LA VÉRITABLE UNION SACRÉE
Par une heureuse coïncidence, voici que M. Ferdinand Buisson, protestant convaincu, nous fait l'honneur de nous adresser, à Pujo et à moi, un article du Manuel général de Vlnslruciion primaire' où quelques conditions de l'union sacrée sont définies de manière si cordiale qu'à certains mots nous étions tentés de nous écrier que nous allions les dire : pour certains autres nous les avions déjà écrits.
« Uniiéiïacliono^ Ali ^l. Buisson, « diversité d'explication », c'est-à-dire qu'il faut marcher ensemble de corps et de cœur, mais bien se garder d'ajouter comme tous les fabricants d'union stérile, que l'on met de côté ses sentiments privés et ses motifs particuliers. Cette abstraction préalable refroidirait tout ! Elle mènerait à nous croire Français, moms nos sentiments de Provençaux, de Touran<^eaux, de Bretons ou de Flamands, alors que notre qualité de Français est au contraire la somme de ces sentiments ou plutôt la somme de tout ce qu'ils ont de commun, de compatible et, si j'ose faire un barbarisme, d'associable! Môme ce qui diverge peut-être associé à la guerre, M. Buisson le voit très bien. Il cite des lettres inspirées les unes de sentiments les plus chrétiens, les autres de la foi socialiste ou pacifiste. On (c verrait « tel camelot du roi », ajoute M. Ferdi- <( nand Buisson, s'inspirant de convictions précisé-
« ment inverses pour aboutir, lui aussi, à une mort « héroïque».
Il n'y a qu'une limite à cette diversité, la limite que suffit à imposer l'observation de la discipline militaire et civique. Si, au lieu défaire la guerre, les pacifistes faisaient la paix, si les socialistes au lieu de marcher contre les Boches, se tournaient contre le capitalisme français, si les royalistes renversaient la République et si les républicains libéraux se laissaient empêtrer dans les formalités constitutionnelles au lieu de s'en remettre de tout à la souveraine loi du Salut public, c'est alors que l'union sacrée offensée par l'une ou l'autre de ces actions divergentes devrait être invoquée et rétablie d'un mot : face à Vennemi! Tant que l'action converge, tant que le visage, les bras, la pensée de tous sont tournés du même côté, tant que chacun met au premier rang de nos nécessités politiques et militaires, ce prias vivere qu'il faut traduire cVahord vaincre, le rappel à l'union tout court est illégitime, car n'étant inspiré d'aucun intérêt général, il couvre un intérêt particulier qui ne s'avoue pas et doit être tenu pour suspect. Ce que M. Buisson appelle la diversité cVex- Ijlication représente une nécessité politique dérivée de nos présentes et fâcheuses diversités d'esprit.
Reste la discussion entre ces explications différentes? Autre question qu'il faut voir à part.