‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 117 sur 255 · CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME

les décrets du concile de Baltimore, et les prescriptions de Rome touchant les écoles paroissiales, et encourage les évêques à demeurer dans la voie de la paix, de la charité et du zèle, sans oublier le patriotisme si cher au cœur des Américains. Écoutons ces paroles pleines de bienveillance pour la grande république :

€ En travaillant, avec ardeur, à la gloire de Dieu et au salut des âmes qui vous sont confiées, efforcez-vous d'être utiles à vos concitoyens ; prouvez votre attachement à la patrie de façon à ce que les hommes qui administrent la république comprennent la puissance du concours qu'apporte l'Église catholique pour le maintien de l'ordre public et pour le développement de la prospérité nationale. >

La lettre pontificale fixe, comme on le voit, les points suivants : i^ les écoles paroissiales doivent être maintenues et étendues ; 2** il appartient à chaque évêque en son diocèse déjuger dans les cas particuliers, s'il est licite ou non de fréquenter les écoles publiques ; S*^ la fréquentation de ces écoles par les enfants catholiques ne peut être généralisée, la licéité de cette fréquentation se réduisant à certains cas \possunt enim casus incidere^ dit le texte latin.

Léon XIII exprime en même temps la pensée que telle était bien l'idée, non seulement du Saint-Siège, mais encore de son délégué lorsqu'il rédigea ses propositions.

La lettre si paternelle et si pacifiante du Pontife obtint l'effet désiré. Après la réunion archiépiscopale qui eut lieu à Chicago, le cardinal Gibbons écrivit le 31 Octobre à Sa Sainteté pour lui présenter < les félicitations et les actions de grâces > de tous les métropolitains.

€ Tous, continue le cardinal, ont donné de cœur leur assentiment aux idées de Votre Sainteté exprimées dans cette lettre, ainsi qu'il convient à des enfants de l'Église catholique ; tous sont persuadés que la paix et la concorde ont été déjà en grande partie rétablies par cette lettre, le jugement du Saint-Siège ayant été bien accueilli par tous ceux qui jugent des choses sainement et justement. :^

Cette réponse est digne des illustres prélats au nom desquels elle a été rédigée, digne aussi du grand peuple américain, trop généreux et d'esprit trop pratique pour s'attarder longtemps en des discussions byzantines. Go ahead, allez de lavant! Tel est le cri de l'Américain, et cette belle devise se vérifiera de plus en plus, nous en avons la confiance, dans le développement du. catholicisme aux États-Unis.

En présence de ce que nous venons de dire, il est permis de se demander pourquoi l'incident Faribault suscita aux États-Unis une si violente émotion ? On ne le comprendrait pas,si Ion ne se rendait compte de l'importance qu'a acquise, dans ces derniers temps, la question de la nationalité des immigrants aux États-Unis. Depuis plusieurs années, ceux-ci appartiennent en majorité à la nationalité allemande. Les immigrants catholiques allemands jouissent d'une organisation très complète et très solide. Aux États-Unis,il n'existe pas de paroisses proprement dites, mais il se forme des congrégations de fidèles groupées suivant les circonstances sous un même pasteur. Or les autorités ecclésiastiques ne s'étaient aucunement opposées à la formation de congrégations composées d'immigrants allemands : elles les favorisaient, au contraire, et ainsi se formèrent de nombreuses églises allemandes, possédant leurs écoles paroissiales où l'enseignement se donnait d'ordinaire en allemand. Les prêtres chargés de la direction de ces églises, attachaient une grande importance à maintenir une intime cohésion au sein de leurs congrégations,et à y conserver la langue et des usages allemands, sauvegarde, disaient-ils, de la foi de leurs ouailles. Ils ne rencontraient pas toujours chez celles-ci un très vif désir de se conformer à leurs conseils. Les fils d'immigrants s américanisent rapidement. Si par-dessus le marché ils s'enrichissent, ils ne tiennent plus à fréquenter le quartier pauvre des immigrants ni à envoyer leurs enfants à l'école paroissiale allemande. Celle-ci était pourtant rendue obligatoire jusqu'à la première communion. On salarmait, dans le cleîçé de race allemande, de la tendance des descendants d'immigrants à

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