‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 86 sur 141 · POUR LA PAIX INTÉRIEURE · texte numérisé non relu

POUR LA PAIX INTÉRIEURE

VHumanité disait hier matin :

Ce sont des Petites Sœurs des Pauvres qui soignent nos blessés à... (Bouches-du-Rhône), à l'hôpital militaire des Chartreux. Nous permetlra-t-on de leur dire qu'elles outrepassent leur droit et qu'elles avilissent leur devoir en menaçant de faire priver du congé de convalescence les hospitalisés de pensée libre qui refusent de se plier aux pratiques de la religion?

A l'autre bout du pays, à l'hôpital temporaire de ... (Calvados), les Femmes de France commettent des abus aussi criants avec plus de hardiesse. Ceux qui veulent ignorer la prière commune et qui refusent d'assister aux offices du dimanche courent, sous leur égide, le risque de s'en aller avant l'heure coucher sur la paille du dépôt des éclopés.

Le prosélytisme clérical est de plus en plus répugnant.

Il serait répugnant, en effet, si de tels faits étaient authentiques. Mais le ton même du rapport commande au moins le doute. Ses lignes respirent la passion et l'imprécision. Elles semblent venues d'une plume furieuse, mais incapable de mettre les points sur les i pour expliquer ce dont elle cfoit avoir à se plaindre. Un furieux qui bégaie n'est pas un bon témoin. Pourtant, par un jeu d'hypothèse, dont je demande pardon aux Petites Sœurs des Pauvres et au bon sens, admettons la vérité de ce rapport qui sue la fable et, le premier regret exprimé, attachons-nous à vouloir faire cesser le mal. Qu'éprouverons-nous tous d'abord? Que la publicité

injurieuse, l'injure ainsi généralisée, a l'effet de redoubler les difficultés de l'affaire. On n'aurait pas mieux travaillé si l'on avait voulu en compliquer le règlement, en rendre les sanctions malaisées et, par-dessus le marché, accroître la violence des discussions engagées autour de ceux qui ont le plus grand besoin de paix et de calme, nos malades et nos blessés. Voilà une question habilement posée! On a commencé par où l'on n'aurait eu le droit de finir qu'à la dernière extrémité, la lutte civile.... Ah ! certes, on peut tout casser, fermer les hôpitaux, licencier le personnel, abandonner les blessés et satisfaire ainsi la rage anticléricale, mais avouons que l'humanité (pas le journal) en pleurerait.

La doctrine Georges Clemenceau, celle qui brûle la ville pour faire cuire l'œuf, ou la doctrine du sauvage de Montesquieu, qui coupe l'arbre pour avoir du fruit, serait seule à triompher de ces coups de haute justice. Les Français cultivés trouveraient la chose un peu boche. Oue faire alors? se demandentils s'ils ont une teinture de la complexité des problèmes moraux où se trouve engagé le plus délicat de l'âme humaine. Mon Dieu, cela est simple : traiter au moral et au spirituel un problème spirituel et moral. On nous a dit et nous savons (il n'est pas défendu d'être informé de ces choses) que l'Église plus intéressée que ïllumaiùté à ce que son prosélytisme ne soit pas « répugnant », réprouve formellement ces pesées indiscrètes sur la conscience des mécréants. Alors, cela devient extrêmement simple : nous nous adressons à l'Église.

Nous lui communiquons nos informations. Nous

lui demandons de les vérifier. Nous la prions d'user de son autorité, d'appliquer ses propres règles, de nous aidera maintenir la paix publique. Et si l'Église représentée d'abord, je le suppose, par' M. l'aumônier de l'hôpital militaire en cause, fait des difficultés, nous ne serons pas acculés au conflit pour cela. Il y a des juridictions diocésaines. Au-dessus, il y a l'évêque. Au-dessus des évêques, il y a le Pape. Un gouvernement pratique, actif, expéditif, vigilant, aurait vite fait de trou^'er le terrain d'accommodement sur lequel le prosélytisme religieux, qui est un devoir, serait aidé à se tenir dans les règles de justice et d'honneur qui, important beaucoup à l'Eglise, n'importent pas moins à l'État.

2 mai 1915.

« LE PROSÉLYnSME CLÉRICAL »

Le 2G avril, j'ai extrait, du journal V Humanité, une de ces innombrables notices diffamatoires pour le catholicisme français qui remplissent les journaux révolutionnaires, et je l'ai reproduite textuellement :

Ce sont des Petites Sœurs des Pauvres, etc....

Par la plus absurde des hypothèses, dont j'avais soin de ra'excuser auprès des Petites Sœurs des Pauvres et du sens commun, j'ai supposé le fait vrai et examiné comment, en ce cas, on aurait pu espérer le faire cesser. L'exemple fictif me servait à montrer une grande vérité, savoir qu'en tout état de cause, à prendre pour exactes les histoires contées par les anticléricaux, il élait urgent de faire colla-

borer l'Eglise et l'Etat, leur ignorance réciproque étant la plus sotte semence de guerre civile.

Mais j'avais eu raison de faire mes réserves et, tout en les faisant, de donner au récit menteur la publicité d'un journal véridique. Huit jours n'ayant pas coulé depuis le lundi t26 avril, j'ai reçu hier matin de la ville des Bouches-duRhône où se serait passé le fait raconté par VHumanité^ la rectification suivante. Naturellement la lettre ne vient pas des Petites Sœurs des Pauvres; elles ont mieux à faire qu'à lire les journaux qui les calomnient ou qui les défendent : elle est l'œuvre d'un soldat blessé.

... Loin de faire des menaces à ceux qui n'y vont pas (aux offices religieucc), les Petites Sœurs les entourent de soins dévoués, tout comme les autres, ne voyant en eux que des défenseurs du pays, ne ménageant ni leur temps, ni leur dévouement. L'hôpital, uniquement tenu par elles, est d'une propreté irréprochable, les soldats sont considérés comme de la famille et leurs affaires sont nettoyées et remises en état d'une façon magnifique; chaque soldat, en partant, est possesseur d'un colis de linge offert par les Petites Soîurs.

Le seul fait qui s'est produit est le suivant : un dimanche, plusieurs soldats sont rentrés dans un état d'ébriété complète, frappant leurs camarades, menaçant et insultant « très grossièrement » la sœur supérieure. Le lendemain, ils furent envoyés à l'hôpital militaire, où l'autorité voulait les punir de prison et leur supprimer leur permission. La sœur supérieure intervint en leur faveur et obtint que la punition soit levée : ils ont donc eu leur permission.

Répétons : voilà comment les Petites Sœurs des Pauvres « outrepassent leur droit et avilissent leur devoir » « à l'hôpital militaire des Chartreux, à...

(Bouches-du-Rhône) ». Si a le prosélytisme clérical » esl jugé « (Je plus en plus répugnant » par ceux qui colportent "et imprimept ces fables, nous ne nous presserons pas déjuger, quant à nous; nous attendrons la rectification ou le silence de VHumanité pour statuer définitivement sur le vrai caractère de sa campagne.

Simple note : jamais VHumanité n'a voulu désavouer la rumeur infâme.

5 mai 1915.

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