LES GROUPES
C'est dans cette liberté que les travaux du Concile commencèrent. Vite on distingua les groupes principaux qui se formèrent suivant l'attitude prise par les prélats au sujet de l'infaillibilité pontificale.
Les partisans d'une définition immédiate de l'infaillibilité, les infaillibilistes, auxquels on donna le nom d'ultramontains, se groupèrent autour de Mgr De champs, remarquable par l'ardeur de son patriotisme et la vivacité conquérante de son zèle apostolique. Mgr Manning, archevêque de Westminster, le cardinal Cullen, archevêque de Dublin, Mgr Pie, de Poitiers, auxiliaire actif de Mgr Dechamps, Mgr Plantier, de Nîmes, Mgr Raess, de Strasbourg, Mgr Martin, de Paderborn, Mgr Senestréy, de Ratisbonne, Mgr Spalding, de Baltimore, furent les principaux représentants de ce groupe.
Les évêques opposés à la définition immédiate de l'infaillibilité formèrent d'abord plusieurs groupes. On les voit désignés dans les documents contemporains par le nom d'antidéfinitionnistes ou d'antiinfaillibilistes. Leurs adversaires les appelèrent souvent les libéraux, les gallicans, ou encore les opposants. Veuillot créa à propos de ceux qui, sans nier l'infaillibilité, contestaient l'opportunité de sa définition, le mot d'opportunistes, qui depuis a passé dans la langue politique.
Les Français qui suivaient cette ligne se réunirent chez le cardinal Mathieu, archevêque de Besançon. Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans, et Mgr Darboy, archevêque de Paris, « qui tenait plus de Richelieu que de saint Vincent de Paul», furent les membres les plus influents de ce groupe. Presque tous acceptaient le dogme de l'autorité infaillible du pape, mais ne croyaient pas opportun de le définir, au moins immédiatement.
Les « opposants )) allemands, qui allaient plus loin généralement que les Français et dont quelquesuns mettaient en doute la doctrine même de l'infaillibilité pontificale, reconnaissaient pour président le cardinal Schwarzenberg, archevêque de Prague. Les plus marquants parmi eux étaient Mgr Héfélé, évêque de Rottenbourg, « esprit vigoureux qui frappe sur les faits comme un for-
l'historique de l'infaillibilité 59
geron sur l'enclume )), Mgr Haynald, archevêque de Colocza, Mgr Rauscher, archevêque de Vienne. Mgr Strossmayer, évêque de Diakovàr, vicaire apostolique de Serbie, représentait l'éloquence. Il ne se donna jamais comme un théologien ni comme un philosophe, mais comme un tacticien de l'apostolat catholique. (( Si j'ai combattu résolument le projet de définition du dogme de l'infaillibilité, disait-il plus tard, ce n'est pas que j'eusse, comme Dœllinger ou Héfélé, la moindre objection contre ce dogme; ce n'est pas que j'eusse peur, comme Dupanloup, de provoquer inutilement et d'irriter ce que l'on appelle l'esprit moderne. Non; je ne me plaçais qu'à un point de vue, qui a dirigé ma vie, le développement de la nation slave, qui est à sa période de formation et que j'avais peur de voir gênée par une centralisation excessive. )) Ce développement de la nation slave avait dans son esprit une portée considérable : l'union des églises.
Un quatrième groupe fut qualifié de groupe du tiers-parti, parce que, moins vivement opposé à la définition que les amis de Mgr Dupanloup et du cardinal Schwarzenberg, il la poursuivait avec moins d'ardeur que les amis de Mgr Dechamps. Il était présidé par le cardinal de Bonne chose, archevêque de Rouen, et comptait parmi ses mem-
bres Mgr Guibert, archevêque de Tours, iMgrI Lavigerie, archevêque d'Alger, Mgr Bernadou, archevêque de Sens, Mgr Forcade, évêque de Nevers.