouvaient faillir dans la foi; il la transmet intacte à St. Thomas d'Aquin qui la consacre, à son tour, par l'autorité de son génie; et depuis cet immortel Docteur, les trois grandes éccies de Théologie, la Thomiste, la Scotiste et la Moliniste, toutes, constamment unanimes sur la doctrine de l'infaillibité, l'ont apportée, sans tache, cette tradition, jusqu’à nous et jusqu'aux portes inviolables de l'auguste Concile du Vatican.
Enfin la cause est jugée.
L'histoire, depuis Honorius, a toujours dit que ce Pontife n'est pas hérétique.
Quelieest maintenant la valeur des arguments qu’on nous oppose ? Cest ce qu'il nous reste à examiner,
te Pére Gratry énumère toutes ses preuves ; il
les rapproche, les eondense et en ecmpte vingttrois.
Avant de les discuter en elles-mêmes, relevons d'abord quelques unes des méprises et des erreurs qu’elles renferment. Nous saurons mieux. tout de suite, combien il faut se défier de l’érudition historique de cei auteur, t combien on doit peu s’intimider soit des affirmations absclues et des assertions tranchantes, qu'il répète SaliS Cesse en sa faveur, soit des incriminations hasardées et des calomnies sans mesure, qu'il accumule contre les autres.
10. Au V paragraphe, vous dites. mon Père L oO £ * L] ? L - ?
avoir sous les yeux la profession de foi que les Papes faisaient avec serment aux sirième, septième, huitième et neuvième siècles, sur la condamnation d'Honorius par le V1 Concile. Comment les Papes pouvaient-ils faire cette profession de foi au sérième siècle et même durant tout le septième, puisx T À] Le LEE TR à Lu ' Q que ie VI Concile, d’où émane la condamnation, ne s'ouvrit qu'en 680, vers la fin du septième siècle ?
20. Dans le paragraphe VI, No. L, on lit ces mots : “Avant le seizième siècle, nul n’a Jamais nié qu'Honorius ait été condamné par le VI Concile’—Quoi! Le Pape Adrien I et le Pape Léon IX ne l’ont-ils pas nié, comme nous l'avons vu vlus haut, l’un au neuvième siècle. l’autre au onzième, par les termes implicites de leurs Lettres ?
50. Vous ajoutez au même endroit: “ Avant ce siècle, (le seiziéme), nul n’a jamais émis un doute sur l'authenticité des actes du VI Concile” —-Autre assertion fausse. Photius, du neuvième siècle et Michel Cérulaire, du onzième, vous réfutent par la conduite qu'ils tiennent en face des Lettres À postoliques,
40. Vous continuez ainsi : Depuis le seizième siècle, nul n’a jamsis tiré d'aucune poussière le moindre monuraent en faveur d’'Honorius.”— Troisième assertion fausse dar: le seul No. 1, qui est le début de toutes vos preuves. Car persnnne n’ignore ce que la critique moderne a tiré des lumières de l'histoire, pour mettre en évidence l’orthodoxie d’'Honorius. Nous en parlerons bientôt.
5o. Vous attribuez à Léon IT le Ziber Pontificalis dont vous parlez aux Nos. 16,17. 18.—C’est un anachronisme d’environ deux cents ans.—-Ce recueil, en effet, écrit au neuvième siècle, contient la biographie du Pape Léon IT qui mourut au septième.
Go. Dans le No. 21 vous faites le bibliothécairé Anastase, contemporain du Pape Agathon— Autre anachronisme non moins grave que le précédert, puisque Anastase est du neuvième siécle et que le Pape Agathon, sous lequel s’ouvrit le à VI Concile, est du septième. Mais vous vouliez à à tou: nrix avoir des témoins contemporains du Fi VI Concile Général. C’est pourquoi vous vous hâtez, au numéro suivant, de faire également rétrograder de deux siècles, Hincmar de Bheïms, l’un des év èques les plus célébres du neuvième siécle, et de le rapprocher d’Agathon, par Anastase.
Voici une chose tout-à-fait insidieuse.— Vous donnez à entendre, au paragraphe XII, avec une impitoy: able dureté d'expre ssions, que le Bréviaire n’a été corrigé, en 1830, que pour accréditer la Lettre du Pape Agathon.—N’ est-ce pas inoui d'en imposer ainsi à la bone foi publique, quand vous savez, mon Père, que ces Lettres,
celles qui servent de base à nos preuves, existent dans tous les ouvrages anciens, et qu’elles sont, par exemple, tout entières, quant à la substance, dans le savant Labbe qui mourut il y a plus de deux cents ans !
Voilà donc trois assertions fausses, trois anachronismes considérables et une insinuation odieuse ; en tout, trois grossières erreurs introduites, en quelques pages, par le P. Gratry, dans le grand fait d’Honorius.
Ce serait beaucoup dans tout un volume d’histoire ; c’est beaucoup trop pour les limites d’une simple lettre, et surtout d’une lettre ayant un but dogmatique, et tendant à renverser une doctrine incontestable.
Et pourtant, ce n’est pas tout.
Toute votre argumentation, mon Père, se groupe autour de quatre chefs: Le Bréviaire Romain, le Liber diurnus, les Lettres de St. Léon IL, et les Anathèmes des Conciles. Qu'on parcoure, en effet, attentivement vos vingt-trois allégations, on n’y trouvera rien autre chose.
Or, de ces quatre preuves, la première, ne prouve rien pour vous ; la seconde et la troisième prouvent contre vous, et la dernière, prise au pied de la lettre dans votre sens, est un attentat contre l’Eglise et contre les promesses de J. C.
Reprenons par ordre.
Le Bréviaire ne prouve rien pour vous.
Le Bréviaire est un livre a uguste et vénérable. C’est la prière, et la prière sacrée de l'Eglise. Ce sont les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Martyrs, les Pères, les Docteurs, les Justes ; c’est toute l'Eglise agenouillée avecJ. C. au pied du trône de Dieu. C'est l'âme de l Eglise s’élevant par ses soupirs, ses louanges, ses espérances et ses adorations jusqu'aux portes des Demeures Eternelles. Tout cela est vrai, mais à la condition que le Bréviaire soit approuvé par l'Eglise, ce que vous semblez avoir oublié, mon R, Père.
Il est encore vrai que d'anciens Bréviaires mettent le nom d’'Honorius, dans la leçon de St. Léon, parmi ceux de Sergius, Cyrus, Paul, etc. Que conclure de là en votre faveur ? Rien, absolument rien.
Vous citez des Bréviaires Romains de 1520 qui parlent d'Honorius, mais il y en a aussi, et de plus anciens, qui n’en parlent pas.
Pourquoi les vôtres auraient-ils toute l’autorité?— Vous ne prouvez donc rien par le Bréviaire.
Du reste, acceptons l’objection telle que vous la présentez, votre argumentation n’en reste pas moins sans force probante.
Car, les deux leçons de l'office du Pape St.
Léon LL, où Honorius se trouve parmi les hérétiques, ont été extraites du Liber Ponti ificalis ; et le Liber Pontificalis a été lui-même copié, en cet endroit, par le bibliothécaire Anastase, sur les Lettres du même Pape St. Téon.
Par conséquent, vos Bréviaires Romains de
1520 ne peuvent rien dire, rien prouver de plus que ces Lettres. Et nous verrons que celles-ci, supposé qu’elles ne soient point falsifiées, exigent que le terme d’hérétique, à l'égard d’'Honorius, soit restreint au sens particulier d'hérétique indirect, de fauteur d’hérésie.
Mais pourquoi, direz-vous, les Papes ont-ils laissé si longtemps subsister ce mot ? La réponse est facile.
Comme, à l’époque où vous vous reportez, il n'y avait point encore de Bréviaire authentiquement reconnu et adopté par Rome, personne ne pouvait attribuer à Rome, comme étant sa croyance, ce qu'elle ne sanctionnait pas.
Et quand bien même vous maintiendriez que les Bréviaires, sur lesquels vous vous appuyez, jouissaient d’une certaine autorité, vous ne feriez tout au plus que rendre plus évidente une chose que vous calomniez singulièrement dans l'Eglise Romaine, j'entends le respect profond qu’elle a toujours professé pour les textes, pour les manuscrits, pour les travaux et pour tous les monuments de l’antiquité. Sa conduite, sa sagesse sont de les couvrir de sa protection, même quand ils paraissent Jui être opposés, se contentant simpiement d'en. fixer la valeur et le sens, afin de leur ôter ce qu'ils ont d’inexact.
Qu'on se rappelle, par exemple, que chaque année on lit et on chante dans la Passion selon Matthieu, Jeremiam prophetam au lieu de Zachariam prophetam, rapportant ainsi à Jérémie ce qui est de Zacharie. (Matth. 27-9 ; Zach. 11,12). Il ne s’agit pas seulement ici d’un mot du Bréviaire, mais d’un passage de l’Ecriture, Et cette erreur matérielle est parfaitement connue. Quel
respect, de la part de l'Eglise, pour les textes que lui a transmis la main des siècles !
Toutefois, quand les circonstances le réclament; quand s'élève une hérésie qui veut se prévaloir d’une omission, d’une ambiguité ou d’une interpolation matérielle, alors l’Eglise, pour le bien des âmes, et afin de protester contre l'erreur, complète l’omission, enlève l’ambiguité ou efface l’interpolation. C’est ce qui est arrivé à l'égard de l'introduction du Æilioque dans le Creco, lorsque parut ihérésie des Macédoniens, et ce qui se vit, plus tard, relativement à la suppression du mot ÆHonorius dans les Bréviaires, à l’occasion des grandes hérésies des siècles derniers.
Voilà, mon Père, comment s'échappe de vos mains cette arme perfide que vous prétendiez découvrir dans un mot du livre sacré de la prière.
—Tout le monde voit assez que le Bréviaire ne prouve rien pour vous.
Le Liber diurnus, est contre vous.
Mettons-le en évidence.
Quelle thèse attaquez-vous ?—Celle de Monseigneur Deschamps, savoir, que si Honorius a été condamné, il re l’a été que pour négligence.
Et quelle est votre thèse ?—Qu'Honorius a été anathématisé, non pour négligence, mais pour hérésie for melle.
Tel est le débat entre vous et Monseigneur de Malines.
Or dans le Liber diurnus, à l'endroit dela Profession de Foides Papes,on ne lit pas : fuit hœæreticus, Honorius fut hérétique; on ne lit pas : Lœresim docuit, Honorius enseigna l’hérésie. Si ces mots y étaient, le Liber diurnus contiendrait votre thèse 2t serait pour vous.
Mais voici les termes de la formule : Fomentun L Je / A . * L impendit, où selon une autre édition : Silertium impendit, c'est-à-dire, Honorius a donné lieu par ses ménagements où pur son silence au développement du Monothélisme ; ce qui est exactement la thèse de Monseigneur Deschamps ; ce qui est pour lui et contre vous.
Autre chose est de donner lieu, par silence, par ménagement, au développement d'une hérésie ; autre chose de l’'enseigner formellement et dogmatiquement.
Saint Pierre, comme on le sait, avait favorisé, par ménagement ou par méprise, le Judaisme, et en cela, il fut repris par St. Paul. Mais pourraiton en conclure qu’il a formellement enseigné le Judaïsme ? L’oserait-on dire ? L’a-t-on Jamais dit? Non, jamais. S'il fut coupable, 1l est bien con stant qu'il n'a jamais failli duns la foi.
Il en fut de mêie pour Honorius. C’est en ce sens qu'en parle Monseigneur Deschamps, et c’est ce sens que vous attaquez.
Admirons, en passant, l'étonnante sagesse de Dieu dans la conduite de son Eglise. Par cette formule du Liber diurnus, les Vicaires de Jésus- Christ s'engageaient donc, par serment, non seulement à ne jamais professer l’hérésie, mais encore à ne jamais la tolérer par le mrindre ménagement.
N'est-ce pas digne de l'humilité etde la foi de
ceux qui se font gloire d’être les Serviteurs des Serviteurs de Dieu ?...…..
Fallait-il, mon Père, à cette occasicr, vous répandre en invectives contre ceux qui ne partagent point vos préjugés, vos sophismes et vos erreurs ? Fallait-il nous les présenter comme des hommes pleins de passion, quise précipitent avec une fougue aveugle, pour défendre Honorius; qui renversent sans discernement tout ce qui parait témoigner contre lui; bravent toute excommunication, et foulent aux pieds trois Conciles, et cinq Papes.
Quoi! vous prétendez soutenir une thèse et vous apportez en preuve ce qui détruit votre 4 thèse ! Fa
Voilà pour le Liber diurnus. Il est contre vous.
Passons aux lettres du Pape Léon IT.
Le Re PTS
Les lettres du Pape Léon 11 sont encore contre vous, et pour la même raison.
Ces lettres contiennent la thèse de Mgr. Deschamps et renversent la vôtre. Qu'on en juge par les textes.
On conserve une Lettre officielle du Pape St. Léon, II à l'Empereur Constantin Pogonat, et quatre du même Pape, aux Evêques d’Espagne, où au roi Erwig, toutes écrites vers la même époque, c’est-à-dire, presque immédiatement après la clôture du VI Concile Œcuménique.
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