‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 106 sur 255 · CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME

ment inévitable vu le rapide accroissement du catholicisme, des institutions qui sont la sauvegarde de la foi, telles que les paroisses et les écoles.

On ne peut se dissimuler toutefois que de grands dangers menacent TÉglise des États-Unis, à cause de l'esprit d'indépendance inné dans l'âme de tout américain, et qui passe facilement du terrain politique sur le terrain religieux ; et aussi à cause de la rivalité des éléments de nationalité diverse qui affluent au sein de l'immense république.

Néanmoins Tattitude de neutralité bienveillante gardée par les pouvoirs publics à l'égard de l'Église, la grande liberté qui est laissée à celle-ci pour s'organiser et se gouverner suivant ses propres lois, constituent un état de choses qui, dans un peuple aussi divisé au point de vue religieux, peut être considéré comme très favorable au catholicisme, — bien plus favorable à coup sûr que la situation faite à l'Église par la plupart des États de la vieille Europe, enlisés dans les traditions d'un anticléricalisme étroit et tracassier.

Rien ne révèle mieux la nature des relations entre le pouvoir civil et l'Église catholique aux États-Unis, que ce qui se passa lors du jubilé sacerdotal de Léon XIII. Le président Cleveland offrit au Pape un exemplaire richement relié de la constitution américaine, comme pour attester que cette constitution et le pouvoir qui émane d'elle n'ont rien d'hostile à l'Église. Afin d'accentuer davantage la signification de cet hommage, il pria le cardinal Gibbons, archevêque de Baltimore, de le faire parvenir à Sa Sainteté en lui exprimant les sentiments personnels du chef de rÉtat. Léon XIII répondit à la députation américaine, qui lui remit la lettre du cardinal et le cadeau du président des États-Unis, par ces paroles pleines de cordialité : € Comme l'a dît l'archevêque de Philadelphie, on jouit chez vous de la liberté dans le vrai sens du mot, garantie qu'elle est par cette constitution dont vous m'avez donné un exemplaire. Chez vous la religion est libre d'étendre tou-

jours davantage l'empire du christianisme, et T Église de développer

sa bienfaisante action Votre pays a devant lui un avenir plein

d'espérance, votre gouvernement est fort et le caractère de votre président excite ma plus vive admiration. »

Une nécessité de premier ordre dans un pays travaillé par les sectes religieuses, est la formation d'un clergé instruit et capable de faire face aux adversaires de la religion sur tous les terrains où elle est attaquée. C'est ce qui porta les évêques d'Amérique à fonder une université, qui fût comme le centre de la haute culture intellectuelle du clergé de la grande république. Rien ne pouvait être plus agréable à Léon XIII. Il encouragea donc vivement l'épiscopat à réaliser son projet. « Je désire, dit-il à ce sujet à Mgr Keane, le futur recteur de l'université de Washington, je désire que l'université soit fondée avec des ressources américaines et dirigée par des intelligences américaines ; et si, pour le moment, vous devez demander pour vos Facultés l'aide de professeurs étrangers, il faut le faire avec l'intention de développer le talent national, et de former des professeurs capables de constituer petit à petit des facultés indigènes dignes du nom que porte l'université '. »

Les évêques ouvrirent une souscription pour la constitution d'un fond universitaire. « Notre intention, y disaient-ils, n'est pas de prendre le sou du pauvre a ceux dont les moyens sont déjà absorbés par les nécessités de la charité locale, mais plutôt de nous

adresser aux personnes relativement riches Nous demandons

plus spécialement la contribution des prêtres. Serait-ce trop que d'attendre de chaque prêtre, pour un si noble but, une centaine de dollars.'^» La somme voulue fut bientôt trouvée, et le 7 mars 1 889, jour de la fête de saint Thomas, Léon XIII put donner l'institution canonique à la nouvelle université. Le bref d'institution demandait que les programmes d'études, surtout en matière philosophique, fussent

T. CathoHc World^ novembre 1887, cité par la Civilià Cattolica.

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