‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 113 sur 255 · CHAPITRE TRKNTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRKNTE-DEUXIÈME

fonder et de soutenir des collèges et des écoles dont ils ne pourraient se servir pour l'éducation de leurs enfants. >

Une nouvelle circulaire du cardinal Ledochowskî, datée du 31 juillet 1 892, prescrivît l'étude des moyens à prendre afin de € pourvoir aux besoins religieux des enfants catholiques qui, en dehors du système des écoles paroissiales, fréquentent en très grand nombre, — c'est un fait — les écoles officielles >. « Comme il s'agît, écrit le cardinal, d'une question qui, dans une matière très grave de discipline, intéresse chacun de ces diocèses, comme il est à désirer que l'on accumule sur la question débattue les avis, les lumières et les autorités, le mieux à faire sera que les métropolitains de chaque province s'abouchent préalablement avec leurs évêques suffragants au sujet de ce qui doit être débattu dans le Congrès. Quand les avis des évêques auront été de la sorte recueillis et rapproches, les délibérations des archevêques seront plus près d'aboutir, et la résolution qu'ils prendront aura plus d'importance, grâce à l'appui de leurs confrères dans l'épîscopat. >

Ces divers documents pontificaux ont une grande importance au point de vue de la question scolaire, qui, dans l'univers entier, est à l'heure actuelle la question vitale par excellence, et celle où la lutte entre la maçonnerie et l'Église catholique est la plus vive et la plus acharnée.

La condamnation du principe de l'école neutre est proclamée plus haut que jamais, de même que l'obligation pour les catholiques de pourvoir par de bonnes écoles au salut de l'enfance et de la jeunesse. Mais en même temps Rome affirme, — ce dont les théologiens se doutaient déjà un peu, — que, dans certains cas, le péril de l'école neutre pour l'âme des enfants peut être rendu éloigné et qu'alors, pour des raisons graves, il peut être permis de fréquenter ce genre d'écoles. Toutefois il n'y a là qu'une toléraTue, c'est-à-dire qu'on souffre, pour de justes raisons, une condition de choses qu'on préférerait changer.

de tokrari passe n'implique point d'ailleurs la 'acte de Mgr Ireland et il n'est pas défendu s circonstances, il tira tout le parti possible de e, laquelle pratiquement ne comportait guère m état de choses non parfait, mais tolérable. jntroverse dont nous avons parlé agitait au plus its aux États-Unis, une autre discussion non gagée entre le D"" Bouquillon.professeur à l'Uni- : Washington et la célèbre revue romaine des nie de J Ésus, la Civiltà Cattoîica. Cette seconde nent liée avec la première, avait pour objet la roits de l'État en matière d'instruction. L'abbé beaucoup la compétence de l'État. Il lui reconlever les enfants des citoyens ; en ouvrant des ;out ce qui concernait celles-ci, de déterminer un Dn obligatoire, d'imposer par la loi telle branche serait à un moment donné jugée nécessaire à la ns, de punir les parents qui négligeraient de ts le minimum d'instruction requis, enfin d'exercatrice sur toutes les écoles fondées par t'initiais familles et des associations et d'exiger de tous jreuves de capacité. Ces droits étaient attribués ;t indépendamment de ses principes religieux *. L Civiltà Cattoîica opposait la thèse exposée en P. Schiffini, ancien professeur à l'Université me, dans sa philosophie morale :

t l'éducation morale et religieuse qui doit être î des parents sous la direction de la puissance ecclésiastique, l'instruction dans les arts et les itume de donner dans les écoles, ne peut être rer qu'en ce qui le coocerne personneilement, il ne partage pas

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imposée comme une chose à subir nécessairement par tous les citoyens. > {Disp. Philosophie moralis, vol. 2, § 517.)

Les thèses des deux adversaires étaient loin d'être purement théoriques. Celles du D"^ Bouquillon tendaient plus ou moins directement à légitimer le système d'éducation publique régnant aux États- Unis et dont les Américains sont très fiers ; celles de la Civiltà CattoHca favorisaient davantage l'expansion de l'enseignement libre et catholique voulu par le concile de Baltimore.

La théorie de M. Bouquillon préparait le terrain à ceux d'entre les catholiques qui eussent voulu, sinon généraliser, au moins étendre considérablement la solution donnée par Mgr Ireland au cas de Faribault-Stillwater. La doctrine de la Civiltà tendait au contraire à restreindre le plus possible l'action des school boards.

Il se forma parmi les ecclésiastiques et les laïcs des États-Unis deux camps opposés, formés des tenants du professeur Bouquillon, et de ceux qui eussent voulu répandre la pratique introduite pour les deux écoles du diocèse de Saint- Paul, d'une part, et des partisans de la Civiltà Cattolica ainsi que des adversaires résolus de l'extension de la solution Faribault, d'autre part.

Les premiers étaient peut-être plus entreprenants et plus populaires; les autres, plus nombreux et plus soutenus par l'épiscopat en général

Sur ces entrefaites eut lieu, le 16 Novembre 1892, la réunion des archevêques américains à New- York. Mgr Satolli, archevêque de Lépante et à ce moment délégué spécial de Sa Sainteté le Pape Léon XIII auprès des évêques américains, était présent à cette réunion où devaient se traiter les questions scolaires- L'importance de cette conférence et des discussions auxquelles elle donna lieu, nous fait un devoir de citer largement le procès verbal officiel, signé par Mgr Chapelle, secrétaire :

< S. É. le cardinal Gibbons ouvrit la conférence par la prière Ensuite le cardinal

introduisit le délégué apostolique, le R. archevêque Satolli. Cet illustre prélat n'était

LE PAPK LÉON XIIL

1 inconnu, car dJjà auparavant il était venu dans ce pays pour représenter le rain-Pontife à l'inauguration de l'Université catholique. Il informa les métrons qu'il avait été chargé par le Saint- Père de leur parler en son nom sur la 3n de l'éducation, dont la récente discussion aux Éuts-Unis a éveillé l'attention inde catholique. ^1 témoigna de son admiration pour la hiérarchie américaine se de son nèle pour la propagation de la foi, et spécialement des sages décrets s au III"» concile plénier de Baltimore pour assurer et promouvoir le progrès lucation catholique.

;n tant que ces décrets donnent une rigle générale de conduite, on doit fidèteles observer, mais leur application en des circonstances spéciales devrait de foçon être laissée à la discrétion des évoques particuliers. Les écoles publiques rraient pas âtre absolument condamnées ; mais tandis que l'on s'eflforcerait d'en er ce qui pourrait £tre contraire à la vérité catholique et à la morale, on devrait quer en même temps à multiplier et k perfectionner les écoles catholiques. Ce t essentiel, c'est que tous soient d'un même avis, évitant des discussions îrritaninutiles.

,e R*" délégué lut et déposa alors quatorze propositions tendant au règlement question scolaire et à l'indication des moyens ï adopter pour que l'instruction :use fût donnée aux enfants catholiques.

r Satollî quitta la réunion après avoir déclaré € que son rapport était foit au lu Saint-Père >

>ici le résumé des propositions du délégué pontifical après qu'on

: introduit les modiBcations dont il sera parlé ci-après.

:s propositions commencent par confirmer la règle générale

se au concile de Baltimore et prescrivant l'institution d'écoles

iliques partout oïl la chose est possible.

article II et l'article V rappellent deux principes également

s au concile de Baltimore.

II. — Là oh il n'existe pas d'école catholique, ou quand celle qui existe »s suffisante pour l'instruction convenable des élèves, selon leur condition, :i peuvent en sûreté de conscience fréquenter les écoles publiques, une fois lar des tempéraments et des garanties opportunes, le péril de perversion aura arté, ce qui est laissé à la conscience et au jugement des Ordinaires. . V. — Nous ordonnons strictement, d'après la défense formelle faite par le Tain-Pontife, par l'organe de la Sacrée Congrégation de la Propagande, que

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nul évêque ou prêtre n'ose refuser les sacrements, soit par les menaces, soit par le fait, aux parents qui voudraient envoyer leurs enfants aux écoles publiques ; ce qui, à plus forte raison, doit s'entendre des enfants eux-mêmes '.

L'article VI rappelle que F Église a le droit divin d'enseigner à toutes les nations les vérités de rÉvangile,et par conséquent d'élever la jeunesse dans les vérités de la foi et dans les mœurs et la vie chrétienne, mais que, < parlant en un sens absolu et universel, il ne répugne pas que les jeunes gens reçoivent les premiers rudiments et l'instruction plus élevée dans les arts et les sciences naturelles, aux écoles publiques dirigées par l'État, auquel il appartient de fournir et de protéger tout ce qui peut contribuer à former les citoyens à une vie moralement bonne », tout en leur assurant une vie pacifique sous les lois civiles et au sein de la prospérité. Ce même article inculque de nouveau les prescriptions du concile de Baltimore touchant la nécessité pour les parents de défendre leurs enfants contre les dangers de l'éducation purement séculière pendant tout le temps de leur enfance.

L'article VII dénonce en ces termes les écoles qu'il faut condamner : € L'Église catholique a horreur de celles des écoles publiques qui s'opposent à la vérité de la religion chrétienne et à la moralité, et, du moment qu'elles peuvent être supprimées pour le bien de la société tout entière, il appartient, non seulement aux évêques, mais aussi aux laïques de réclamer, de par leur droit et en faveur des bonnes mœurs, qu'elles soient supprimées de fait. > Néanmoins l'Église et le Saint-Siège ne réprouvent pas l'enseignement séculier en général, mais désirent au contraire « que par l'action commune des deux puissances, il existe dans tous les États des écoles publiques répondant à la condition des citoyens et propres au développement des arts et des sciences. »

I. Le concile de Baltimore reconnaît ce principe dans les cas où les enfants sont envoyés aux écoles pour une raison suffisante et quand le danger de perversion a été éloigné. Cet article V doit sans nul doute être entendu dans le même sens, en le rattachant à l'article II.

L'art îcle VIII, après avoir rappelé de nouveau les principes émis par le concile de Baltimore touchant la nécessité de fonder des écoles paroissiales, etc., énumère les motifs qui ont fait juger € que les écoles publiques entraînaient un péril prochain pour la foi et les mœurs "^ à savoir : parce que dans les écoles publiques, on donne une éducation purement laïque, excluant toute doctrine religieuse ; parce que les maîtres en sont indistinctement choisis dans toutes les sectes, sans qu'aucune loi ne veille à ce qu'ils ne puissent nuire à la jeunesse, de telle sorte qu'il y est loisible de répandre l'erreur et les germes des vices dans les jeunes esprits. Enfin une certaine corruption semble dériver de ce que dans ces mêmes écoles, ou, du moins dans plusieurs d'entre elles, les adolescents des deux sexes sont réunis dans les mêmes salles pour les leçons.

Le même article indique sous quelles conditions il peut être permis de fréquenter ces écoles dangereuses : < S'il est donné quelque part, grâce à de plus sages conseils de l'autorité publique, ou grâce à la vigilante prudence de la Commission scolaire, des maîtres et des parents, d'écarter les causes susmentionnées et contraires à la foi et aux mœurs, — alors il sera permis aux parents catholiques d'envoyer leurs enfants à ces écoles, pour qu'ils y soient instruits des éléments des lettres et des sciences, pourvu que les parents eux-mêmes ne négligent pas le très grave devoir qui leur incombe et qui doit être secondé par les pasteurs des âmes, d'élever et d'exercer la jeunesse dans tout ce qui appartient au culte et à la vie de la religion catholique. ^

L'article IX abandonne au jugement des Ordinaires la question de savoir si, dans tel endroit de leurs diocèses, il est possible de maintenir une école catholique convenable, vu l'état économique des fidèles et l'urgence des autres nécessités spirituelles de l'Église. Il recommande en tous cas l'institution de cours paroissiaux hebdomadaires de catéchisme.

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