LES DROITS DES PÈRES DE FAMILLE
Une élucubration de M. Sixle-Quenin nous apporte la plainte d'un père de famille dont l'enfant âgé de onze ans, contre la volonté paternelle expressément signifiée, recevrait (par erreur ou malignité) une instruction religieuse dans un orphelinat de la guerre. Quele fait soit exact ou supposé, le malheureux député ne s'aperçoit pas que cette pièce corrobore la thèse du droit absolu de la famille, telle que l'ont soutenue ici M. Challamel, à VÉcho de Paris Barrés, au Sénat M. de Lamarzelle. Mais il faut admirer la rigueur avec laquelle on nous impose l'observation de ce principe : parce que l'enfant d'un « camarade » de M. Sixte Quenin, « conseiller municipal d'une commune de la Seine », aurait été l'objet d'une action religieuse dont le père n'eût pas voulu, on n'instituera pas de précautions contre cet abus, mais on établira violemment l'abus contraire : le régime de neutralité malveillante établi par le laïcisme d'État sera infligé à tous les enfants de tous les pères qui leur souhaitent une éducation religieuse. Ainsi décidait ce sultan qui, entendant dire à sa dame qu'elle avait été accrochée au passage par un ânier, voulait faire décapiter sur l'heure tous les Aniers de Bagdad.
Comme on peut abuser d'une religion, pas de reli-
gion! Les chroniques du despotisme oriental donnent seules idée de ce qui se passe dans ces cervelles d'oiseaux bornés et violents. Au lieu de chercher paisiblement entre représentants qualifiés des phiîosophies et dés religions existantes quelque moyen pratique de parer aux froissements et aux difficultés imputables aux plus hautes passions de l'esprit, au lieu de voir si un comité de braves gens animés d'intentions droites * ne pourrait pas veiller utilement à ces délicates affaires de conscienceet de sentiment, M. Sixte Quenin préfère se délecter l'imagination à <-alculer je ne sais quelle « vague anticléricale» qui serait née du prosélytisme catholique, mais que luimôme confectionne, monte et fignole avec amour, d'accord avec une poignée de gaillards de sa qualité, qui, jusqu'à présent, en ont vécu comme lui. Avant tout, ils comptent empêcher de tarir une source de revenus que M. Guesde appelait au Congrès d'Amsterdam, le 17 août 190 i, l'une des deux façons de « berner le prolétariat », l'autre ayant nom « la défense républicaine ».
Écrivant seul, je tiens la plume pour beaucoup. Chefs socialistes, on commence à en avoir assez de vous! Personne n'était plus résolu que nous ici à répandre sur le passé une cendre oublieuse qui efface les divisions. Mais il y aurait pis que de se diviser, ce serait de laisser régner une coterie essentiellement diviseuse usant de la paix qu'on lui laisse pour faire la guerre et, depuis dix-huit mois tournant tous les pouvoirs de son unité à diviser et à
■t. Le Secours National, par exemple.
dissoudre tantôt larméc, tantôt l'opinion publique, tantôt le gouvernement ou bien les trois choses ensemble.
Croyant avec Pascal cette vérité que, surtout en guerre étrangère, la paix intérieure est « le plus grand des biens », nous ne nous sommes pas souciés de leurs entreprises ni de leurs injures, et nous les avons laissés tranquilles aussi longtemps qu'ils ont voulu laisser à peu près tranquilles les parties essentielles de l'État armé. C'est à leurs nouvelles tentatives antinationales qu'ils doivent rapporter le châtiment dont ils se plaignent avec un comique si fort : car, somme toute, il ne consiste qu'à mettre sous leurs yeux leur passé.
")1 mai 1!)10.