‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 10 sur 255 · CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME

roi semait le bon grain; pendant aussi que Tennemi répandait l'ivraie dans le champ ainsi cultivé.

Cet ennemi, c'est la barbarie, promenant leis horreurs de l'esclavagisme sur la terre d'Afrique, et exerçant surtout ses ravages dans le Haut-Congo belge.

€ On a, poursuit le Cardinal, dressé récemment en Angleterre, une carte des pays à esclaves, et on a distingué leur état actuel par des teintes diverses. Les teintes plus claires indiquent simplement l'existence de l'esclavagisme et de ses forfaits; les teintes plus obscures marquent qu'il a tout détruit, dans une fièvre de fureur impie. Or il n'y a, dans toute l'Afrique, que cinq provinces marquées de cette couleur de mort, et ces cinq provinces se trouvent sur les rives du Haut-Congo. >

A la suite des explorateurs européens se précipitaient les métis, chasseurs d'esclaves. Ils fixaient leur centre à Nyangwé et y étaient bientôt suivis par < un mahométan fameux, dont le nom deviendra un jour, je le crains, plus fameux encore >, le farouche Tippo-Tîp. Bientôt, suivant l'expression d'un missionnaire, « tout le Haut-Congo agonise ». Le florissant district du Manyéma voit sa population réduite d'un million à cinq mille habitants, soit deux cents hommes tués pour un esclave ! L'infâme marché d'Oujiji est encombré d'esclaves.

Au témoignage d'un missionnaire, 41 dans les rués, on rencontrait à chaque pas des squelettes vivants, se traînant péniblement à l'aide dun bâton; ils n'étaient plus enchaînés parce qu'ils ne pouvaient plus se sauver. La souffrance et les privations de toute sorte étaient peintes sur leurs visages décharnés, et tout indiquait qu'ils se mouraient bien plus de faim que de maladie. Aux larges cicatrices qu'ils portaient sur le dos, on voyait de suite ce qu'ils avaient souffert de mauvais traitements, de la part de leurs maîtres. D'autres, couchés dans les rues ou à côté de la maison de leur maître, qui ne leur donnait plus de nourriture parce qu'il prévoyait

LE PAPK LÉON XIIL

ir mort prochaine, attendaient la fin de leur misérable exisice. »

< Ayant demandé à un Arabe pourquoi les cadavres étaient ssi nombreux aux environs d'Oujiji, et pourquoi on les laissait ssi près de la ville, il me répondit sur un ton naturel et comme I se fût agi de la chose la plus simple du monde : € Autrefois, lous étions habitués à jeter en cet endroit les cadavres de nos esclaves morts, et chaque nuit les hyènes venaient les emporter; nais cette année le nombre des morts est si considérable, que :es animaux ne suffisent plus à les dévorer, ils se sont . dégoûtés de la chair humaine !!!>

Les malheureux qui échappent à la faim ou aux coups des litants sont livrés à l'esclavage musulman de l'Asie, qui est lativement humain, ou à l'esclavage indigène de l'Afrique qui t horriblement cruel. A la mort d'un chef arabe habitant sur les Tes du Congo belge, vîng^ esclaves sont enterrés vivants avec lui. Un autre chef fait couper les mains à ses esclaves, afin qu'ils ttent plus doucement avec leurs moignons les tambours qui mposent son orchestre ! Un autre encore offre à un missionnaire faire brûler vivantes huit femmes esclaves en son honneur, et tonne de l'indignation avec laquelle sa proposition est accueillie! Après la description de ces horreurs, l'ardent orateur lance à son ditoire frémissant cette brûlante exhortation :

< Que faire donc, en présence d'un tel spectacle? Une parole neuse peut résumer le sentiment dont je voudrais vous voir iméstous. C'est la parole d'un roi, d'un roi de la Gaule- Belgique, : près de vos aïeux, à Tournai, peut-être, où son père est mort, ovis donc, pendant qu'on l'instruisait de la foi chrétienne et l'on lui racontait la Passion du Sauveur et les cruautés des icides ; i Ah! s'écria-t-il tout d'un coup, en tirant sa framée, que kais-je là avec mes Francs! > Fils de Clovis, Belges catholiques, :sus-Christ est crucifié encore une fois sur les plateaux de

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