‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 101 sur 255 · CHAPITRE TRENTE-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-ET-UNIÈME

lorsqu'il convoqua en chapitre général les abbés et prieurs de Tordre bénédictin, si puissant dans cet empire. Son but était d'arriver à l'unité de discipline, par la refonte des constitutions des diverses branches de l'ordre et leur réunion en une seule congrégation.

La lettre de convocation indiquait les points sur lesquels devaient porter les réformes, à savoir : l'exacte observance de la pauvreté par la suppression de l'abus du pécule particulier; la vie commune étendue à la table, aux exercices de piété, aux récréations ; l'exclusion des domestiques non religieux et l'institution de frères convers à vœux simples, l'exactitude au chœur, etc.

L'ordre franciscain, qui compte tant de couvents en Autriche, fut, lui aussi, l'objet de mesures destinées à le ramener à l'exacte observance et surtout à la stricte pauvreté, son patrimoine le plus précieux. Ces mesures rencontrèrent une opposition, qui fut bruyamment soutenue par la presse juive de Pesth et de Vienne en 189 1; mais le gouvernement eut le bon sens de ne pas entrer à ce propos en conflit avec Rome.

Il n'en fut malheureusement pas de même pour une autre question, qui a, plus que toute autre, donné matière à d'injustes récriminations contre le Saint-Siège dans l'empire austro-hongrois. Nous voulons parler du baptême des enfants issus de mariages mixtes. En juillet 1890, le ministre des cultes du royaume de Hongrie, M. Czaki, prescrivit que dans le cas, fréquent en ce pays, où un prêtre catholique baptiserait un enfant issu d'un mariage mixte ou protestant, il présenterait, dans les huit jours, un extrait de baptême au ministre protestant. Or une loi hongroise, absolument contraire à tous les principes de l'Église catholique, ordonne que les enfants issus de mariages mixtes soient élevés, suivant leur sexe, dans la religion du père ou de la mère. Ainsi, d'après cette loi, un enfant baptisé catholiquement devrait, dans bien des cas, être élevé dans la religion protestante. L'Église n'a jamais reconnu et ne

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reconnaîtra jamais une pareille tyrannie. Elle ne permet les mariages mixtes qu'à, la condition formelle que les enfants soient élevés dans la religion catholique. Le décret du ministre Czaki provoquait donc un conflit entre l'Église et l'État. Les curés catholiques, mis en cause, refusèrent de délivrer les extraits de baptême qu'on leur demandait, et qui eussent eu pour effet de livrer à l'hérésie des âmes régénérées par le sang de Jésus-Christ. Il s'ensuivit des condamnations comme celle du curé Moinar, frappé de suspension et puni d'un mois de prison pour avoir refusé un extrait de baptême. C'était un kuliurkamp/^uï menaçait la Hongrie.

Chose étrange, au début de l'affaire, il se trouva des évêques qui voulurent imposer à leur clergé l'exécution du décret ministériel, sous prétexte qu'il s'agissait d'un simple acte d'état-civil. Les curés refusèrent d'obéir à un ordre épîscopal contraire à la justice; et ces évêques, revenant sur leur décision, se rangèrent à l'avis du clergé. L'épiscopat hongrois députa à Rome l'archevêque d'Erlau, Mgr Samassa, qui en revint avec une lettre du cardinal-secrétaire d'État adressée au primat de Hongrie et condamnant de nouveau la loi sur les mariages mixtes. C'est cette condamnation qu'on voudrait transformer en un acte de mauvais vouloir spécial à l'égard de l'Autriche- Hongrie.

L'Église peut transiger sur nombre de questions de fait, et elle n'a cessé de donner à tous les États les plus grandes preuves de son esprit de conciliation, Mais il est des cas où aucune considération ne la fait reculer ; l'Église ne peut trafiquer des sacrements, ni des âmes. Elle a préféré perdre l'Angleterre que de déclarer invalide le mariage de Henri VIII. Elle soulèvera des tempêtes en Hongrie, plutôt que de livrer à l'hérésie les âmes de ses enfants. Voilà tout le secret de l'attitude du Saint-Siège en cette aflaire.

Le gouvernement hongrois, plus sage que ses amis de la presse, hésita à entrer en lutte avec l'Église et chercha, pendant un certain temps, des atermoiements. Mais en 1893, le cabinet Wekerlé, porté

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