‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 118 sur 255 · CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME

abandonner Téglise nationale ; on redoutait la désorganisation de congrégations établies si laborieusement et avec tant de perfection. En 1886, on proposa à la Propagande de ne permettre à aucun allemand ou fîls d'allemand de s'éloigner de sa paroisse, sans Xexeat de son évêque, mais cette proposition ne fut pas adoptée.

La sollicitude très compréhensible des prêtres allemands pour le maintien de leurs congrégations était vue de mauvais œil par certains patriotes américains. Dans leWisconsin, une loi fut votée pour contrecarrer cette sollicitude. La loi Bennett interdisait à tous les industriels d'employer aucun enfant, qui n'eût pas passé quatre ans dans une école où l'enseignement fût donné en anglais, pendant au moins treize semaines de l'année. Cette disposition législative suscita une vive opposition parmi les Allemands. Catholiques et luthériens s'unirent pour la combattre. L'attention générale était attirée aux États-Unis sur ce conflit, et les esprits s'échauffaient considérablement pour ou contre les Allemands.

C'est alors que se produisit l'incident Faribault. Mgr Ireland était connu comme zélé partisan de l'américanisme le plus pur. On crut voir dans son attitude l'intention d'ériger en système, pour toute l'Amérique, la solution introduite par lui danis deux écoles de son diocèse. C'eût été la ruine des écoles allemandes, puisque le programme officiel n'admet pas l'enseignement en langue allemande, et l'école une fois détruite, comment auraient pu se perpétuer ces congrégations si florissantes, où les immigrants trouvaient, avec l'image de la patrie, le respect des traditions religieuses de leurs pères ? Telle fut une des principales causes de l'opposition que rencontra Mgr Ireland. Il faut y joindre les craintes inspirées pour l'avenir de l'enseignement catholique en général,et l'on comprendra sans peine que, les questions personnelles aidant, il ait été difficile de se former un jugement équitable sur les points en litige.

Le Saint-Siège,élevé au-dessus de toutes les considérations particulières et personnelles, et assisté par l'inspiration divine, est seul à

même de trancher ces questions,où se heurtent tant d'interprétations diverses et tant d'intérêts hautement respectables. De Rome est venue et viendra toujours plus abondante la lumière qui, en éclairant toutes choses, pacifie les esprits.

En même temps que la tempête scolaire, une autre question brûlante et intimement liée avec celle-ci vint agiter et passionner l'opinion en Amérique au courant des années 1891 et 1892. Nous voulons parler de la question des soins religieux à donner aux immigrés des diverses nations européennes de race non anglaise, qui chaque année affluent aux États-Unis.

La société de Saint- Raphaël pour la protection des émigrants, qui est organisée dans les principaux pays de l'Europe, s'occupe avec un zèle exemplaire des intérêts religieux, moraux et matériels de ces immigrants. A la tête des comités de cette société figurent les plus beaux noms de l'aristocratie européenne, et ceux des catholiques les plus actifs et les plus dévoués, tels que le prince d'Isenburg-Bierstein, le prince de Schwartzenberg, le comte de Mérode, le marquis Volpe Landi etc. Connaissant à fond les besoins des émigrés,et très au fait des dangers qu'ils courent et des pertes que subit parmi eux la foi catholique par suite des circonstances où ils se trouvent, les principaux membres des sociétés de Saint- Raphaël, réunis au congrès de Lucerne en Avril 1891, résolurent de signaler, dans un rapport adressé au cardinal Rampolla, les points qui, d'après eux, réclamaient l'attention spéciale du Saint-Siège, et sur lesquels des mesures devraient être prises pour sauvegarder les intérêts religieux des émigrés. Ce rapport, signé par M.Cahensly, secrétaire général de la société de Saint- Raphaël d'Allemagne et par le marquis Volpe Landi,président de la même société en Italie, est une œuvre sérieuse et documentée, où sont signalées avec franchise plusieurs lacunes de l'organisation catholique américaine par rapport aux émigrants. Malheureusement, n'ayant en vue que le bien de leurs

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