‹ Le Pape infaillibleChapitre 31 sur 37 · L AUTORITÉ SOCIALE DU PAPE · texte numérisé non relu

L AUTORITÉ SOCIALE DU PAPE

les esprits et les cœurs restent fermés; la moisson blanchit, mais le grain ne mûrit pas, les greniers de Dieu restent vides.

Pourquoi, oui, pourquoi ? Pour plusieurs causes, sans doute, qui échappent à notre faible compréhension. Mais parmi ces causes il en est une, particulière à notre temps, qui ne saurait échapper à la conscience des peuples chrétiens, si les peuples, comm.e tels, avaient encore une conscience. Cette cause, c'est le scandale des Gentils.

Je ne parle pas ici du scandale individuel, du démenti infligé à la morale chrétienne par le spectacle dégradant des vices pratiqués par les Européens établis en terre païenne. Celui-là, il a toujours existé, à des degrés à peine variables. Je veux parler du scandale social, causé d'abord par l'apostasie des nations protestantes, puis par l'athéisme officiel ou déguisé de toutes les nations chrétiennes.

Ce scandale, il a commencé à porter ses fruits de mort le jour où les marchands de Hollande, pour s'assurer le monopole du commerce au Japon, marchèrent sur le crucifix et déchaînèrent la persécution contre les missionnaires catholiques et les florissantes chrétientés japonaises. En dépouillant la Hollande de sa flotte et de son commerce, l'Angleterre a recueilli ce honteux héritage, elle l'a

étendu à la mesure de ses appétits, elle en a systématisé l'exploitation, tout en adoucissant les méthodes. Elle ne provoque plus les païens à l'immolation des chrétiens; elle utilise les missionnaires de toutes les sectes — et parfois les missionnaires catholiques — au profit de son négoce et de sa politique. De là l'incertitude et la méfiance que cause dans l'esprit des infidèles cette multiplicité de prédicants qui se réclament tous du Christ, de ses lois et de sa morale, sans s'accorder sur le dépôt de la vérité, ni sur le fondement de leur propre autorité. De là surtout le ravalement des apôtres et des témoins du Christ au rang de commis-voyageurs et d'agents politiques.

La France elle-même, glorieuse héritière des œuvres apostoliques de l'Espagne et du Portugal, est entrée dans cette voie dégradante le jour où, déclarant la guerre à l'Eglise, à son magistère, à sa hiérarchie, à ses ordres religieux, elle a tout de même prétendu interdire ï exportation de l'anticléricalisme. Certains catholiques ont cru voir dans cet illogisme un reste d'hommage à l'Eglise. Il démontre au contraire à quel point le sens chrétien a disparu des cerveaux qui gouvernent l'Europe et fléchi dans la conscience des peuples même catholiques. Protéger les missions, tout en s'attaquant à la foi des missionnaires, tout en s'efforçant

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de tarir leur recrutement, de détruire jusque dans l'âme des enfants la croyance au Christ, à l'Église et au Pape; protéger les missionnaires, aux seules fins de servir les intérêts du négoce et les calculs de la politique, c'est à la fois la plus ignoble des exploitations et le plus odieux des blasphèmes. C'est le crime des vendeurs du Temple, châtiés par le Christ, si miséricordieux aux pécheurs, à coups de fouet et de malédictions.

Clairvoyants et logiques, les peuples d'Asie restent sourds à la voix des missionnaires parce qu'ils ne voient plus en eux que des agents de pénétration étrangère. Les missions protégées sont, à leurs yeux, le prétexte hypocrite et le moyen insidieux dont les nations soi-disant chrétiennes, apostates dans leur politique, se servent pour s'emparer de leurs richesses et de leurs territoires et les réduire à l'état d'esclaves ou d'ilotes.

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