‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 18 sur 141 · LA COMMUNAUTÉ DES AMES · texte numérisé non relu

LA COMMUNAUTÉ DES AMES

M. Jean Bourdcau ne disait rien d'excessif en parlant, l'autre jour, de la dissolution de la deuxième Internationale. La première avait cédé à la guerre

de 1870. La nôtre, qui semblait plus forte et qui se vantait d'avoir empêché la guerre lors d'Agadir, s'est rompue comme verre au premier cri de l'Empereur et des Princes allemands menant leurs peuples à la curée de lEurope. Y aura-t-il une troisième Internationale? C'est possible, toute chimère peut revivre. Et la preuve de sa faiblesse sera sans doute réitérée au contact de semblables réalités.

En attendant, l'Internationale numéro '2 n'a rien obtenu. Notre classe ouvrière a vaillamment et solidement fait son devoir pour la France après avoir ofïert à la classe ouvrière allemande des possibilités d'action révolutionnaire commune qui ont été écartées comme irréalisables. Les intérêts nationaux ont tout emporté. Rien n'a été tenté ni conçu pour empêcher la guerre ni, cette guerre déclarée, pour en adoucir la rigueur. Rien pour adoucir les mœurs militaires, rien pour ces prisonniers, auxquels le Pape Renoît X'V est en train d'apporter une aide efficace.... Mais que me fait-on lire dans le Matin d'hier? Cette dépêche d'Amsterdam qui est venue par Londres, deux voies qui ne sont pas suspectes de papisme :

Des télégrammes de Berlin annoncent que l'arrestation du cardinal Mercier a jeté la consternation parmi les catholiques d'Allemagne.

Les chefs du parti catholique {il s'agit des chefs de ce parti au Reichstacj) expriment ouvertement leur regret de la mesure prise à l'égard du cardinal, mesure qu'ils considèrent comme une maladresse impardonnable.

Et celte annonce du murmure catholique, cette rumeur du mécontentement d'un groupe nombreux

au Reichstag- suivant de près la nouvelle des mauvais traitements infligés à un prince de l'Église, aboutit sans retard au démenti signalé hier et qui constitue soit le fait, soit l'amorce du retrait pur et sim'ple des mesures prises contre le cardinal.

L'Internationale socialiste n'a rien pu ni voulu pouvoir dans les assemblées du Reichstag; le Reichstag n'est pas réuni, et l'Internationale catholique y fait sentir tout de même quelque influence....

Que conclure? Que penser? Oh! rien du tout. Ne pensons pas, ne concluons rien et mettons solidement nos poings sur nos yeux.... Ou, sinon, voyons ce qui est et avouons-le franchement. L'Internationale ouvrière étant à sa seconde faillite, l'Internationale scientifique, si elle a jamais rôvé d'être, a été démolie par le manifeste des 1)3 savants oslrogoths. Mais il y a, mais il subsiste, malgré tout, envers et contre tout, — dans une mesure dont Pie X a pu regretter la faiblesse, puisque ce grand pape en est mort de douleur, — il y a, il subsiste dans une mesure sensible, une communauté religieuse des âmes supérieures à la communauté des nations. C'est la communauté du catholicisme.

Il faut donc être fou pour rêver de paix entre les peuples par une organisation internationale en négligeant la seule puissance organisée qui soit douée de quelque internationalité véritable.

2 février 1915.

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