‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 98 sur 141 · UNE PROVOCATION NOUVELLE · texte numérisé non relu

UNE PROVOCATION NOUVELLE

Nous avons vu hier quelque chose de plus sérieux dans Tordre du pire : une note anonyme de VHumanité (organe socialiste officiel) a essayé de provoquer, parmi ses lecteurs, un nouvel accès d'anticléricalisme béat. Les provocations de la Dépêche m'avaient paru la semaine dernière atteindre aux derniers confins de l'infamie. Mais Vllumanité les recule, h' Humanité publie et reproduit une carte postale qu'un Père jésuite officier aurait expédiée en souvenir des morts de son régiment et qui, d'après VHumanité tomberait sous le coup de l'interdiction officielle de « publier des cartes pos- « taies illustrées représentant des localités ou des « points de vue pris dans la zone des armées avec « ou sans indication du lieu représenté. » Nous avons cherché vainement la représentation d'un point de vue ou d'une localité sur le fac-similé donné par le journal socialiste. Nous y voyons une croix, une couronne d'épines, une auréole détachée sur une carte de la région Verdun Saint-Mihiel avec cours de la Jleuse. Celle carte est dans tous les atlas et au verso d'un grand nombre de cahiers d'écoliers. Le rapport que Vllmnanité vient établir entre la défense de fournir les images matérielles de notre pays et ce schéma abstrait distribué autour d'emblèmes religieux est un rapport absolumenl

imaginaire. La rage anticléricale l'aura pourtant rêvé en vue de chercher aux Jésuites une querelle d'Allemand. Nouspasserionsen haussant les épaules, si nous ne lisions plus bas ceci : la carte, dit le journal, est « ofTerte par le père Jésuite Boutin, officier au ...«, secteur postal... » Nous supprimons les chiffres que VHumanité ne se gêne pas pour publier, car elle est au-dessus des lois. Elle ajoute :

Il est déjà surprenant que l'on ait eu la faiblesse de donner les galons d'or à un membre de l'Ordre qui, au commencement de la guerre, témoigna sa sympathie à l'Allemagne en termes dithyrambiques dans une déclaration officielle que la presse publia.

Nous ne savons à quel canard peut bien faire allusion VHumanité pour bourrer le crâne de son malheureux public. L'ordre des jésuites étant un corps international (de la seule internationale qui tienne) est aussi incapable de faire des déclarations officielles de sympathie que d'antipathie pour l'Allemagne; le lien spirituel qui le réunit est d'une autre nature, il se noue sur un autre plan que le plan matériel des conflits entre les nations et les races. Il est permis et même facile à l'Ordre de les éviter. Ses membres remplissent leur devoir national, chacun à son poste, et le patriotisme des jésuites français est jugé là où il le faut sur nos champs de bataille. Â l'heure où je lisais l'infamie de VHumanité, une main amie m'adressait la coupure suivante du Petit Marseillais, à la rubrique du « Midi au feu » (car on n'a peut-être pas oublié que les électeurs de M. Renaudel ont été aussi calomniés par leur sénateur Clemenceau que les membres de la Compagnie de Jésus) ;

Le général commandant la ..." division cile à r ordre de la division l'abbé J. Brémond, d'Aix-en-Provence, aumônier volontaire :

Pendant une année qu'il a passé au régiment, n'a eu de cesse qu'il ne fût arrivé à connaître individuellement les hommes et à prendre sur eux la plus heureuse influence. Très actif, ne connaissant pas la fatigue et ignorant le danger, a toujours marché avec les unités les plus avancées. Déjà fin août 1914, avait collaboré à l'évacuation difficile dune ambulance presque sous le feu de l'ennemi. Le 25 septembre 1915, sous le feu le plus vif d'infanterie et d'artillerie, s'est porté en terrain découvert à la recherche d'un officier que l'on croyait tombé. Du 28 septembre au 10 octobre 1915, a accompagné les batteries portées en avant sur le terrain conquis, prodiguant sa présence partout où il la jugeait nécessaire et particulièrement aux endroits les plus exposés.

Cet abbé, Jean Brémond, est précisément un jésuite. Pire : il a un frère jésuite, le père André Brémond, helléniste, exquis auteur d'un livre plein de sens et de charme sur la Piété antique. Ce n'est pas tout. L'abbé ou le père Jean Brémond eut un frère bénédictin. Je mettrai le comble à l'horreur de ces révélations en ajoutant qu'il est aussi le propre frère de U. l'abbé Henri Brémond, le saint et diabolique auteur de cet Humanisme dévot qui vient de paraître chez Bloud et dont tous les esprits curieux d'histoire pittoresque, font déjà leurs délices. 11 n'était pas possible de donner dans la calotte au degré du Père Jean Brémond. Et voilà que cet intrigant se mêle d'assister et de consoler les mourants, de sauver les blessés et de se prodiguer aux endroits

les plus exposés! Proprement, cela crie vengeance, on comprend que les citoyens conscients embusqués de VHumanité n'aient pas hésité à régler en bloc son compte et celui de ses frères jésuites ou non. « Les jésuites », conclut VHwnanitô, « peuvent tout oser »

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