FRÊLES ESPOIRS — À ROME PAR CANOSSA
D'aucuns se raccrochent à l'espoir que leur suggèrent de récentes tentatives faites par les gouvernements pour se rapprocher du Saint-Siège. Si l'on écoute les motifs invoqués, si l'on observe attentivement les attitudes, ces espérances s'évanouissent. Des nations séparées de l'Eglise, ces démarches ne signifient qu'une manœuvre politique. Leurs gouvernants veulent savoir ce qui se dit au centre d'informations le mieux renseigné du monde. Ils veulent utiliser à leur profit quelques-unes des multiples influences morales qui convergent au Vatican ou qui en rayonnent. De la part des nations catholiques, de la France en particulier, peut-on attendre davantage, si ce n'est le secret désir de son gouvernement de faire replacer le bâillon sur les lèvres épiscopales et sacerdotales, déliées par la rupture du Concordat ?
(( Nous irons à Rome sans passer par Canossa », se sont écriés avec arrogance les chefs de l'opinion française; et l'un de leurs subalternes s'est fait, ici même, l'écho fidèle de cette parole de défi. Cette impertinence en dit long sur les motifs du rétablisse-
ment de l'ambassade française au Vatican — rétablissement qui n'est pas encore accompli, du reste. Elle suffit à démontrer qu'il s'agit d'une démarche politique et non d'une conversion.
Et pourtant, si les nations chrétiennes veulent mériter les bienfaits de la paix et de l'ordre, il faut bien qu'elles fassent ce que tout chrétien doit faire pour que la grâce de Dieu renaisse en son âme : s'agenouiller, prier, se confesser, se repentir et recevoir le pardon de leurs crimes.
Henri IV ne fut vraiment grand, vraiment chrétien, vraiment impérial, que le jour où il ploya les genoux et inclina son front, non pas devant un hjmme, mais devant une autorité, supérieure à toute autre parce qu'elle vient directement de Dieu et garante de toute autre parce qu'elle seule peut commander à la conscience des peuples. Si l'empereur d'Allemagne était allé à Rome sans passer par Canossa, il n'aurait pas retrouvé sa couronne. Si son repentir eût été sincère, ou s'il fût resté fidèle à son serment, il aurait gardé la foi de ses peuples.