‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 115 sur 255 · chapitre: TRENT£-DKUXIÈME · texte numérisé non relu

chapitre: TRENT£-DKUXIÈME

Pour en bien apprécier la portée quelques réflexions sont nécessaires. L'idée-mère de ces propositions est de confirmer les résolutions du concile de Baltimore et de codifier en quelque sorte les règles à appliquer dans les cas où ces résolutions rencontrent, au jugement des Ordinaires, trop de difficultés pratiques. Ainsi l'école neutre, même telle qu'elle existe aux États-Unis, c'est-à-dire sans un caractère antireligieux aussi marqué qu'en Europe, *demeure condamnée (article VIII). Ce qui est dit aux articles VI et VII touchant le droit du pouvoir civil à établir des écoles et le désir de l'Église à ce sujet, est l'énoncé d'une proposition quelque peu abstraite {si absolute et universaliter loquamur^ dit le texte) qui a trouvé sa parfaite application aux époques de foi. Si en effet les Universités et les autres établissements d'instruction étaient fondés au moyen âge par l'autorité de l'Église, néanmoins les pouvoirs publics intervenaient aussi de plusieurs manières dans la fondation et le maintien de ces institutions. Le même principe peut être parfois applicable de nos jours, quoique d'une façon plus restreinte. Il est certain en effet que le désir dont il est parlé à l'article VII, ne doit pas s'entendre comme immédiatement et généralement réalisable» même aux États-Unis, puisque le système des écoles publiques y est au contraire jugé inacceptable. Nés^nmoins il trouve son application dans les cas relativement rares où les dangers du système peuvent être évités, et où la solution préférée, celle des écoles paroissiales, est impraticable. Ces réflexions nous semblent répondre suffisamment aux objections faites aux propositions de Mgr Satolli, sous le rapport des principes maintes fois exprimés par le Saint-Siège touchant les écoles neutres.

Ce serait en outre se tromper grossièrement que de mettre ces décisions en opposition avec la manière d'agir des autorités ecclésiastiques d'autres pays, et spécialement de la Belgique, où, devant une loi dont l'identité matérielle avec la loi américaine est difficilement méconnaissable, les évêques se sont prononcés, avec l'appro-

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bation du Pape, dans un sens plus radicalement hostile que ne la fait à New- York le délégué ppntifical. Les motifs de cette différence d'attitude sont évidents. En Belgique, il s'agissait d'introduire une nouveauté dont le but reconnu était de déchristianiser un peuple unanimement catholique. En x^mérique, au contraire, on avait à faire à un état de choses existant depuis longtemps, au sein d'un peuple profondément divisé de croyances. Au reste, même en Amérique, le délégué pontifical proclame cet état de choses à peine tolérable dans certains cas. Mais il n'est tolérable que là où on ne peut le changer. En Belgique, les catholiques étaient assez forts pour détruire cet état de choses par une action légale, et assez généreux pour établir partout, en attendant, ces écoles catholiques, qui eh Amérique même doivent constituer la règle. Ce sera l'éternel honneur des évêques et des catholiques belges d'avoir prouvé par le fait que, dans leur pays, il était possible de proscrire généralement un système qu'on est forcé de tolérer partiellement ailleurs. La Belgique a pu, dans ce cas, appliquer la thèse, sans devoir recourir, sauf en un petit nombre de cas, à l'hypothèse, et elle a le droit d'en être fière ! Le fait est peut-être unique dans l'histoire ecclésiastique des temps modernes. En Amérique la thèse subsiste d'ailleurs elle aussi, et doit être appliquée de plus en plus généralement. Néanmoins les exceptions, moins nombreuses peut-être que d'aucuns ne ne se l'imaginent, sont nécessairement beaucoup plus fréquentes qu'en Belgique. De là une certaine diversité, plus apparente que réelle dans l'attitude du Saint-Siège et des autorités ecclésiastiques aux États-Unis et en Belgique.

Continuons à citer le compte-rendu de la conférence des métropolitains.

Après que Mgr Satolli se fut retiré, l'assemblée nomma un comité chargé d'élaborer les propositions demandées dans le but de pour^ voir à l'instruction religieuse des enfants qui ne pourraient fréquenter les écoles catholiques. Ce comité, composé des archevêques

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de Boston, de Chicago, de Philadelphie et de Saint- Paul, formula les résolutions suivantes, qui furent approuvées à l'unanimité dans la séance du i8 Novembre :

< i^ Il a été résolu de promouvoir Térection d'écoles catholiques de façon à ce qu'il y ait place pour une plus grande quantité, et, si possible, pour la totalité de nos enfants catholiques, en conformité avec les décrets du 3*"^ concile plénier de Baltimore.

< 2<> Il a été résolu que pour ce qui concerne les enfants qui présentement ne fréquentent pas les écoles catholiques, il serait pourvu à leur nécessité par des écoles dominicales, par des instructions faites quelque autre jour de la semaine, et aussi en engageant les parents à enseigner aux enfants la doctrine chrétienne dans leurs demeures. Ces écoles dominicales ou de semaines devraient être sous la surveillance directe du clergé, aidé par d'intelligents maîtres laïcs et, si possible, membres des ordres enseignants.

€ S. É. le cardinal Gibbons et le R. archevêque de New- York furent autorisés à écrire au Saint-Père au nom des métropolitains assemblés.

€ Dans la session de l'après-midi le rapport présenté par Mgr Satolli fut examiné et l'on suggéra quelques modifications à y introduire. Mgr Satolli, qui entra ensuite en séance, exposa que son rapport renfermait la pensée du Pape, laquelle n'admettait pas de discussion, mais que le style et les expressions lui appartenaient et qu'il serait très heureux d'y faire toutes les modifications que les prélats assemblés croiraient convenables.

< Dans la séance du 18 Novembre, Sa Grâce l'archevêque de New- York fut prié de formuler une admonition à la presse catholique, pour avertir ses rédacteurs, conformément aux instructions répétées de Léon XIII,d'être prudents,modérés et charitables en traitant les questions à propos desquelles il peut y avoir des divergences entre catholiques et, par dessus tout, de ne pas oser blâmer ou critiquer les actes officiels des évêques dans l'administration des affaires de leurs diocèses respectifs. I

Cet avertissement était singulièrement opportun en présence de la trop grande vivacité des polémiques à propos d'actes où étaient mêlées l'autorité épiscopale et même celle du Saint-Siège.Cependant il n'eut pas tout le fruit désiré, et une indiscrétion ayant fait tomber les propositions de Mgr Satolli dans le domaine public, les discussions reprirent de plus belle.

< Dans la séance du 19 Novembre le R"^® délégat fit un discours plein d'éloquence et de bonté, remerciant les prélats de leur aimable accueil et ajoutant que leurs déli-

bérations produiraient d'excellents résultats. Il donna des explications et à la

requête de tous les membres de la conférence des métropolitains, il voulut bien consentir à modifier la dernière phrase de son rapport en concluant cet important document par les paroles suivantes : € Quaeomnia lecta et perpensa fuerunt in archiepiscoporum conventu, resoluiis dijficuîtatibus et actis emendationibus requisitis, die 17 Nov,A. D. i8ç2. >

€ Il fut résolu à l'unanimité que l'Éminentissime président de la conférence des métropolitains exprimerait par lettre au R*"® Délégat la vive reconnaissance, le profond respect et les meilleurs vœux des archevêques des États-Unis pour sa personne et son caractère sacré.

Et de fait ils sont pleins de gratitude pour le Saint-Père qui leur a envoyé un représentant aussi savant et aussi saint, muni d'une mission spéciale dont il a si habilement rempli les devoirs. >

Ces extraits du procès-verbal prouvent que la conférence n'eut pas le caractère d'hostilité contre le délégat apostolique et de profonde division entre les archevêques qu'on a voulu y voir.

Toutes les résolutions sont prises à l'unanimité, et le langage des métropolitains, à l'égard du délégué pontifical est d'une cordialité respectueuse qui dépasse certainement les bornes de la simple politesse. De son côté Mgr Satolli parle dans les termes les plus bienveillants des archevêques et de leurs propositions. Il ne fait pas la moindre objection à celles-ci et il les approuve sans restriction.

Que conclure delà, sinon qu'ils étaient d'accord sur les points fondamentaux et que les divergences qui ont pu se produire portaient plutôt sur des questions de mesure et de prudence, que sur des questions de principe ?

Les points fondamentaux proclamés dans tous les documents officiels que nous avons cités, sont le maintien dans leur intégrité des décrets du concile de Baltimore, et la nécessité de pourvoir à l'instruction religieuse des enfants qui se trouvent dans une réelle impossibilité de fréquenter les écoles catholiques. Mgr Ireland luimême est très affirmatîf sur le premier point dans sa lettre au cardinal Ledochowski. Il y reconnaît qu'il faut garder < toute l'inflexibilité des décrets du concile de Baltimore » et il n'y admet des

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