‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 108 sur 255 · CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME

Au congrès catholique tenu par les- laïcs américains à l'occasion des fêtes de Baltimore, un ordre du jour fut voté en faveur de la liberté du Saint-Siège. Entre six formules proposées, la suivante fut adoptée : « Nous ne pouvons conclure sans rappeler solennellement notre ferme persuasion que la pleine liberté du Saint-Siège est absolument indispensable à la paix de TÉglise, en même temps qu'au bien-être de la famille humaine. Nous demandons donc, au nom de l'humanité et de la justice, que cette liberté soit scrupuleusement respectée par tous les gouvernements séculiers. Nous protestons contre le droit qu'un gouvernement quelconque voudrait s'arroger de blesser les intérêts ou d entraver l'action de notre Saint- Père le Pape, au moyen de n'importe quelle forme de législation, ou par n'importe quel acte public désapprouvé par lui. Au digne Pontife Léon XIII, aux mains duquel le Tout-Puissant a remis le gouvernail de la barque de Pierre, au milieu des tempêtes de ces temps troublés, nous promettons et assurons la sympathie sincère et l'aide illimitée de tous ses fils spirituels, pour revendiquer cette liberté qu'il exige justement comme un droit sacré et inaliénable. »

Les progrès de l'Église aux États-Unis ne doivent pas nous faire oublier, que l'esprit maçonnique y a fait adopter le programme des loges en ce qui concerne la neutralité de l'école, d'oîi procèdent, par voie de conséquence nécessaire, l'indifférentisme et le naturalisme, en Amérique aussi bien qu'ailleurs ^ Ils ne doivent pas nous faire oublier que les jeunes générations s'y élèvent de plus en plus dans l'ignorance des vérités religieuses. Les sectes protestantes elles-mêmes s'en alarment et se prononcent contre Técole neutre. L'Église catholique ne pouvait être moins clairvoyante que Thérésie.

I. Sans prétendre que tous ceux qui ont soutenu la neutralité scolaire aux États-Unis soient francs maçons, il est indéniable que cette neutralité est d'origine maçonnique. On sait du reste que nulle part la maçonnerie n'est plus puissante qu'aux États-Unis. Elle y a son centre véritable, y possède des temples grandioses et y exerce publiquement et solennellement ses cérémonies.

Elle s'éleva hautement, par Torgane des évêques et par la voîx du Saînt-Sîège, contre la direction donnée à l'éducation de la jeunesse par la loi fédérale. Cette loi se résume en deux mots : La liberté d'enseignement est complète aux États-Unis; mais pour bénéficier des subsides de l'État, les écoles doivent se soumettre à la haute direction et à l'inspection d'un comité scolaire, school board, élu par le peuple, et écarter de leur programme toute croyance confessionnelle.

Pour arracher la jeunesse catholique aux pernicieux effets de ce fatal régime, le III^ concile national de Baltimore, tenu à l'instigation de Léon XIII et préparé à Rome même sous les yeux du Pontife par les archevêques des États-Unis, ordonna la création d'écoles paroissiales catholiques partout où la chose pourrait se faire. Après avoir constaté que l'éducation purement séculière tend de sa nature à devenir irréligieuse, ainsi que l'expérience le prouve, les Pères du concile prescrivaient la fondation d'une école catholique dans toutes les paroisses qui n'en posséderaient pas encore, et cela dans le délai de deux ans. Ils déclaraient que le prêtre qui empêcherait, par sa grave négligence, l'érection d'une école dans le terme prescrit, mériterait par là même d'être écarté de son église. Ils obligeaient enfin les parents à envoyer leurs enfants aux écoles catholiques en laissant aux évêques l'appréciation des causes excusantes.

Un grand mouvement en faveur de la création des écoles se produisit à la suite de ce concile, et les catholiques ne reculèrent devant aucun sacrifice pour organiser, aussi complètement que possible, l'enseignement primaire catholique.

On comprend dès lors la vive émotion qui s'empara des fidèles, quand, au courant de l'année 1891, on apprit que Mgr Ireland, archevêque de Saint- Paul (Minnesota), venait de passer avec les autorités civiles un contrat d'une nature spéciale, concernant les écoles de Faribault et de Stillwater. En vertu de ce contrat, ces écoles cessaient d'être soumises à la direction épiscopale pour passer

Page 1