‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 9 sur 255 · CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME

pendant des années à la barbarie esclavagiste, cet autre saint Louis qui est, comme dit le capitaine Jacques, « le bon sergent de Dieu auprès des noirs, auxquels il donne en même temps que le bien être matériel et la paix, l'amour du travail qui civilise les peuples les plus déchus, Tespérance qui console et la foi qui ennoblit ». Il faudrait montrer tout cela vivant, agissant, luttant, souffrant et, soutenu toujours par Tesprit de Dieu, se manifestant sans relâche dans l'ardente parole de Léon XIII et la /urieuse SiCtion du Cardinal ! Car c'était bien la fureur sacrée du bien, sacer furor^ qui animait le grand primat d'Afrique.

Quelque poète de l'Afrique civilisée redira, nouvel Homère, cette fantastique épopée, oîi ne manqueront ni les héros, ni les exploits surhumains, ni le merveilleux, cet élément divin qui donne la vie à nos vieilles chansons de gestes !

Sans vouloir résumer en prose cette histoire non encore terminée, nous ne pouvons nous dispenser de dire un mot de la campagne antiesclavagiste entreprise par le cardinal Lavigerie avec la bénédiction et l'aide de Léon XIII.

En mai 1888, dans l'audience que nous avons rapportée, € le Saint- Père, dit le Cardinal, daigna me choisir publiquement pour prêcher une nouvelle et pacifique croisade en faveur des noirs ^ ». Aussitôt l'archevêque de Carthage se mit en route et porta, avec une incroyable ardeur, sa vibrante parole en France, en Angleterre, en Belgique, en Hollande et en Italie, étendant par lettres sa propagande jusqu'en Allemagne. Ainsi se créa l'œuvre antiesclavagiste, constituée par nationalités distinctes, sous la direction de comités nationaux indépendants et exerçant leur action dans leur propre patrie et au profit de celle-ci, si elle possède des territoires en Afrique. < L'œuvre s'est placée exclusivement sur le terrain de l'humanité et de la religion. C'est sur ce terrain aussi que s'exerce l'action de Léon XIII. Je ne pense pas commettre une indiscrétion,

I. Lettre du 8 novembre 1889 à Sa Majesté Léopold II, roi des Belges.

ajoutait le cardinal ', en disant que, pour éviter toute fausse interprétation à cet égard, Il est allé jusqu'à refuser, avec un entier désintéressement, un territoire considérable sur lequel ne s exerce encore aucune influence européenne et qu'un Souverain catholique proposait d'assurer au Saint-Siège. »

L'œuvre a pour but de combattre la traite, l'esclavage indigène, et l'esclavage déguisé, des travailleurs, soi-disant libres, enrôlés au profit des entreprises européennes. A cet effet elle se propose :

i^ D'agir sur l'opinion publique;

2° De solliciter et de recueillir des ressources financières parmi ses adhérents ;

30 D'encourager les engagements de volontaires.

C'est surtout sur la Belgique que se porta l'effort apostolique de l'Apôtre africain. Dans une mémorable conférence donnée à Sainte- Gudule à Bruxelles, le cardinal Lavîgerie rappela l'initiative prise par le roi Léopold 1 1 dans la question de l'Afrique centrale, l'appel qu'il fit à l'Europe et la noble idée qui le guida dans sa grande entreprise. € C'est, disait le roi des Belges dans son invitation aux savants de rEurope,une idée éminemment civilisatrice et chrétienne : abolir l'esclavage en Afrique, percer les ténèbres qui enveloppent encore cette partie du monde, y verser les trésors de la civilisation. 1>

Bientôt l'action suivit la parole. « Des explorateurs, des officiers intrépides, plus tard, des administrateurs dévoués et capables se sont offerts, risquant leur vie. Plusieurs sont morts sur ce champ d'honneur. D'autres ont fait des découvertes admirables, et la face de notre continent a été changée. >

Après cette constatation le cardinal, apostrophant son auditoire avec une sainte hardiesse, et appliquant aux catholiques belges une parabole biblique, leur reprocha d'avoir dormi pendant que leur

I. Lettre du 8 novembre 1889 à Sa Majesté Léopold II, roi des Belges.

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