L AUTORITÉ SOCIALE DU PAPE
règles ordinaires de la dynamique sociale, comme elle agit et se prolonge indépendament de la valeur personnelle de celui qui la détient, de son influence immédiate, des circonstances de temps ou de lieu. Les plus éclatantes victoires sociales de la Papauté ont été remportées souvent par les papes les plus humbles, les plus faibles, parfois après leur mort et par leur mort, toujours sans aucun appareil de force matérielle ou politique.
Saint Pierre, ignominieusement crucifié comme son Maître, a vaincu César, César-roi et Césardieu, aussi sûrement que saint Léon, armé de sa seule faiblesse, a fait reculer Attila. Boniface VIII, souffleté par les soudards du roi de France, a vaincu d'avance le gallicanisme, aussi complètement que HiLDEBRAND, le fils du charpentier, trahi comme son Maître par un clergé simoniaque et corrompu, a réformé l'Église et terrassé l'Empire, l'Empire orgueilleux et triomphant, plus encore que le monarque agenouillé dans un trop court moment de repentir. Pie VII, prisonnier de Napoléon, a vécu pour donner asile à la mère, aux frères et aux sœurs du tyran en exil. Pie IX, prisonnier de la Révolution, l'a marquée au front du signe fatal de la Bête, aussi sûrement que Benoit XV, vivant ou mort, aura raison des pro-
phètes de la force brutale et des faux pontifes de la démocratie sans foi ni loi.
Le Pape a vaincu et le Pape vaincra, le Pape a régné et le Pape régnera, parce que sa force et son autorité viennent de Dieu et que Dieu se rit des calculs de la sagesse humaine, des armes de la force humaine.
Le Pape remporte ses victoires dans la faiblesse, dans l'ignominie, dans la mort, comme le Christ a vaincu Satan, le monde et le péché, à l'heure même oij il expirait sur la croix, blasphémé par la démocratie, haï par l'aristocratie, moqué par la monarchie, délaissé même par les siens, y compris le premier des papes.
Vous êtes-vous parfois arrêté à cette pensée angoissante : pourquoi Notre-Seigneur a-t-il permis le reniement de saint Pierre ? Pourquoi a-t-il voulu que le premier chef visible de son Eglise donnât cet effroyable scandale de lâcheté, d'ingratitude, d'apparente apostasie, lui, le disciple d'élection, si bon, si confiant, si plein de foi, d'amour et de courage, avant comme après son unique défaillance ?
Aux raisons d'ordre moral qu'on apporte habituellement — châtiment de la présomption de saint Pierre, nécessaire humiliation, etc., — je me per-
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mets d'en ajouter une autre, dans l'ordre de la thèse que je soutiens en ce moment.
N'est-ce pas que Notre-Seigneur a voulu démontrer, d'une manière saisissante, que l'autorité morale du Pape, aussi bien que son infaillibilité doctrinale, ne tient nullement à la sainteté de l'homme, non plus qu'à son intelligence, à son courage, à sa science ?
En tout cas, tout au long de l'histoire de l'Eglise, le miracle se répète; et l'on assiste à cet étonnant spectacle d'une fonction qui subsiste, d'une autorité morale qui ne baisse jamais, ni en puissance, ni en excellence, en dépit des faiblesses, des crimes même, de ceux qui l'exercent.