CHAPITRE TRENTK-DKUXIÈME
exceptions que € dans certaines conditions particulières > et € là où la création ou le maintien de l'école paroissiale est impossible ou présente trop de difficultés >. Nous pensons d'ailleurs qu'aucune autorité ecclésiastique n'a jamais nié que cette impossibilité et ces circonstances spéciales ne puissent se produire. Il est cependant indubitable que certains journaux ont été beaucoup trop loin en transformant pour ainsi dire la règle en exception et l'exception en règle et en cherchant à appuyer ces exagérations sur lautorîté du
Saint-Siège et de Mgr SatoUi.
Il est une chose qu'il ne faut pas perdre de vue dans toute cette affaire : c'est que les propositions de Mgr Satolli n'étaient pas destinées à la publicité. Livrées au public par une regrettable indiscrétion, elles ont donné lieu à des interprétations et à des commentaires qui eussent été évités si elles étaient restées dans le domaine réservé de la hiérarchie ecclésiastique. Les résolutions prises par les archevêques à la suite de la communication du délégat, devaient, seules, avoir une action directe et immédiate sur le clergé et, par le clergé, sur le peuple, parce que seules elles avaient le caractère d'un décret déterminant l'action des forces catholiques dans une certaine direction. L'action du délégat, au contraire, devait s'exercer préalablement sur les seuls archevêques. On comprend facilement que des propositions destinées à un milieu aussi élevé et aussi restreint, aient donné lieu à des discussions dès qu'elles furent livrées à l'examen indiscret de la foule. Que si des archevêques eux-mêmes conçurent des doutes quant à l'interprétation et à la nature des propositions, ces doutes eussent été éclaircis avec la prudence et la discrétion propre aux relations qui existent entre le Saint-Siège et la haute hiérarchie ecclésiastique. L'indiscrétion commise mît au contraire en scène, devant tout le peuple et devant le monde entier, des personnages vénérables dont les délibérations eussent dû demeurer renfermées dans la majesté du secret ecclésiastique.
Ces considérations pourraient nous dispenser de nous livrer à
aucun commentaire sur les propositions de Mgr Satolli. Nous pourrions en effet nous borner à dire qu'il n'y a pas lieu d'entrer dans l'examen d'un document qui par sa nature devait échapper au contrôle d'une discussion. Les décrets archiépiscopaux approuvés par le Saint-Siège faisaient d'ailleurs connaître suffisamment la pensée du délégat, en tant que directement communicable au public. Toutefois, le monde entier ayant retenti des commentaires de la presse sur les propositions du délégat apostolique et sur les divisions plus ou moins réelles ou profondes des évéques, le lecteur pourrait attendre de nous une appréciation à ce propos. Ce désir a été en partie prévenu par les considérations qui précèdent. Pour le reste nous ne croyons pouvoir mieux faire que de nous en référer à la lettre adressée le 31 Mai 1893 P^^" ^^ Saint- Père lui-même au cardinal Gibbons.
Après y avoir parlé de l'établissement d'une délégation permanente aux États-Unis, sujet dont nous entretiendrons ci-après le lecteur, Léon XIII rappelle qu'un des buts principaux de l'envoi de Mgr Satolli en Amérique avait été de rétablir la paix troublée par les discussions en matière d'écoles et d'éducation. Le Pape continue en ces termes :
€ Ce vénérable frère a ponctuellement obéi à nos ordres et, au mois de Novembre de l'année dernière, il s'est rendu à New- York où s'étaient réunis avec vous, très Cher Fils, les autres archevêques
de ce pays, obtempérant au désir exprimé par Nous pour se
consulter et délibérer sur la meilleure manière de pourvoir à l'éducation religieuse des enfants fidèles qui fréquentent les gymnases publics au lieu des écoles paroissiales. Les sages décisions de cette assemblée ont paru dignes de tout éloge à l'archevêque de Lépante, qui a jugé qu'un grand bien en résulterait. Nous confirmons avec bonheur ce jugement et Nous adressons à vous et aux autres prélats qui se sont unis à vous, des félicitations bien méritées pour avoir répondu à nos desseins et à Notre attente. »
CHAPXTRE TRENTE-DEUXIÈME.
Après cette éclatante confirmation des décisions de rassemblée archiépiscopale de New- York, le Pontife rappelle que son délégué présenta à l'assemblée i certaines propositions rédigées par lui et se référant au double ordre de choses qui contient la science de la vérité et la direction de la vie : propositiones quasdam vobis exkihuit ab se concinnatas^ dupUcem attingentes ordinem quo scientta veritaiis et actio vitae continetur. » Léon XIII rappelle en outre, d'après les actes de la conférence épiscopale, ce que nous avons raconté plus haut touchant lexamen des propositions, les changements demandés et accordés, enfin la reconnaissance exprimée par les métropolitains au délégat. Nous croyons devoir citer en entier le passage où le Souverain Pontife expose avec une parfaite clarté et une impartialité sereine ce qui se passa ensuite et détermine en substance ce qu'il faut penser touchant les propositions de Mgr Satolli en les comprenant suivant une interprétation légitime et modérée :
< Ces propositions de Notre délégué ayant été publiées d'une manière inopportune, de nouvelles discussions se sont élevées plus vives,et par suite d'interprétations inexactes ou d'insinuations malignes répandues par les journaux, ont pris un caractère plus pénible et plus général. C'est alors que plusieurs évêques de votre pays, souffrant des interprétations données à quelques-unes de ces propositions ou redoutant les conséquences fâcheuses pour le bien des âmes, qui pourraient en être tirées, se sont adressés à Nous avec confiance et Nous ont exposé leur inquiétude. Nous rappelant que le salut des âmes est la loi suprême que Nous devons suivre et désirant vous donner un nouveau témoignage de Notre bienveillance, Nous avons voulu que chacun d'entre vous, en des lettres particulières. Nous exprimât librement sa pensée, ce que d'ailleurs vous vous êtes empressés de faire.
< Ces lettres Nous ont montré que, pour un certain nombre d'entre vous, les propositions ne renfermaient rien qui pût inspirer quelque crainte ; tandis qu'à plusieurs il semblait qu'elles abrogeaient en
partie les dispositions de la loi sur les écoles portées par les Synodes de Baltimore. Ils craignaient que la diversité des interprétations qui en seraient faites, engendrât des dissentiments fâcheux pour les écoles catholiques.
€ Ayant. sérieusement examiné la question, Nous Nous sommes persuadé que ces interprétations n'étaient nullement d'accord avec la pensée de Notre délégué non plus qu'avec l'esprit de ce Siège apostolique* Les principales propositions que l'archevêque de Lépante a présentées, ont été tirées des décrets du troisième Concile de Baltimore ; elles affirment avant tout la nécessité de susciter, avec le plus grand zèle, des écoles catholiques, et laissent au jugement et à la conscience de l'Ordinaire de décider quand il est permis ou défendu de fréquenter les écoles publiques. Si dans tout discours il faut entendre les paroles de la fin de la manière la plus conforme au sens de celles prononcées précédemment, ne serait-il pas injuste et déloyal de donner à la seconde partie d'un discours une interprétation contradictoire à la première ? Cette manière d'agir serait autant plus condamnable que la pensée et l'intention de l'écrivain ou de l'orateur seraient plus évidentes. Or, lorsqu'il présenta dans l'illustre assemblée de New- York ces propositions. Notre délégué a protesté (les actes officiels en font foi) de son admiration pour le zèle pastoral que les évéques de l'Amérique du Nord avaient montré en promulguant les décrets si sages du troisième synode de Baltimore pour le succès de la grande cause de l'éducation de la jeunesse catholique. Il a ajouté que ces décrets, en tant qu'ils donnent une règle générale de conduite, doivent être Jldèlemeni observés et que sans condamner tout à fait les écoles publiques (il peut arriver des cas, comme le synode d'ailleurs l'avait prévu, où il soit permis de les fréquenter), des efforts doivent être faits avec énergie pour que les écoles catholiques s'élèvent de plus en plus nombreuses et parfaitement organisées. >
Après ces lucides explications, Léon XIII confirme de nouveau