CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME
l'Afrique dans la personne de ces millions de noirs. Les cruautés ne sont pas moins grandes, l'abandon est le même ; répétez, répétez la parole de votre vieux roi et soyez là avec votre courage et avec votre foi ! >
La parole de l'apôtre de Carthage réveilla la Belgique, Quelques mois après sa conférence à Sainte-Gudule, 400,000 francs étaient déjà entre les mains du comité antiesclavagiste de Bruxelles. Léon XIII, bénissant son action, lui avait envoyé une somme de 50,000 francs. En 1890 partait la première des expéditions antiesclavagistes destinées à porter secours à Joubert et à fonder le long du Tanganika une série de postes armés pour servir de barrière contre les razzias des traitants. Elle était commandée par M. Hinck, de l'armée belge, et devait remonter le Congo pour aller établir un centre de ravitaillement et un poste d'avantgarde sur le Lomami, et de là tendre la main à Joubert et aux autres expéditions, qui ne tardèrent pas à prendre à révers la position des esclavagistes en s'avançant par la côte orientale. L'expédition Hinck parvint au point qui lui avait été assigné, mais se vit rappelée sans avoir pu réaliser ce plan superbe momentanément abandonné. Plus heureux, le capitaine Jacques, après avoir été, comme un preux du Moyen Age, faire bénir son épée à Rome par le Vicaire de Jésus-Christ, prenait en 1891 la route de l'Est, culbutait les féroces Wagogos et atteignait, après une admirable marche de 58 jours, la station allemande de Tabora, avec une caravane de 2000 hommes et sans perdre une seule des pièces d'étoffe qui sont l'étrange monnaie de ces parages.
Un rapide voyage des plus mouvementés le fit arriver au Tanganika, oîi sa seule présence détermina la dispersion des troupes de Rumaliza, l'Arabe le plus puissant d'Oujiji, qui se préparait à attaquer Joubert. Enfin, le 30 octobre, Jacques rejoignait ce dernier à St-Louis de M'rumbi, l'arrachant à la mort imminente dont le menaçaient les hordes esclavagistes massées autour de lui.
Mais bientôt les Arabes reprennent courage. Jacques et Joubert demandent du renfort et une troisième expédition, commandée par le lieutenant Long, est envoyée, le 2 avril 1892, par la Société antiesclavagîste belge, pour débloquer les deux braves soldats.
En attendant, la situation devient difficile au Tanganika. Un des compagnons de Jacques, Vrithoff, est tué dans un engagement contre les esclavagistes et meurt, < sa jeune physionomie encore illuminée du sourire qui errait sur ses lèvres ' > au milieu du danger.
Jacques écrit d'Albertville (Tanganika): « C'est bien ici que doit se dénouer le drame qui mettra fin à la traite des noirs, et c'est ici que nous devons concentrer nos forces. > Amis et ennemis l'ont compris. Les noirs se réfugient en grand nombre auprès de leurs sauveurs.
Jacques écrit encore :
€ J'ai plus de mille hommes en état de porter les armes. Vous m'enverriez deux cents fusils, que je n'aurais que l'embarras du choix pour les remettre entre des mains capables de s'en servir, et nous serions les maîtres de tout le pays, et nous sauvegarderions des peuplades entières, des milliers et des milliers des pauvres noirs des atteintes des bandes esclavagistes. >
Avec quelques canons, il obtiendrait, € ipso facto, des résultats sublimes en évitant des conflits armés >.
Mais les Arabes esclavagistes veulent en finir. Ils construisent un fort devant Albertville, ravagent toute la contrée et cherchent à réduire les Européens et leurs alliés noirs par la famine. Joubert et Jacques, après avoir vainement essayé de les repousser, demandent du secours, sans quoi la position deviendra intenable, mais bientôt après Jacques et ses lieutenants, MM.Duvivier et Docquier, voyant lennemi plus atteint qu'eux-mêmes par la famine, reprennent l'offensive, s'emparent du fort arabe presque sans coup férir