‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 111 sur 255 · CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME

écoles, et spécialement le canon par lequel les Pères de ce concîle € décidèrent très sagement que, près de chaque église, dans chacun des diocèses, des écoles seraient établies où les enfants des familles catholiques seraient élevés, sous l'autorité et la direction des pasteurs ecclésiastiques, dans les belles-lettres et les arts de l'esprit en même temps que dans la religion et les bonnes mœurs. > On crut voir dans l'affaire de Faribault et Stillwater l'abandon des principes et des règles établis par le concile, et € plusieurs, se reportant à ces statuts éminemment sages, n'hésitèrent pas à blâmer, dans les deux cas mentionnés plus haut, la conduite de l'archevêque de Saint- Paul, comme n'étant pas en conformité avec eux ; d'autres, au contraire, estimèrent qu'elle était motivée par de graves raisons, et nullement en opposition avec ces décrets. De là une vive discussion : la question s'échauffa même, ce qui est fort déplorable, par les polémiques des feuilles publiques, et le sentiment des évêques ne se trouva, ni concordant, ni unanime dans cette affaire. > En conséquence le Saint-Siège ayant évoqué l'affaire à son tribunal et en ayant confié l'examen à une commission spéciale de cardinaux choisis parmi ceux de la Propagande, celle-ci, eu égard aux circonstances dans lesquelles fut conclue la convention, rendit le jugement cité plus haut.

Le cardinal exhorte ensuite les évêques à la concorde et déclare que des mesures seront prises pour pourvoir à la situation des enfants catholiques forcés de suivre les écoles neutres.

Le décret de la Propagande et la lettre du cardinal Ledochowski n'éteignirent pas toute discussion. On prétendit donner au tolerari posse un sens impliquant une désapprobation de l'acte de Mgr Ireland. Une note de XOsservatore Romano se prononça contre ces interprétations. Mais la grande revue romaine, la Civiltà Cattolica, ayant insisté sur le sens restrictif de la formule employée par la Congrégation, Mgr Ireland signala la chose au cardinal Secrétaire d'État, en faisant remarquer que la Civiltà cattolica passant pour l'un des

organes du Saint-Siège en matière doctrinale, il serait utile d'établir authentiquement que le Vatican était étranger à l'article en question. Le cardinal Rampolla répondit qu'en effet l'article avait été publié sans accord préalable avec le Vatican et sous la seule responsabilité des rédacteurs de la revue. Ajoutons que, peu de temps après, le Secrétaire d'État adressa à la revue romaine une lettre où, après avoir loué son orthodoxie et son zèle dans la défense de la religion, il expHmait à ses rédacteurs le regret que lui inspiraient < les attaques injustes et les outrages > auxquels ils avaient été en butte en de récentes polémiques, « de la part de certains journaux même catholiques ». Néanmoins il était désormais clair que la pensée du Saint-Siège dans le tolerari potest n'était pas hostile à l'acte posé par Mgr Ireland. La chose devint encore plus évidente après un échange de lettres entre l'archevêque de Saint-Paul et le cardinal Ledochowski. Cette correspondance est de nature à jeter quelque lumière sur le sens de la convention du diocèse de Saint- Paul et de la décision de la Propagande.

A ce titre la lettre de Mgr Ireland est trop intéressante pour que nous n'en citions pas les principaux passages :

Éminentissime Seigneur,

La décision rendue par la commission de cinq cardinaux de la Propagande, et approuvée par le Saint-Père, que Votre Éminence a daigné me transmettre parune lettre fiatteuseï a rempli mon âme d'évêque de joie et de reconnaissance.

Cet acte est, en effet, une œuvre de lumière et de sage opportunité. Il répond admirablement aux besoins nouveaux de l'Église aux États-Unis.

L'éducation de la jeunesse est notre œuvre par excellence. Les décrets du concile de Baltimore sont l'expression parlante de notre amour efficace et de notre tendre sollicitude pour les petits de notre troupeau spirituel.

Mais les décrets de cette assemblée n'ont tracé que la règle pour les circonstances générales et ordinaires. La décision du Saint-Siège, sur les faits scolaires de Faribault et de Stillwater, sera notre code pratique pour certaines conditions particulières, où, pour arriver à notre but de conquête morale et intellectuelle, nous sommes obligés de nous servir des moyens que les circonstances mettent sous notre contrôle.

Page 1