RARES
Celle des deux autres qui fut envoyée aux Evêques exprime ainsi le motif de la comdamnation : Honorius n’éteignit pas la flamme naissante cle l'hérésie et la favorisa par sa négligence.
Celle qui fut adressée à Erwig présente le même motif : Honorius consentit à laisser maculer la foi immaculée.
Il n’est évidemment pas question, dans ces deux Lettres, d’hérésie formelle, mais seulement de connivence indirecte, de négligence; ce qui est, mot pour mot, la pensée de Mgr. Deschamps.
Mais voici que vous produisez la Lettre officielle de Léon IT à l'Empereur, et cette lettre, dites-vous, déclare: qu'Honorius s'est efforcé de renverser la foi immaculée,
—“ #Wefforcer de renverser la foi, ajoutez-vous c'est de l’hérésie agissante, effective et formelle. > — Par conséquent, la Lettre de Léon IT à l'Empereur est contre Mgr, Deschamps.
‘“ Vous le voyez, ajoutez-vous, la cause est complètement jugée.”
: [Test facile de se donner ainsi la victoire, De trois lettres, une seule parait vous être favorable, et déjà tout est jugé dans le sens de vos sentiments.
D'abord une décision si précipitée et si arbitraire n’est poiut légale. En outre, un vice essentiel l’annule totalement. Ce vice est dans un petit mot inséré dans votre texte, le mot s'est efforcé, sur lequel repose toute la force de votre argument. Malheureusement, c'est un mot falsifié.
Vous avez lu subvertere conatus est, il s'est cforcé de renverser. Et le Pape Grégoire XVI, qui avait à sa disposition les manuscrits de la
bibliothèque du Vatican, nous assure qu'il faut lire MACULARI PERMISIT, à! a laissé maculer la foi ; il l'a permis par sa négligence et ses ménagements; ce qui détruit d’un seul coup toutes vos espérances.
Car, des cinq Lettres ci-dessus mentionnées, deux d’entre elles gardent le silence sur la condamnation d'Honorius, et les trois autres s'accordent à dire que ce Pape n’était coupable que de négligence et de ménagement.
Allons plus loin et disons même aue toutes ces Lettres de St. Léon IT, intimement liées les unes aux autres, pourraient bien être falsifiées. Ce sentiment est assez probable.
Car l’une d'elles est adressée à un évêque Quirice, qui n'existait plus depuis trois ans.
Une autre fait assister au VI Concile, des Archevêques, Légats du Pape St. Léon, qui n’y figurèrent jamais. Ce n’est pas tout.
La même lettre, d’après les dates, est du Pape St. Léon, avant le Pontificat de ce Pape
En faut-il d'avantage pour jeter un doute sérieux sur l’authentique intégrité de ces Lettres ? Et n'est-on pas en droit de suspecter même la condamnation pour négligence ?
D'où provinrent ces falsifications? De celle es actes € ncile, comme S € s Pexdes actes du VI Concile, nous allons Pex pliquer.
Des quatre grands témoignages du R. Père Gratry, trois luisont donc déjà enlevés, et même, deux protestent contre lui.
Et le quatrième, celui qu'il tire des anathèmes prononcés par trois Conciles Œcuméniques, lui demeurera-t-11 plus ferme entre les mains ?....
Observons d’abord que, tout étant basé sur les actes du VI Concile, c’est celui-ci qu’il faut avant tout, considérer, puisque le même raisonnement s’étendra aux deux autres.
Voyons maintenant.
XVIT.
Les unuthèmes des Conciles, pris dans votre sens, mon R. Père, sont un attentat contre l'Eglise et contre les promesses de Jésus-Christ,
D'une part, le Pape Honorius est frappé d’anathèmes comme hérétique formel: toute votre argumentation, mon Père, ne tend qu’à le démontrei. Vous prenez dans leur sensrigoureux ces paroles : ‘ Anathème à l’hérétique Honorius” ; vous les répétez à dessein plusieurs fois; vous ne voulez pas vous arrêter à la pensée que peut-être elles sont interpolées par falsification, ou que le mot hérétique doit être pris ici, comme en beaucoup d’autres endroits de l’histoire, dans le sens restreint d'hérétique indirect, de fauteur d'hérésie, ce qui n'implique qu'une négligence. Vous ne voyez qu'une seule chose dans cette auguste Assemblée, c’est qu'on y brûle les Lettres d'Honorius ; vous n'y entendez qu'une chose, c’est qu'on y juge, qu'on y condamne, qu'on y foudroie un absent,
un Pape.
Donc, d’après vous, le VI Concile Général condamne le Pape Honorius comme hérétique actif et formel.
D'autre part, nous savons avec quelle impo-
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sante majesté les Pères, unis au Pape St, Agathon, déclarèrent qu'Honorius, non plus que les autres Papes, n’était jamais tombé dans l'erreur ; qu'Honorius, comme les autres Papes, avait même toujours 6t6 plein de zèle contre l'erreur ; qu'Honorius ne devait pas être enveloppé dans la condamnation qui frappait les hérétiques Cyrus, Théodore, Sergius, ete.
Nous avons même vu que les Pères écrivirent au St. Pontife, qu'ils n’avaient condamné que ce qu'il avait condamné.
Donc, d’après les actes du Concile, Honorius n’est point condamné comme hérétique.
Que résulte-t-il de Ià ?
Que le Concile condamne et ne condamne pas ur Pape. Qu'il dit, qu’il juge oui et non sur un même point, et sur un point qui touche immé:diatement à la foi, puisque cette condamnation doit fixer le sens des paroles si connues de Jésus- Christ: Tu es Pierre, ete. J'ai prié pour que tu foi ne fasse jamais naufrage. Pais mes agneaux , pais mes brebis, etc.
—Mais, dire oui et non sur un même point ; c'est se contredire, «est se tromper.
— Dire oui ci non sur un point qui touche à la loi; c'est se coutredire sur la foi, c'est se tromper sur la foi, c’est faillir.
— Or le VIe Concile acuménique représente l'Eglise. Quand il parle, c'est l'Eglise qui parle.
— Donc l'Eglise à failli en ce Concile.
Quoi ! l'Eglise faillir!......
Oui, si votre thèse est vraie, mon R. Père ; sil
pa ÿ #
est vrai, selon votre pensée, qu'Honorius ait été condamné comme hérétique formel et condamné comme lupe,
Vous n’échapperez pas à cette conclusion. Elle est logique et se déduit rigoureusement de toute votre lettre.
Mais ne voyez-vous pas quel criminel attentat Il s'ensuit contre l'Eglise ?
Ne comprenez-vous pas qu’en entassant, come me vous le faites, des anathèmes sur la tête d'un Pape, vous outragez, vous insultez, vous calomniez l'Eglise ?
Ne sentez-vous pas que vous lui Jetez l’opprobre au front et que, lui mettant l'erreur dans le sein, vous lui portez la mort dans l'âme ?
Vous voulez que le Concile ait anathématisé 1 , * A # ; un Pape; et voilà qu'aussitôt les éternelles et immuables promesses de Jésus-Christ s'évanouise sent devant les puissances de ténèbres, et que toute l'Eglise, frappée au cœur, est au fond des abîmes.
C’est donc vous qui foulez aux pieds les Conciles, les Papes, l'Eglise et la parole sacrée du
Fils de Dieu.
Pourtant, l’Eglise impérissable ne peut pas faillir. L'Eglise, où sont irrévocablement engagées la sagesse, la fidélité, la gloire du Tout-Puissant et les destinées du monde, ne peut pas quitter sa Voie, courir À sa ruine, nier d’une part ce qu'elle affirme de l'autre. Elle ne peut pas dire au VIe Concile Œcuménique : Le Pape Honorius est hérétique, et, le Pape Honorius est pas hérétique.
Or vous n'avez rien à reprendre aux Lettres de St. Agathon, solennellement acclamées par les Pères. Et personne ne l'a jamais fait.
Donc, il vous faut renoncer à votre thèse.
Et par suite, vous devez : — ou tenir pour suspects des anathèmes que la fraude des Grecs aurait bien pu falsifier, comme nous allons le voir ; —ouù reconnaître que le mot hérétique, à l égard d'Honorius, ne signifie pas hérétique formel, mais hérétique indirect, } fauteur d'hérésie, coupable de négligence envers l hérésie.
Le choix n est qu'entre ces deux partis, à côté du précipice où mène votre e Sy stème. Car tout ce que nous avons recueilli de documents, en faveur de l’orthodoxie de l’illustre Accusé, ne nous permet pas même de convenir qu'il ait été frappé d’anathème comme docteur privé.
Le second sentiment, celui de la condamnation pour négligence, adopté par Mgr. de Malines, embrassé par le Pape Grégoire XVI, par St. Liguori et la plus part des théologiens, se base sur une distinction relative au mot Lérétique, laquelle vous traitez d’arbitraire, et qui pourtant n’a rien d'étrange ni de nouveau.
Elle est reçue, approuvée, consacrée cette distinction, parce qu'elle à pour elle, l'autorité d'hommes savants, et de plus celle de l’histoire.
Bossuet, dans sa Défense (liv. 7, ch. 26), avoue, au sujet d'Honorius, qu'on condamne comme hérétiques, et les hérétiques proprement dits, et les simples fauteurs d'hérésie.
Noël Alexandre, Yun des Jansénistes les plus
érudits et les plus ardents de sa secte, fait la
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même observation, et confesse qu'Honorius n'a été condamné AE pour négligence, wt reum neglhgentie.
Le célèbre Bolgent prouve que cette manière d'envolopper, dans Ja même sentence, les fauteurs d'hérésie et les hérétiques formels est d’usage dans l'Eglise, et il ajoute qu'Honorius fut condamné “ parce qu'en imposant le silence sur
“ la question alors agitée, il favorisa l'hérésie.”
Tout cela s'accorde Parfaitement avec le / iber diurnus et avec les Lettres du Pape St. Léon.
Quant aux exemples, en voici :
Théognis et Eusèbe de Nicomédie, qui n'étaient ‘lénoncés que pour leur connivence avec Les Ariens. et plus tard, Théodoret, Jean et plusieurs autres, qu'on accusait seulement de n'avoir pas ouvertement combattu l’hérésie d'Eutychès, furent néanmoins frappés d’anathèmes, comme Aérétiques, les deux Premiers au Concile de Nicée en 525, et les autres au Concile de Chalcédoine en 451.
Il n’est donc ni ridicule, ni illogique,ni ahsurde, comme vous le prétendez, mon R. Père, d'envelopper sous le terme d’hérétique, en certain cas du moins, et les hérétiques proprement dits et ceux qui, par Ménagement ou par négligence, favorisent l’hérésie.
Jamais, sans d ute, où ne soutiendra que l’Aomicide soit le vol, Parce que les deux idées, qui répondent à ces deux mots, son: d’un ordre entièrement distinet. Mais il n’y a pas, entre fuuleur d'hérésie et hérétique, 1x même distance qu'entre vol et homicide.
L'exemple que vous nous Opposez est mal choisi et ne prouve rien,
Au reste, de solides raisons nous autorisent
A \ LA ë U MAT 4 même à révoquer en üoute l'authenticité des anathèmes et à croire qu'ils sont falsifiés.
C'était autrefois la pensée de Baronius et de Bellarmin, et c’est ce que soutiennent fortement, de nos jours, Tizzani dans ses Conciles généraux (1867), et le Père H. Colombier dans les Ætudes Religieuses des RR. PP. Jésuites, années 1869 et
Voici ces raisons :
lo. Non seulement le Pape St. Agathon ne condamne pas Honorius, mais encore il l’excuse de toute négligence et loue même l’ardeur de son zèle, Honorius n’a donc pas dû Stre condamné au VIe Cencile, même pour négligence.
20. On à constaté l'existence d'une fabrique de faux actes à Antioche et à Constantinople. On connait la rue et l'endroit précis de cette fabrique : elle était près de l'Eglise St. Jean-St. Phocas.
30. Les Grecs étaient si audacieux en fait de fraudes et de mutilations que, dans le VIe Concile Œcuménique,en face des Légats Apostoliques, Macaire eut la hardiesse de produire des textes falsifiés des Pères, et des actes du Ve Concile, et d'affronter l’indignation de toute l’assemblée qui plusieurs fois, se leva pour le confondre.
4o. Les Orientaux, voyant plusieurs de leurs Patriarches, et entre autres, quatre de Constantinople, sous les anathèmes du VIe Concile, durent être fortement inclinés à introduire frauduleuse-
meut le nom d’un Pape parmi ceux de ces Patriarches.
50. Ce qu'ils avaient coutume de faire, ce qu'ils durent être naturellement portés À faire, leur devint possible et même facile.
Car l'unique eremplaire des actes du Concile fut, après la mort de Constantin, en la possession du Patriarche Théodore qui s’y trouvait condamné. Ce Patriarche put donc altérer les actes, selon son bon plaisir. Le diacre Agathon, archiviste du Patriarche, et qui avait, de sa main, écrit les vrais actes, se prôtant aux fourberies de Théodore, supprima complètement ces actes dont il ne retint que les signatures authentiques. 11 leur en substitua de faux, et l'identité des écritures rendit la fraude comme impossible à reconnaître.
Quand il fallut rendre le volume à l'Empereur Justinien II, Théodore eut soin de ne faire lire en public que les passages non altérés.
Et toutes les copies qui parurent ensuite furent tirées sur ce texte falsifié.
Un enchainement si bien suivi de circonstances et de motifs, prouve combien l’on est fondé à croire que les sessions XIIT et XIV, où se trouvent les anathèmes contre Honorius, ont été interpolées et falsifiées.
Les auteurs de la fourberie, comme lobserve le Père H. Colombier, ne l’eurent pas plutôt comrise qu'ils cherchèrent à l’accréditer, en répandant au loin des copies clandestines, transcrites sur celle qui se conservait au palais pat:iarcal de Constantinople. Par suite de la confiance qu’inspirait le document, on y conforma toutes les pièces qui pouvaient s’en écarter, et surtout les