‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 12 sur 255 · CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME

et opèrent leur jonction avec l'expédition de secours commandée par M. Long. La situation devient rassurante pour les antiesclavagistes et leurs protégés.

Sur ces entrefaites, une quatrième expédition avait été organisée en Belgique, grâce surtout à une souscription publique extraordinaire et à une souscription des Zouaves Pontificaux de tous pays, anciens camarades de Joubert, qui avaient déjà, en 1891, profité de l'expédition Jacques pour ravitailler le poste de St-Louis de M'rumbi. Le Saint-Père voulut aussi prendre part à la croisade antiesclavagiste en remettant à l'occasion de son jubilé épiscopal une nouvelle somme de 50,000 fr. au comité belge. Confiée au capitaine Descamps, l'expédition amène au milieu de bien des difficultés les deux canons tant désirés par Jacques. Au moment où nous écrivons elle n'est pas encore arrivée à destination, mais il est certain dès maintenant que les postes du Tanganika seront désormais en état de former la ceinture armée tant désirée par le cardinal Lavigerie et de barrer efficacement la route aux infâmes sectateurs de Mahomet.

Ce résultat, tout consolant qu'il soit, aurait été incomplet sans les glorieux événements qui viennent de se passer dans le Haut-Congo belge. Depuis longtemps le Roi-Souverain se préoccupait de combattre la traite sur son territoire. Le camp de Basoko arrêtait la traite sur le fleuve même, celui de Lousambo protégeait l'est, et ainsi la traite se trouvait enrayée sur la moitié du territoire de l'État.

Un centre esclavagiste situé vers le Nord, dans la région de rOuellé et de l'Arouhimi, était attaqué vigoureusement par le capitaine Van Kerkhoven dont le P. De Hacker décrivait ainsi les succès au début de son expédition : « 1 800 Arabes sont battus et massacrés, leur camp est emporté ! Partout les populations s'allient avec les blancs, et promettent à leur libérateur des armes et des lances ; le capitaine les arme de fusils européens. » Vers le sud, le jeune prince Henri de Croy, qui avec le comte Ernest d'Ursel, demeuré victime de son dévouement et du soleil africain, avait

:0 LE PAPE LfiOH XIII.

iffert son épée au roi Léopold, entre à son tour en lutte contre les isclavagistes. Il met en déroute une caravane de 1200 hommes et lélivre 307 esclaves.

Mais ces succès n'empêchaient pas l'affreuse tache noire signalée ar le cardinal Lavigerie de subsister dans toute son horreur. L'Etat ndépendant avait été forcé, en 1887, de traiter avec Tippo-Tip et les lieutenants, et de le reconnaître comme vali des Stanley Faits '. ?eut-être pourrait-on même reprocher à tel de ses fonctionnaires l'avoir trop ménagé l'Arabe dans le Haut-Congo et d'avoir voulu 'oîr en lui une sorte d'instrument de civilisation et comme un internédiaire naturel entre le blanc et le noir. Aussi la politique de l'État ;embla-t-elle pendant longtemps s'inspirer de cette double considéation : l'Arabe est invincible et sa présence au centre de l'Afrique :st un mal nécessaire.

Nyangwé et Kassongo demeuraient donc les places fortes répu- :ées inexpugnables de l'esclavagisme. Cet état de choses vient de ïrendre fin.

En 1892, les Arabes de Tippo-Tip se soulevèrent, massacrèrent 'expédition Hodister et peu après attaquèrent le résident belge les Stanley Falls, M.Tobback, lequel, secouru par le commandant Ihaltin, bombarda les postes arabes et les prit d'assaut. Ce fut le lébut d'une campagne, conduite, d'après le Journal dts Débats, î avec une énergie et une décision qui font grand honneur aux iffîciers de la jeune armée congolaise >, détachés de l'armée belge.

Les principaux faits d'armes de cette campagne sont la prise du ameux repaire esclavagiste de Nyangwé {15 février 1893), ps'" '^ ;apitaine Dhanîs, après un vif engagement où 400 Arabes perdent a vie ; puis la prise de Kassongo, résidence de Tippo-Tip, par le nême officier{22 avril 1893). 40 à 50,000 habitants occupaient la

I. Sans vouloir prétendre que l'expédition Van Kerkhoven eût pour but unique ou rincipal la lutte contre l'esclavagisme, nous enregistrons avec satisfaction ce témoignage u regretté missionnaire.

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