MONOD L"A DIT
Vous n'en voulez pas? Écoutez une vieille page d'un vieil ami à nous tous, Gabriel Monod. Dans le plus déplaisant des petits livres, dans ses « souvenirs de campagne » d'infirmier militaire en 1870 qu'il avait intitulés Allemands et Français, il écrivit, lui protestant, peu ami delà France et de son esprit national, la curieuse page suivante :
Les zouaves pontificaux recrutés principalement parmi les jeunes gens des familles nobles ou cléricales, ou parmi les populations si religieuses de rOuest, ont montré ce que peuvent des hommes soutenus par une forte conviction. Royalistes, ils avaient seuls conservé, avec les souvenirs de la vieille France monarchique, une idée nette, un amour profond de la patrie : catholiques, ils avaient le sentiment très juste que la défaite de la France était la chute du catholicisme. Ils ont combattu contre toute espérance, sans jamais reculer, parce qu'ils avaient la foi. Naïfs et chevaleresques, ils étaient convaincus que la bonne cause devait triompher.
« Idée nette », « sentiment très juste », disait Monod. Et cet homme naïf lui-même, pas méchant, souvent buté, s'exprimant avec gaucherie, écrivant, par exemple, cJiute du catholicisme pour éclipse ou pour blessure, Gabriel Monod vit très juste lui aussi sur ce point. Il saisit cette liaison de deux grands destins.
Ce que perdit la France en 1870, le catholicisme, en grande partie, le perdit, même au spirituel, puisque le vainqueur imposa sa philosophie et sa culture au monde. Ce que la France regagnera sera aussi regagné par la pensée catholique. On peut dire que c'est absolument couru... Il ne reste à savoir que si l'État français sera assez sot pour vouloir demeurer étranger à ce profit immense.
Monsieur Sarraut, Monsieur Sarraut, je ne parle ])as en mystique. Ce que je vous dis là est d'un sens politique un peu épais, mais sûr, mais sensé. Croyezmoi, la cause de l'État français et celle du clergé de France ont beaucoup plus de connexités présentes et futures que vous n'imaginez. Servez l'une, vous servirez l'autre et (parole de temps de guerre, que chacun, môme républicain, peut accepter de n'importe qui, même royaliste) vous rendrez service à voire pays.
5 avril 1915.