LES PERTURBATEURS DE L'UNION SACRÉE
Pour obliger ces inepties à rentrer sous terre, il devrait suffire de rappeler trois faits précis.
1° Dès le premier jour d'août, une rumeur infâme
a couru toutes les campagnes de la France, accusant les prèlres, les évêques, les nobles, les bourgeois et les officiers d'avoir poussé à cette guerre;
2" Il ne s'est trouvé d'un bout à l'autre du territoire, qu'un fonctionnaire militaire, un agent de l'administration civile et un juge pour faire justice de ces rumeurs ;
0" Quand (les 23 et 24 février derniers) nous avons prié toute la grande presse d'informations parisienne, la presse de M. Caillaux comme la Lanterne et V Humanité, de réprouver cette rumeur humiliante pour la santé d'esprit autant que pour l'honneur du peuple français, personne — absolument personne — ne nous a fait écho.
J'avais le droit de prendre acte de ce silence comme d'un aveu de profonde insincérité. J'ai usé de mon droit dans notre Action Française du 28 février. Les véritables perturbateurs de l'union sacrée se nommaient. L'aveu était si net qu'ils n'ont pas osé protester. Nous causerons union sacrée avec M. Caillaux quand il nous aura expliqué son silence ou le silence de ses journaux sur les colporteurs de la rumeur infâme et sur leur impunité scandaleuse. Là fut le premier attentat au pacte d'union. Si l'on en veut alléguer d'autres, ils ne sauraient être examinés qu'après celui-là. Outre que sa réalité ne fait ni doute ni question, il date de la première huitaine d'août, il n'a jamais cessé depuis, — il n a jamais été sérieusement réprimé.
Le déni de justice de l'Etat républicain à l'égard de ses nationaux contraste avec l'activité diplomatique déployée par le Saint-Siège en faveur des pri-
sonaiers de guerre de toute nationalité et de toute confession. Le Saint-Siège remplit sa fonction bien au delà de ses ressortissants naturels : même en temps de guerre et d'union sacrée la démocratie ne connaît jamais que des partis, ou plutôt son parti. Elle ne peut remplir ni la fonction ni le domaine de la France !
5 avril 1915.