LE FÉDÉRATEUR ALLEMAND EN BELGIQUE
Gomme nous le disions dès le dixième jour de la guerre, Guillaume II méritera le sobriquet de fédérateur : singe malheureux des rois de France qui fédéraient l'Europe autour de leur spectre, ce fédérateur à l'allemande aura réussi à réunir et à coaliser ennemis, concurrents et jusqu'aux simples indifférents contre lui.
C'est lui, disions-nous, qui a soudé la Russie à la
Serbie, la France à la Russie, la Belgique à la France, l'Angleterre à la Belgique, et nous prévoyions que son arrogante et grossière prétention allemande, Vhubris traditionnelle du Barbare germain sauraient bien extraire de la nature des choses, de la révolte spontanée du cœur humain de nouveaux alliés en armes, écœurés de ses insupportables provocations. Nous n'osions pourtant pas prévoir que ce parfait Syndic de-la Nation et de l'Histoire allemandes finirait par se mettre à dos le catholicisme et l'EgJise. C'est ce qu'il vient de faire en Belgique. C'est à ce résultat que tendent ses fureurs de Malines, véritables aveux d'une complète brutalité d'esprit, d'une absence d'âme parfaite.
Parce qu'on le lui a dit, parce qu'il l'a lu dans les livres, Guillaume II croit savoir suffisamment que l'Église est une puissance : pour correspondre à celte notion, les émissaires de sa diplomatie ont tenté d'infester les pays catholiques et de souiller de leurs mensonges jusqu'aux degrés du Vatican. Mais en même temps, et sans que la contradiction soit sensible à son esprit teuton, cet empereur des Boches se figure qu'il lui sera loisible de mettre des sentinelles dans les églises belges, d'y contrôler les prédicateurs et de s'opposer par la force matérielle, ici tout à fait vaine, à la propagation du chefd'œuvre de lucidité intellectuelle, de courage civique et de véracité sacerdotale que l'archevêque de Malines, primat de Belgique etj)rince de l'Église, vient de lui jeter au visage!
Le fédérateur allemand ne s'est pas douté que, même d'un point de vue très strictement humain, il
2i4 LE PAPE, LA GUERRE ET LA PALX.
allait mcLlrc contre lui les plus hautes puissances immatérielles qui soient au monde, celles de l'esprit pur organisé et perpétué par rÉglisè.