CHAPITRE TRENTE-ET-UNIÈME
monarque le remercia avec effusion. C'est un spectacle touchant que celui de cet empereur brisé par le chagrin, cherchant auprès du Pape les consolations que lui prodigue avec un amour sans bornes le Pontife compatissant. Et l'on voudrait faire croire à une hostilité de Léon XIII envers le monarque autrichien et son empire! Nous venons de dire que l'Autriche possède d'immenses ressources
au point de vue religieux. -Nul mieux que le Pape ne l'a compris ; ainsi s'est-il efforcé de faire valoir ce talent quelque peu enfoui sous le sable de la routine. La lettre de Léon XIII aux évêques d'Autriche, datée du 3 mars 1891, trace les grandes lignes que doit suivre l'action catholique en Autriche. Après avoir loué ces prélats de leur zèle, elle les engage à se réunir annuellement pour discuter des intérêts communs de leurs églises. Cette pratique,
organisée aussi en Italie par Léon XIII, est destinée à renforcer Taction de Tépiscopat en lui donnant plus de cohésion et d'unité. Il est permis de croire qu'en la conseillant, le Pontife se souvenait de la Belgique, où il lavait vue fleurir, pendant sa nonciature, au grand avantage des intérêts catholiques. « Cet usage des réunions épiscopales que Nous désirons voir introduire, dit Léon XI 1 1, existe déjà dans certaines régions et y a produit des fruits très heureux : les évêques y ont puisé de plus grandes lumières, y ont senti s'affermir leur courage, et s'enflammer leur zèle pour la religion, enfin de là sont sorties beaucoup de décisions utiles en diverses manières à la cause catholique. » Ces réunions, en resserrant les liens de la concorde entre évêques, ont eu pour effet de rapprocher aussi les laïcs, sous l'inspiration de leurs pasteurs, dans des congrès régionaux très utiles pour amener la concentration des forces catholiques contre celles des ennemis de l'Église. Les synodes épiscopaux étudieront les moyens à prendre pour augmenter l'union des catholiques, sauvegarder l'indépendance du Saint-Siège, assurer la formation du jeune clergé, développer parmi les laïcs les œuvres de religion, les sociétés chrétiennes, l'éducation religieuse de l'enfance et surtout la bonne presse, sur laquelle le Pontife s'étend d'autant plus longuement, qu'en Autriche, la presse est presque tout entière au service de l'impiété. Chaque région devrait avoir des journaux catholiques spéciaux qui, soutenus par le clergé et subsidiés par les laïcs, puissent lutter avec succès pour l'autel et le foyer, dans une parfaite soumission à l'épiscopat. Enfin Léon XIII appelle l'attention des évêques sur la question sociale; il les invite à inculquer à toutes les classes les préceptes de la justice et de la charité et à faire tout ce qui est en eux pour subvenir aux nécessités de la classe ouvrière.
N'en déplaise au diplomate autrichien de la Contemporary Review et à M. Geffcken, le Pape avait, dès l'année 1888, donné une autre preuve de sa sollicitude pour les intérêts catholiques en Autriche,