‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 99 sur 255 · CHAPITRE TRKNTE-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRKNTE-ET-UNIÈME

produire fréquemment dans tous les pays où le droit de présentation est aux mains des francs- maçons. Le Pape ne peut accepter de candidats aux sièges épiscopaux, sans avoir la certitude qu'ils ont les qualités requises pour exercer le plus grave des ministères sacrés. On reproche au Saint-Siège son attitude dans la question des mariages mixtes. Nous en parlerons ci-après. Qu'il nous suffise de constater que cette question est une de celles où les principes dogmatiques sont le plus engagés. L'Église n'y peut transiger, et la Russie, qu'on dit si favorisée par Léon XIII, a trouvé sur ce chapitre une opposition aussi irréductible que l'empire austro-hongrois. C'est le non possumus apostolique dans toute sa rigueur.

Les écrivains hostiles à la politique du Vatican cherchent à rendre celle-ci particulièrement odieuse en exaltant l'orthodoxie de l'Autriche- Hongrie. A Dieu ne plaise que nous niions les grands mérites de l'empire apostolique et de son auguste chef sous ce rapport. Oui, l'Autriche est encore en substance un empire catholique, où bien des institutions et des lois conservent l'empreinte du catholicisme. Mais hélas ! le joséphisme, la franc-maçonnerie et le sémitisme ont trop souvent faussé les ressorts de cette vaste machine gouvernementale, œuvre des âges de foi, et l'on ne s'éloignerait pas beaucoup de la vérité, en affirmant que l'apparence catholique des institutions en Autriche, et le respect extérieur professé pour la religion ont contribué plus que toute autre chose à endormir le clergé et les populations dans une trompeuse sécurité. C'est ainsi qu'on voit, dans un pays dont les habitants sont profondément religieux et dont la législation semble catholique, la presse tout entière, à bien peu d'exceptions près, entre les mains des juifs et des ennemis de l'Église, les écoles livrées à une neutralité hétérodoxe et à des maîtres athées, les intérêts catholiques défendus au parlement par un groupe peu nombreux et imparfaitement organisé, et le clergé, malgré ses grandes richesses, trop souvent réduit à une inaction et à une impuissance étonnante dans un pays de tant de foi. Cette

espèce de sommeil léthargique,dans lequel dorment nombre d'institutions et d'hommes en Autriche, a gagné également une bonne partie du clergé régulier, et plusieurs ordres religieux des plus illustres ont vu leur discipline et leur cohésion s'affaiblir dans l'atmosphère énervante qui semble planer sur beaucoup d'églises austro-hongroises. Telles sont les taches qu'on remarque, au point de vue catholique, dans l'empire des Habsbourgs. Elles n'empêchent pas l'Autriche- Hongrie d'être un des pays qui possèdent le plus de ressources à ce même point de vue, et l'on peut attendre de grandes choses de cet empire quand il aura secoué le joug de la maçonnerie juive, et quand les catholiques se seront réveillés de leur trop longue torpeur.

L'odieuse fable de l'hostilité de Léon XI 1 1 à l'égard de l'Autriche est démentie par toute l'action de Léon XIII en ce pays. Malgré les difficultés qui naissent de la triple alliance, une réelle cordialité n'a cessé de régner entre le Pape et l'empereur d'Autriche. François- Joseph, bien qu'entraîné à signer un traité qui semble assurer la stabilité de l'usurpation piémontaise, a toujours tenu à montrer que, pour lui, la question romaine n'était pas résolue. Comme lious l'avons vu, il s'est soigneusement abstenu de rendre à Humbert I" sa visite à Rome, et ses ministres ont à plusieurs reprises fait des déclarations significatives touchant l'indépendance du Pape.

Jamais l'affection et l'estime réciproque qui lient le Pape à l'empereur d'Autriche ne se sont mieux manifestées, qu'à l'occasion de l'horrible drame où périt le malheureux prince Rodolphe. Nous n'avons pas à raconter ici la fin tragique de cette victime d'une éducation maçonnique. Suicide ou assassinat, la mort de Rodolphe, arrivée en janvier 1889, fut un coup de foudre qui ébranla l'Europe et s'abattit cruellement sur l'Empereur. C'est auprès de Léon XIII que François-Joseph, frappé comme père et comme souverain, alla chercher un apaisement à son amère douleur. Le Pape trouva pour cette épreuve sans nom des paroles de véritable consolation et le

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