‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 105 sur 255 · CHAPITRE TRENTE-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-ET-UNIÈME

unions considérées par l'Église comme un concubinage, édicté que le mariage doit être contracté devant l'officier civil compétent, sous peine de nullité radicale. Au chapitre VI 1 1, qui prononce les pénalités contre les contrevenants, le § 145 dit: Le curé ou l'ecclésiastique autorisé qui prend part à une union religieuse, avant que les parties aient justifié de leur mariage civil, se rend coupable d'un délit passible d'une amende maxima de mille couronnes ; en cas de récidive, outre l'amende, le délinquant peut être condamné à un emprisonnement d'un mois au moins et de deux mois au plus. Cependant il est permis au prêtre, en cas de danger de mort de l'une des parties, de procéder au mariage religieux non précédé de l'union civile. Enfin, le projet déclare que les causes matrimoniales ressortissent aux cours de justice royale et donnent à la loi un caractère rétroactif. Voici maintenant les dispositions du projet relatif à la religion des enfants issus de mariages mixtes : Les futurs époux peuvent prendre un arrangement, avant le mariage, au sujet de la confession à laquelle appartiendront les enfants à naître. Il leur est loisible de faire de même pour tel enfant en particulier. L'arrangement devra être consigné par écrit devant un officier civil ou devant un notaire. Il appartient aux ministres des cultes de la justice ou de l'intérieur, de fixer les formalités à remplir en semblable cas. A défaut d'arrangement, tous les enfants sans exception seront élevés dans la religion que professait le père au moment de la conclusion du mariage, à condition que ce soit une religion reconnue. Le père qui ne professerait aucune religion reconnue, est autorisé à déclarer dans .' Jaquelle de ces religions ses enfants devront être élevés. Lorsque le

*père s'abstient^ (îe faire cette déclaration, et que la mère appartient *à l'une des confessions reconnues, les enfants suivent la religion de 4pr leur mère. Si le père et la mère n'appartiennent à aucune confession

reconnue, leur droit relatif à l'éducation religieuse de leurs enfants passe aux tuteurs. Tout contrat, revers, arrangement contraires à cette loi, sont nuls et de nul effet. Les enfants nés avant la promul-

gation de cette loi sont élevés dans la religion qui leur est assignée par les lois antérieures.

Telle est cette abominable législation, la pire, pensons-nous, qu'on ait jamais vu proposer en notre siècle contre les droits de la conscience catholique. Nulle part on n'a osé trafiquer des âmes avec ce cynisme, nulle part TÉtat n'est intervenu avec cette effronterie dans les questions les plus intimes de la conscience. Jamais l'Église n'acceptera cette législation, dussent ses ministres subir la spoliation et la mort. Si le mercenaire fuit à la vue du loup, le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. C'est ce que feront les évéques et les prêtres de Hongrie, plutôt que de laisser massacrer par quelque nouvel Hérode les âmes des innocents confiées à leur garde.

Espérons encore que l'odieux projet de loi sur le mariage échouera devant les chambres hongroises. Déjà on annonce de nombreuses défections dans la majorité libérale de M. Wekerlé ; déjà les principaux membres de la chambre des magnats se sont déclarés hostiles au projet. Puisse la Hongrie défendre et venger sa religion, non plus comme autrefois par son invincible épée, mais par ce droit de vote qui, plus puissant que l'épée, peut faire à l'Église tant de bien ou tant de mal I

gap. TrBnte^tiBuj:iÈme.

(1889-1893.) uatlon rellgleusa aux Étals-UolB. — Le prëaldeat Claveland et Léon XIII.— L'Unlvarslté de Washington. -- La question scolaire.

— Mgr iFftland et les écoles de Farlbault et de StiUwater, — Décision de Rome. — Lettres du cardinal Ledochovrshl et de Mgr Ireland. — Bref de Léon XIII aux ëvêques de la province de New-York. — Propositions de Mgr Satollt (17 novembre 1892).

— Portée doctrinale des décisions de Rome. — La question des Immigrants. — Rapport du congr&s cathollqua do Lucerne et supplique au Salnt-SlÀge. — Opposition que ces documents suscitant en Amérique. ~~ Discours du sénateur Davis. — Lettres du cardinal Rampolla et du cardinal Ledochowski. — Lattre de Léon XIII aux évêques d'Amérique an faveur des émlgrants lUllens (lOdécembralSSS). — Léon XIII, l'exposition de Chicago et las fêtes colombiennes. — Encycllqua sur Christophe Colomb.

— L'église et la République américaine. — Nomination d'un ddlégat apostolique aux États-Unis.

N étudiant les actes de Léon XIII, on ne peut s'em-

■ pêcher d'admirer l'extrême variété des sollicitudes

■ qui occupent l'attention du Pape. C'est un lourd - poids que cette sollicitudo omnium ecclesiarum, \ sous laquelle pliaient les épaules du Docteur des

nations et qu'ont à supporter les Pontifes romains !

L'antique Orient, la vieille Europe, les peuples enfants de l'Afrique et de l'Australie, toutes les races réclament le regard de Léon XI 1 1, toutes font appel à sa direction, et pour toutes le Pape, avec autant de sagesse que de charité, trouve le remède convenable et le secours opportun. A côté des églises immobiles .de l'Orient, auxquelles Léon XIII envoie le souffle de vie qui les ressuscitera peut-être, voici les églises jeunes et vivaces de l'Amérique, dont les besoins sont d'une nature tout opposée et que menacent des dangers d'ordre entièrement différent.

Les Étais-Unis, cette nation improvisée qui étonne le monde de ses progrès, devaient nécessairement attirer l'attention d'un Pape tel que Léon XI II. Dans toute l'exubérance de la jeunesse,le peuple

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américain a les qualités et les défauts de cet âge. Bien dirigées, les forces immenses dont il dispose seraient pour la propagande du bien un instrument d'une puissance incalculable.

Au point de vue religieux, en particulier, la situation des États- Unis n'est pas sans donner de grandes espérances. A côté de Tindifférence qui envahit les masses profondes des travailleurs et des marchands acharnés à la poursuite du dollar, on constate au sein du peuple américain, non seulement une absence complète d'hostilité à ridée chrétienne ' et un respect réel pour la religion, mais même un besoin mal défini de croire et des accès de dégoût pour le matérialisme pratique de la vie quotidienne. Une foule de sectes protestantes, mutuellement en guerre, ne donnent à cette religiosité vague qu'une satisfaction imparfaite, et en face de ces églises divisées, mal organisées et inconsistantes dans leur enseignement dogmatique et moral, l'Église catholique apparaît avec la supériorité que lui donne l'autorité de sa hiérarchie ainsi que le nombre et la ferveur de ses fidèles, dont l'immigration, celle surtout du généreux peuple irlandais, augmente constamment le nombre.

Il s^en faut bien cependant que tout soit au mieux pour l'Église dans la grande république américaine. La vérité, dégagée de toute exagération, est que, — malgré l'écart qui existe entre le nombre des fidèles et celui que devrait compter l'Église aux États-Unis, si les enfants nés de parents catholiques demeuraient tous dans la religion de leurs pères, — la vérité est que, malgré ce déchet, les catholiques augmentent en nombre et en puissance et que leur religion est la plus suivie et la mieux organisée. L'Église jouit donc aux États-Unis d'une prépondérance relative, quoiqu'elle ait à regretter des défections, dues surtout à l'insuffisance, momentané-

I. D'après certains renseignements, il se serait pourtant formé aux États-Unis une puissante société anti-catholique (american protecHve association) dont les membres s'engagent par serment à faire la guerre aux catholiques, à TÉglise, au Pape. Cette association, rappelant l'ancienne secte des Know nothing^ se répandrait rapidement et rencontrerait la faveur d'un bon nombre de membres du parti républicain.

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