‹ Le Pape infaillibleChapitre 28 sur 37 · COMPLICITÉ DES NATIONS CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

COMPLICITÉ DES NATIONS CATHOLIQUES

Au moment même où l'hérésie lève sa tête mena- Ifante, où elle ébranle les trônes, déchaîne la guerre civile et menace tout l'ordre social, que font les nations catholiques ?

! Venise, puissante encore par sa flotte et ses richesses, mais jalouse à la fois du Pape et de l'Empereur, Venise fait alliance avec le Grand Turc et entrave les inlassables efforts du Saint- Siège pour rallier les nations chrétiennes autour de la Croix contre le Croissant.

L'Espagne profite des embarras de la Papauté jXDur agrandir ses possessions en Italie. Elle laisse même, un moment, ses hordes de mercenaires luthériens, sous le commandement d'un Français deux fois traître, le connétable de Bourbon, saccager la capitale du monde chrétien et renouveler les exploits des Goths.

Et la France, la France qui, tout au long des luttes du Sacerdoce et de l'Empire, avait prêté son bras au Saint-Siège, mérité glorieusement son titre de fille aînée de l'Église et gagné dans l'esprit de tous les peuples un juste renom de probité, de droiture et de générosité, la France suit obstinément la courbe fatale de la politique inaugurée par Philippe le Bel. A l'intérieur, tout en résistant à l'officielle intronisation de l'hérésie, ^ elle permet à ses légistes et à ses évêques courtisans d'amoindrir l'autorité du Saint-Siège; elle laisse ses rois humilier le Pape; elle côtoie comme à plaisir le schisme et l'hérésie. A l'extérieur, avec François 1er, le (( roi-chevalier )), — et l'une des plus authentiques fripouilles qui aient jamais porté la couronne — elle inaugure cette politique de duplicité morale et verbale qui la conduira un jour au bord du tombeau et, pis encore, dans les bas-fonds de l'ignominie. Elle poursuit sans relâche le maintien de la puissance islamique et l'agrandissement des nations protestantes. Cette politique, explicable peut-être à l'heure où la monarchie austro-espagnole, avec Charles-Quint, menaçait l'indépendance et l'unité de la France, la monarchie française la maintient encore quand l'Empire

* Parfois même avec cruauté; à preuve, la Saint -Barthélémy et les Dragonnades.

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l'existé plus que de nom, quand l'Espagne est iésarmée, quand la Prusse, forte des complaisances "rançaises, entreprend avec succès de déplacer à ;on profit l'axe de la politique continentale, quand a puissance anglaise encercle déjà l'Europe et le monde. Cette politique antichrétienne et antinationale, ce n'est pas seulement celle des derniers Valois, pourris de vices; c'est celle des rois les plus glorieux de la France moderne, du plus grand peutêtre de ses hommes d'Etat, c'est la politique d'HENRi IV et et de Louis XIV, de Richelieu et de Mazarin. Elle trouve son expression la plus frappante dans le contraste entre les complaisances presque serviles de Louis XIV pour Cromwell, meurtrier de son oncle par alliance, précurseur de tous les assassins politiques de la monarchie, et ses rigueurs insolentes envers les papes Alexandre VII et Innocent XI.

guerre de trente ans; paix de westphalie

Qu'a valu à la France et au monde la nouvelle politique, la politique q///-anc/iie de l'autorité des Papes ?

Son premier fruit a été la guerre de Trente Ans, plus désastreuse à certains égards que la dernière guerre européenne; sa première expression diplomatique, la Paix de Westphalie, digne prodrome

des (( accords )) mensongers conclus à Versailles l'an dernier.

(( Les traités de Westphalie », au dire de certains docteurs de la Science laïque, « ont réglé le droit public européen jusqu'à la Révolution française ^ ». Il serait plus juste de dire qu'ils ont déterminé les situations de fait, jusqu'à la Révolution. L'esprit qui a inspiré ce chef-d'œuvre de la politique moderne n'a pas disparu dans la tourmente révolutionnaire. Il est plus vivant que jamais, il anime tous les gouvernements, toutes les nations l'acceptent ou le subissent : c'est l'esprit laïque, c'est la politique qui fait abstraction de Dieu dans les affaires du monde, qui met l'Eglise et le Pape en dehors du concert des nations. Suivons-en la trace dans l'histoire; relevons les jalons principaux dont elle a marqué la route du (( progrès moderne ».

En droit et en fait, qu'ont stipulé et obtenu les pacificateurs de l'Europe, en 1648 ? A quels résultats ont abouti leurs manœuvres ?

En fait, à la reconnaissance de l'islamisme, à l'abaissement des nations catholiques, à l'agrandissement des puissances hérétiques.

Reconnaissance de l'islamisme: — c'est-à-dire l'abandon définitif de la politique des Croisades, le maintien de la puissance ottomane en Europe, la

^ Lavisse et Rambaud, Histoire générale, t.v, page 579.

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création en germe du problème balkanique, ce foyer incandescent d'où tant de guerres sont sorties, y compris la dernière, ou plutôt la plus récente.

Abaissement des nations catholiques : — l'Autriche humiliée au profit des Protestants du Nord, puis l'Espagne succombant bientôt sous les coups alternatifs de la France et de l'Angleterre; la France elle-même, victorieuse, il est vrai, de l'Autriche et de l'Espagne, mais à quel prix ? Au prix de la menace prussienne, son oeuvre, son crime et son châtiment, gage futur de la puissance anglaise et de la tyrannie moscovite, qui l'ont conduite au bord de l'abîme. Enfin, le Portugal, livré en vasselage à l'Angleterre.

Agrandissement des puissances hérétiques : — Suède, Hollande, Brandebourg; déplacement de l'hégémonie impériale de Vienne à Berlin; portes grandes ouvertes à la conquête du monde par l'Angleterre, prélude de la domination universelle de l'or, du mercantilisme et du matérialisme le plus abject, dont l'Empire britannique et la République américaine se partagent aujourd'hui le plantureux exercice.

Du moins, cette paix boiteuse et immorale mitelle fin aux guerres ? Aux guerres dites (( de religion», oui; mais pour faire naître les guerres d'intérêt et les guerres d'équilibre : guerre de la Dévolution,

guerre de Hollande, guerre de la Ligue d'Augsbourg, guerre de la Succession d'Espagne, guerres de Pologne, guerre de la Succession d'Autriche, guerre de Sept Ans, guerre de l'Indépendance américaine; invasions des Turcs, martyre de la Pologne, menaçante expansion de la Russie ; — ■ voilà les fruits de choix de la Paix de Westphalie, récoltés dès avant la Révolution, en moins d'un siècle et demi'

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